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Vodka, cigarettes et relations père-fils
Itamar Orlev   Voyou
Seuil - Cadre vert 2018 /  22.50 € - 147.38 ffr. / 464 pages
ISBN : 978-2-02-136579-5
FORMAT : 14,5 cm × 22,0 cm

Laurence Sendrowicz (Traducteur)
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A la fin des années 1980, à 36 ans, Tadek se remet à penser à son père qu’il n’a pas vu depuis plus de 20 ans, depuis le jour où sa mère les a emmenés, son frère, ses sœurs et lui, pour fuir la Pologne et immigrer en Israël. Sa famille vivait alors dans une pauvreté extrême, aggravée par un père alcoolique et violent. Tadek devient obnubilé par son passé, et sur les conseils de son ex-femme, il envisage d’aller revoir son père. Nous sommes à la fin des années 1980, la Pologne n’est plus en état de guerre, les frontières s’ouvrent. Les frères et sœurs de Tadek, ainsi que sa mère, cherchent à le convaincre de ne pas le faire, mais ce voyage est la seule chose qui a alors du sens pour lui : aller à la rencontre du monstre qui les a détruits.

Ce premier roman d’Itamar Orlev se lit d’une traite. Toute l’intrigue tient sur l’amour et la compassion de Tadek pour son père, le monstre qui les battait durant leur enfance. L’auteur présente son roman comme un livre sur les relations père-fils, sur le besoin qu’un fils a d’être reconnu par son père, quand bien même le père en question est une ordure. Cependant, les rapports du héros avec sa mère froide et distante ne sont pas sans intérêt non plus. En Israël, le stéréotype de la «mère juive» est désigné sous la forme de «mère polonaise». Ce roman en contient un contre exemple assez exceptionnel. Au fil de la lecture, on découvre toute la misère polonaise, de la guerre à la fin des années 1980. L’écriture est cinématographique, avec beaucoup d’allers-retours ou de flashbacks très réussis. L’ambiance est faite de vapeur de vodka, de fumée de cigarette et curieusement, de beaucoup d’amour. Le roman n’est pas pesant, bien qu’il aborde des thèmes terribles ; la pression est forte et maintenue jusqu’à la fin. Entremêlée de retrouvailles, de souvenirs, d’explications, l’histoire tissée ici est passionnante.

Orlev sait mettre en scène ses personnages, il décrit avec brio les tensions et relâchements de chaque rencontre. Il faut dire qu’il disposait aussi d’une matière première exceptionnelle : une grande partie de ce roman est en fait issue d’une histoire vraie, celle d’Ami Tadeush Drozd. C’est lui le vrai Tadek (Tadek est un diminutif de Tadeush). Il n’est pas écrivain comme dans le roman, mais monteur, scénariste et réalisateur pour la télévision et le cinéma en Israël. Il a travaillé avec le père de l’auteur : Uri Orlev, un célèbre auteur de livres pour enfants en Israël. Uri est lui aussi d’origine polonaise et survivant de Bergen-Belsen. Pendant leurs pauses, les deux hommes partageaient leurs souvenirs polonais. Plus tard, Itamar a proposé d’écrire l’histoire du voyage en Pologne d’Ami. Voyant qu’Itamar écrivait bien, Ami a accepté, tout en lui laissant une grande liberté d’écriture.

Contacté par téléphone, Ami nous a raconté qu’il avait voulu faire ce voyage pour comprendre qui était son père. Son père est survivant de Majdanek, sa mère du ghetto de Varsovie. Sous une fausse identité, sa mère traversa la guerre beaucoup moins violemment que son père, non Juif, partisan et prisonnier politique. La guerre marqua ses deux parents. Sa mère devint incapable d’aimer, de donner de l’affection, son père devint une brute alcoolique. Mais ce père terrible, qui brisa la vie de sa famille, est aussi celui qui savait leur donner de l’affection, de l’amour. Ami a voulu comprendre qui était son père, quelle fut son histoire, comment il était devenu comme ça. L’histoire qu’il nous transmet est incroyable et importante, pour notre histoire, pour notre humanité. Le livre sera bientôt traduit en polonais. Décrivant les aspects les plus sombres de la Pologne, Itamar Orlev et Ami Drozd sont très curieux de l’accueil qu’il y aura. Ami est aussi curieux de savoir ce qu’en pensera sa famille polonaise quand elle le lira. Il est en train de travailler sur l’adaptation en film de ce voyage, il est actuellement à la recherche de producteurs.

La traduction de Laurence Sendrowicz est globalement bonne, le sens, le rythme sont bien préservés. Le titre original «bandit» a été judicieusement changé en «voyou» dont les sens sont très proches de celui du mot «bandit» en hébreu. Sendrowicz a tendance à beaucoup réécrire et cacher l’hébreu original. Le style d’Orlev est simple et direct, sa syntaxe en particulier est beaucoup plus proche de celle du français que celle que l’on peut trouver chez certains auteurs maniant une langue au registre élevé. Le résultat est que Sendrowicz réécrit un peu moins ici que quand elle traduit d’autres auteurs comme Zeruya Shalev ou Yoram Kaniuk. On perd aussi quelque chose du style original dans les écarts de registre. Quand Tadek parle à des inconnus en Pologne, le registre est beaucoup plus soutenu que ne le serait l’hébreu dans les mêmes occasions en Israël. C’est à peine marqué dans la traduction française. Cela dit, les écarts de registre en hébreu sont particulièrement compliqués à rendre en français, et, prise dans sa globalité, sa traduction apportera sans doute au lecteur autant de plaisir que l’original en hébreu.

Voyou est un livre passionnant, tant sur les retrouvailles intimes d’un fils et de son père que sur le contexte historique et social de la Pologne, de la guerre à la fin des années 1980.


Nicolas Legrand
( Mis en ligne le 07/01/2019 )
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