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Un tueur au milieu de tout et rien
Catherine Lépront   Disparition d'un chien
Seuil - Cadre rouge 2008 /  21 € - 137.55 ffr. / 384 pages
ISBN : 978-2020980500
FORMAT : 14.5x22 cm

Date de parution : 21/08/2008.
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Catherine Lépront provoque le lecteur de romans policiers avec une oeuvre hybride, efficace en même temps que pied-de-nez à l'efficacité : vous en connaissez beaucoup, des polars réussis où le tueur est identifié, arrêté et confondu à la moitié du livre? Ici, pas d'intrigue ramassée et d'indices collectionnés en tant que tels avant d'être affichés comme autant de preuves lorsque l'on tient enfin le «bon bout». Ça, ce serait plutôt la méthode d'Olga, l'un des témoins à entendre dans l'affaire du meurtre par étranglement relaté dans Disparition d'un chien, et qui s'avère être par ailleurs une romancière aux principes littéraires diamétralement opposés à ceux de la narratrice, ombre portée de l'auteur sur ce point.

Pour cette dernière, l'enquête est intéressante en ce qu'elle permet de justifier la jonction, en un moment donné, la superposition d'une multitude de tranches de vie, d'histoires, de souvenirs. En soi, elle est futile et plus artificielle qu'un problème mathématique. Cela se traduit sur un plan stylistique par une construction apparemment hasardeuse, des paragraphes juxtaposés comme autant de digressions, une idée suivant l'autre, guidée par un fil qui n'a rien à voir avec le problème criminel censé structurer le récit. Après tout ce n'est pas la narratrice qui s'y intéresse, mais son cousin ; et elle, elle s'intéresse à son cousin, voilà tout. Aussi n'y a-t-il plus de raison de se pencher de manière obsessionnelle et exclusive sur les agissements d'ailleurs non-sanglants d'un serial killer, si peu ordinaire qu'il soit.

Car, mis à part ses malheureuses victimes évidemment, tous ces gens – témoins, enquêteurs ou «passants» de l'intrigue n'ayant rien à y faire, quand il ne s'agit pas d'images médiatiques ou de fantômes ressurgis du passé – ont continué de vivre, avec plus ou moins ou pas du tout de remords, et ils avaient vécu avant. N'en déplaise aux amateurs d'énigmes épurées, ils sont inscrits dans un présent donné, daté, marqué par les évènements que la télévision leur présente ou par la conversation qu'ils auront à ce sujet à table. Comment un auteur de roman policier pourrait-il consacrer chaque ligne de son livre à la résolution d'un meurtre non élucidé quand les personnes qui y sont peu ou prou mêlées, ces personnes qui démasqueront l'assassin, sont bien incapables d'utiliser chaque minute de leur temps à cette question? Il faut flâner et adapter le rythme et les préoccupations du lecteur à celui des acteurs véritables.

Bien entendu, la méthode perturbe, dérange, trouble lors des premières pages ; on se demande où ces circonvolutions étranges nous mèneront, on hésite à suivre ce chemin non fléché et ne serait-ce la proximité d'une odeur fraîche de cadavre, il est même probable que l'on verrait plus d'un lecteur désarçonné perdre pied et renoncer à cette lecture un peu plus exigeante que ce que pourrait suggérer le format annoncé. Et un tel manque de courage, si tant est que la persévérance dans l'effort quand l'aboutissement est incertain puisse être considérée comme une forme de courage, serait non seulement regrettable mais également condamnable.

En effet, nous sommes en présence d'un roman peu ordinaire, où les pistes ouvertes dans toutes les directions finissent par se retrouver, trouver leur sens et s'éclairer les unes les autres. Ces errements d'une pensée en marche tracent discrètement le portrait psychologique, moral et politique de la narratrice, par petites touches légères, en même temps qu'ils reconstruisent d'une façon qui tient plus du cubisme que de l'impressionnisme l'intrigue policière. En donnant plus de matière, d'épaisseur psychologique à tous ses personnages, Catherine Lépront donne aussi vie à leurs points de vue et de ce fait surgit un récit empli de déformations, d'excroissances à première vue injustifiables lorsque l'on se penche sur les détails, mais qui prennent tout leur intérêt quand, faisant quelques pas en arrière et terminant l'ouvrage, on est en mesure d'en apprécier l'harmonie et la crédibilité.

Et n'était-ce pas le moins qu'on ait pu attendre, lorsque la scène du crime se situe dans un immeuble dont les habitants les plus attachants et intéressants sont des artistes, exerçant tous dans des domaines variés?


Aurore Lesage
( Mis en ligne le 22/08/2008 )
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