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Hervé Guibert : l’écrivain à l’appareil photo
Hervé Guibert   Suzanne et Louise
Gallimard - Blanche 2005 /  18 € - 117.9 ffr. / 96 pages
ISBN : 2-07-077635-2

L’auteur de l’article : Arnaud Genon est professeur de Lettres Modernes, enseignant à Troyes. Doctorant à l’Université de Nottingham Trent (thèse sur Hervé Guibert), il est aussi membre du groupe Autofiction de l’ITEM (CNRS-ENS).
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Mort en 1991, Hervé Guibert défraya la chronique avec sa « trilogie du sida », composée de À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie, Le Protocole compassionnel et L’Homme au chapeau rouge. On avait tendance à ne garder de cet auteur que l’image d’un homme malade, affaibli, luttant contre le mal qui le rongeait, à ne garder de lui, en fait, que cet ultime visage, difficile à regarder dans les yeux car il reflétait la mort, et pourtant magnétique, envoûtant et captivant, car il entretenait avec elle une relation singulière faite de fascination, de haine et d’amour.

Mais Guibert avait été aussi ce beau jeune homme aux cheveux mi-longs et frisés tel qu’il apparaît à la fin de Suzanne et Louise, deuxième œuvre de Guibert publiée initialement en 1980 aux éditions libres Hallier et que les éditions Gallimard rééditent aujourd’hui. Ce roman-photo qui était, hélas, devenu introuvable, est à nos yeux un texte primordial dans l’œuvre de l’écrivain, et cela, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, comme son titre l’indique, il mêle l’art photographique à l’art littéraire dans une danse voluptueuse et savoureuse, tant Suzanne et Louise, les grand-tantes de l’auteur, s’adonnent avec délectation aux jeux de mises en scènes que leur propose leur petit neveu. Car dans Suzanne et Louise, les grand-tantes « se jouent, pour lui, la comédie de leurs rapports ». Ces deux vieilles femmes âgées sont prêtes à tout pour le séduire, principalement à s’offrir au regard du photographe qu’il est, photographe aimant et tendre qui sait « que ce sont d’autres choses, que des objectifs, qui font les « bonnes photos », des choses immatérielles, de l’ordre de l’amour, ou de l’âme, des forces qui passent là et qui s’inscrivent, funestes, comme le texte qui se fait malgré soi, dicté par une voix supérieure… ». Et les clichés, dont la qualité des reproductions est à signaler, en sont l’illustration. On y voit les longs cheveux des grand-tantes, leurs pieds, les visages pris dans des jeux de miroirs ou des simulacres de mort. Suzanne et Louise se livrent à ce qui relève d’un don d’elles-mêmes. Louise d’ailleurs ne s’était-elle pas déjà offerte à Dieu en entrant au Carmel comme le rappelle le narrateur ?

De nombreux clichés sont agrémentés d’un texte manuscrit par Guibert lui-même. Les photographies sont ainsi parfois enrichies des circonstances dans lesquelles elles furent prises. Mais Guibert écrit ici avant tout une histoire, il nous raconte ces deux femmes, leur vie qui n’a pas besoin d’emprunter les détours de la fiction pour se révéler éminemment romanesque. Et les images prennent un autre sens, celui d’un parcours, d’une vie, d’une aventure, d’une relation d’amour, puis elles deviennent les tableaux, au sens théâtral du terme, d’une fiction romanesque familiale où les parents, la sœur ou les chiens Amok et Whysky ont aussi leur place. Et l’on se laisse porter par cet univers. Mais à la fin, comme dans une pièce de théâtre, les personnages « reviennent pour saluer… ».

Guibert, dès 1980, a ce don pour la mise en scène littéraire et photographique, instaure déjà ce jeu subtil entre le vécu et le fictionnel, transmue les personnes en personnages, lui-même employant parfois, pour se désigner, un « il » tout ce qu’il y a de plus romanesque. Il est déjà ce marionnettiste qui fera de son entourage les personnages principaux ou secondaires de ses textes à venir (Mes parents, Fou de Vincent…) Suzanne et Louise, quant à elles, seront appelées à hanter littéralement les textes de Guibert, puisqu’elles réapparaîtront, entre autres, dans Mes parents et Les Gangsters en tant que personnages de premier plan.

Redécouvrir aujourd’hui ce visage-là de Guibert est une chance. Il n’occulte en rien l’image laissée, il l’enrichit. Nous enrichit aussi d’une écriture et d’un regard singuliers qui font défaut dans le champ littéraire français actuel. En s’absentant, Hervé Guibert a laissé une « image fantôme » de lui-même plus riche que certains croient. Suzanne et Louise les en convaincra.


Arnaud Genon
( Mis en ligne le 25/11/2005 )
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