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A chacun son château…
Maurice Mourier   Dans la maison qui recule
Editions de l'Ogre 2015 /  19 € - 124.45 ffr. / 250 pages
ISBN : 979-10-93606-02-6
FORMAT : 14cm x 18.5 cm
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Le livre s’ouvre sur un «Silence ! […] Maintenant, on s’arrête, on écoute, on regarde», crié à une assemblée de spectateurs réunis dans une salle du château où sont organisées des projections cinématographiques, comme une mise en abyme du roman.

Car Dans la maison qui recule, comme dans nombre de films burlesques muets du début du siècle précédent, enchaîne les scènes à un rythme effréné, où de multiples personnages, la plupart singuliers, en raison de leur dégaine ou de leurs manies, évoluent dans les limites du réel. Parmi eux, on repère très vite un héros, le jeune homme blet. Est-ce la personnalité qui tient la plume ? Un peu puisqu’il est fait scribe, mais pas toujours. C’est un journaliste qui désire interviewer une personnalité emblématique, le Saint, qu’il vient chercher dans ce lieu hors du commun qu’on appelle le château.

L’intrigue est donnée, à nous de la suivre au risque de nous perdre et c’est, à dire vrai, cette perte qui constitue un des grands plaisirs que nous procure ce roman. Inconsciemment, on essaie d’abord de se représenter l’espace décrit mais on s’aperçoit assez vite que dessiner la géographie des lieux tient de la gageure, bien que Maurice Mourier nous donne toutes les informations nécessaires à la construction architecturale imaginaire du château : la structure générale, les étages, les murs, les escaliers et les couloirs… tout est si précis que s’impose à l’imaginaire un plan architectural monumental, à la Schuiten et Peeters. Cependant, «après plusieurs révolutions complètes» dans un escalier en colimaçon, il devient clair que le narrateur, fidèle à une certaine tradition littéraire, se joue de nous. Trouver son chemin dans cette structure labyrinthique semble impossible et l’on a le sentiment que la quête du héros sera vaine.

Tout ne serait donc qu’illusion et fantasmagorie ? Mascarade et théâtre ? Un rêve peut-être ? On ne sait pas très bien. Une chose est certaine, on ne se laisserait pas porter par ce «château bateau» – qui ressemble à s’y méprendre à une de ces allégories animées dont Hayao Miyazaki est si friand – si le récit ne nous tenait pas en haleine. Cet univers romanesque dominé par l’absurde nous happe dans un tourbillon qui n’est pas sans rappeler celui de l’existence. Et le récit avance au gré des rencontres, altercations, débats et ébats d’une fascinante communauté d’êtres plus étranges les uns que les autres : le Docteur Rubbe qui est un pétomane invétéré, le palefrenier qui n’aime pas les chevaux, l’éditeur-cheval qui ne sait pas lire, l’Africain Faux-Derche qui imite l’accent antillais, l’intelligente petite Evelyne dont l’impudeur est franche… chacun rivalisant souvent en jeux de mots et figures poétiques : calembours, contrepèteries, palindromes, litotes, allitérations… Le tout le plus souvent dit dans un excès de grossièretés rabelaisiennes qui n’ont rien de vulgaires. La grossièreté étant, selon le Docteur «la seule force verbale saine dans cet univers de truqueurs, de frimeurs et de vendeurs de faux-semblants».

Quant au personnage du Saint, il finira, en quelque sorte, par apparaître dans un extraordinaire chapitre où, entre autres choses importantes et révélatrices de sens, est dressée une liste de nourritures spirituelles qui n’est pas sans rappeler celle de Don Quichotte.

On s’est donc arrêté et on a lu Dans la maison qui recule. Ce fut un plaisir de chaque instant, parce que ce roman cru et sans flatteries, qui critique le non-sens de l’existence, nous permet aussi d’y remédier en nous invitant à ne jamais bouder notre plaisir et notre rire.


Rachel Lauthelier
( Mis en ligne le 20/03/2015 )
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