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''Ces intellectuels étaient des stars''
Léa et Hugo Domenach   Les Murs blancs
Grasset 2021 /  20 € - 131 ffr. / 320 pages
ISBN : 978-2-246-81453-5
FORMAT : 14,0 cm × 20,5 cm
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Enfants de Nicolas Domenach et de Michèle Fitoussi, Léa et Hugo Domenach ont eu envie de découvrir puis de raconter le milieu d’enfance de leur père dans la propriété ''Les Murs Blancs'' à Chatenay Malabry, acquise à la veille de la Seconde Guerre mondiale par Emmanuel Mounier et Paul Fraisse, et le soutien des lecteurs de la revue Esprit qu’ils avaient fondée.

L’idée d’Emmanuel Mounier est alors de fonder une communauté d’intellectuels qui partagent le même lieu de vie et les mêmes aspirations. Tous sont unis par leur appartenance à une famille chrétienne de gauche. Au lendemain de la guerre, s’installent avec leurs familles pour vivre cet idéal : Emmanuel Mounier, Paul Fraisse, Henri-Irénée Marrou, Jean-Marie Domenach, rejoints par la famille Baboulène. Une douzaine d’enfants vivent en bande sous la surveillance plus ou moins stricte des parents, les «oncles et tantes» de cette joyeuse tribu. A la mort précoce d’Emmanuel Mounier, les membres de la communauté feront appel à Paul Ricoeur pour le remplacer, sans que le philosophe qui répond à l’invitation ne joue le rôle de guide qu’espéraient ses amis.

Léa et Hugo Domenach s’attachent, en rassemblant les souvenirs des parents, en reprenant l’histoire riche de la revue Esprit, en consultant les proches et les familiers, à faire revivre cette expérience, à en comprendre aussi le sens. En fait, très vite, les personnalités diverses se sont montrées plus ou moins aptes à la vie en communauté et à ses contraintes. Sous la plume de la troisième génération, qui n’a jamais vécu aux Murs Blancs mais venait y passer samedis ou dimanches, on découvre le désarroi d’intellectuels face à l’entretien matériel d’un lourde propriété avec son vaste parc, propriété dont la valeur n’a cessé d’augmenter… L’idéal d’un phalanstère harmonieux s’est vite évaporé, confronté à ces questions matérielles.

En revanche, ce lieu de réflexion original, autour de la revue Esprit, marqué par le personnalisme du fondateur et les valeurs chrétiennes et sociales partagées, le souvenir des combats de la Résistance, a joué un rôle non négligeable, en France mais aussi largement au-delà des frontières, dans des combats de toute première importance. On y a soutenu la décolonisation, on s’y est opposé à la guerre d’Algérie, on y a vu naître la «seconde gauche», on y a défendu la liberté sous toutes sous formes. Les locaux étaient ouverts en permanence à des rencontres, des conférences, à l’hébergement d’hôtes venus d’horizons variés. Les Murs Blancs vivent un foisonnement intellectuel permanent auquel la jeune génération était invitée, tout en la maintenant dans son rôle d’enfants puis d’adolescents. Un joyeux lieu de vie également, en dépit des difficultés et des drames qui ne l’ont pas épargné. Après 1968 et les années exaltantes, surgit une autre génération, critique à l’égard de ses aînés qu’elle juge dépassés, dont Bernard-Henri Lévy (rencontré par les auteurs) est le porte parole.

Le regard de Léa et Hugo Domenach est intéressant car c’est un regard générationnel : âgés de la quarantaine, ils ont découvert récemment et à leur grand étonnement l’importance du rayonnement d’Esprit dans les années 1950/60, et leurs parents restent marqués par cette jeunesse hors du commun. Les auteurs rapportent : «Eric Conan nous confirme l’influence et l’aura qu’ils avaient tous à cette époque : «On ne se rend pas compte de la célébrité des gens des Murs Blancs dans les années 1960-1970. Quand votre grand-père appelait Le Monde, il faisait la une. Ces intellectuels étaient des stars»".

Les auteurs font, avec bonheur, partager cette découverte à tout un public qui, s’il est de leur âge, découvre une société animée par des principes et des valeurs moins prisées aujourd’hui, une autre façon de vivre l’individualisme tout en étant soucieux de la société. Pour les lecteurs plus âgés, ils font revivre les souvenirs, les espoirs, les enthousiasmes, les combats d’une France, au lendemain de la Seconde guerre, une France qui ignorait à l’époque qu’elle vivait ses «Trente glorieuses».


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 07/04/2021 )
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