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Madame Bovary, New York, années 80
Laurie Colwin   Une épouse presque parfaite !
Autrement - Les grands romans 2020 /  12 € - 78.6 ffr. / 421 pages
ISBN : 978-2-7467-5594-9
FORMAT : 11,5 cm × 18,5 cm

Anne Berton (Traducteur)
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. «Polly Solo-Miller était le fine fleur de la famille Solo-Miller. Cette famille avait tout : la beauté, l’intelligence, le sentiment très fort d’appartenir à un clan, et des branches à Boston, à Philadelphie, à New York, ainsi qu’à Londres, tout comme une compagnie bancaire».

Ainsi débute Une épouse presque parfaite, dont l’action (ou l’inaction…) se déroule dans un décor typiquement new-yorkais. On est «chez les heureux de ce monde», pour reprendre l’un des titres les plus connus d’Edith Wharton, et Polly aurait tout pour être heureuse : un mari brillant choisi par elle, aimant et aimé, deux enfants charmants, un riche appartement, le confort, un travail qui lui plait… Elle appartient pour son malheur et son bonheur à un clan familial, dont les patriarches Henry et Wendy sont bien vivants et au centre d’un clan composé de leurs trois enfants, les deux garçons Paul et Henry, et Polly ; c’est sur cette dernière que reposent les contraintes les plus lourdes, sous la surveillance vigilante et exigeante de Wendy.

"Desperate housewife", Polly parvient à échapper à tant de bonheur affiché en s’autorisant des après-midis de vrai plaisir avec son amant, le peintre Lincoln, qui ne voudrait pas d’une vie quotidienne à deux mais la rend parfaitement heureuse dans ces instants dérobés. Tout le récit porte sur l’évolution des sentiments de Polly, de la culpabilité à l’indépendance nouvellement conquise, qui lui permet d’assumer ses choix et de placer enfin ses aspirations personnelles avant le souci de faire plaisir aux siens.

Publié en 1992 (année de la mort de Laurie Colwin) aux Etats Unis, sous un titre qui reflète mieux l’esprit du récit - Family Happiness -, Une épouse presque parfaite décrit sans complaisance et avec humour un milieu privilégié à l’esprit étroit, dont la priorité est de conserver sauves les apparences. C’est aussi un portrait de femme qui reflète les préoccupations des années 1980/1990, période d’affirmation de l’émancipation féminine aux Etats Unis, et les débuts d’une tendance qui s’est affirmée depuis : privilégier le développement personnel.

Les personnages, esquissés à grands traits, sont souvent caricaturaux : Wendy la parfaite «mère juive» qui fait songer à des héroïnes de Woody Allen, Henry et Andreya les «marginaux» de la famille, Beate la psychanalyste suisse, ou encore Paul le fils «parfait», et la jeune Marta, la surdouée… Enfin et surtout, Polly, une «Madame Bovary» version fin du XXe siècle, submergée par la honte dans la première partie du récit et qui décide finalement, aidée par son amant, que son bonheur dépend d’elle et d’elle seule, et que nul n’a de commentaire à faire…

Sous une très jolie couverture, un roman de lecture aisée, qui souffre toutefois de redites et aurait sans doute gagné à être allégé de passages répétitifs. Un moment de détente.


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 30/10/2020 )
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