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Un ordre politique au miroir de la fiction
Pierre Lévy   L’Insurrection
Le Temps des cerises 2012 /  12 € - 78.6 ffr.

Postface de Jean Bricmont

L'auteur du compte rendu : Juriste, écrivain, docteur en sociologie, Frédéric Delorca a publié entre autres, aux Editions du Cygne, le roman La Révolution des montagnes (2009).

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En 2022, toute l’Europe est unifiée, soumise à un ordre totalitaire libéralo-écologiste aussi absurde et cruel dans ses fondements que dégoulinant de bons sentiments en surface. Toute ? Toute, car, à la différence d’Astérix, le roman de Pierre Lévy, au moins dans sa première moitié, ne laisse entrevoir aucune résistance à l’empire qu’il dénonce. Dans le flot souvent terne des publications du Temps des Cerises (un petit éditeur communiste en partie héritier des Éditions sociales), ce livre se distingue agréablement : humour, rythme, élégance du style sont au rendez-vous et vous transportent d’un bout à l’autre du récit, à grande vitesse et avec la légèreté d’une plume, comme dans un rêve (ou un cauchemar), dont l’imagerie se situerait entre Le Château de Kafka et Le Meilleur des Mondes d’Huxley.

De charmantes trouvailles émaillent le récit pour décrire ce que pourrait devenir notre monde, si, par malheur, il poussait ses travers actuels au bout de leur logique : le tribunal privatisé qui punit d’une peine de travaux généraux une dame qui eut le malheur de mélanger du gras de jambon à des déchets végétaux dans sa poubelle de tri sélectif, le jeune énarque (pardon : le jeune diplômé de «l’Espace pédagogique européen de gouvernance»), rejeton de deux traders abandonné aux îles Caïmans, l’armée mondiale qui élimine préventivement les potentiels tyrans aux quatre coins de la planète, la journée de la liberté de l’esprit imposée dans les écoles à grand renfort de lectures obligatoires, etc. Les gags se précipitent même et se bousculent à chaque page à tel point que par moments la trame narrative paraît n’être là que comme un prétexte à les collectionner.

Les puristes amateurs de grande littérature se demanderont peut-être s’il s’agit vraiment d’un roman ou plutôt d’un pamphlet, comme l’indique la quatrième de couverture. Les personnages n’ont pas vraiment d’épaisseur psychologique, pas d’existence propre en dehors du flot d’événements et d’institutions ubuesques au milieu desquels ils se débattent, et l’on cherchera en vain une véritable intrigue au milieu des tableaux de la vie quotidienne (sauf un petit rebondissement assez inattendu dans les deux derniers chapitres, mais qu’on se gardera bien de dévoiler !). Partout, c’est le souci didactique qui l’emporte, comme en témoigne in fine le choix (assez contestable) qu’a fait l’auteur d’ajouter à son histoire une postface du physicien belge Jean Bricmont, lequel propose une sorte de «mode d’emploi» de «ce qu’il faut penser de tout ça», comme si cela ne ressortait pas clairement du contenu même du récit (on remarquera d’ailleurs que cette postface reproduit à l’identique ce que le savant a déjà exposé dans maintes publications au préalable – bis repetita placent).

Que penser justement du «message» que délivre l’ouvrage ? Sur le fond, Pierre Lévy force-t-il un peu le trait ou voguons-nous vraiment sur le fleuve qui mène aux Enfers ? L’ouvrage porte les couleurs de la mouvance dans laquelle l’auteur baigne (celle d’un courant de pensée républicain, formé de marxistes, de gaullistes et de quelques autres francs-tireurs viscéralement attachés aux vieux fondements de la souveraineté populaire dans le cadre des États-Nations) avec les croyances caractéristiques de ce milieu et probablement aussi ses illusions (par exemple le dénigrement jacobin des identités régionales basque et bretonne comme de purs artéfacts technocratiques, ou la foi dans ce que peuvent apporter à l’avenir du monde des pays comme le Venezuela, voire, et l’on s’en étonnera encore davantage, du Sri Lanka…). Mais laissons le lecteur disséquer par lui-même la morale de toute cette histoire et se faire sa propre opinion sur le fond de tous ces sujets.

Ce roman d’anticipation démontre en tout cas, s’il en était besoin, que la fiction demeure un précieux aiguillon pour stimuler la réflexion. Mêlée à la distance humoristique, elle remplace avantageusement les pédantes démonstrations et les apostrophes haineuses. Le rire tend hélas à disparaître de l’arsenal des armes politiques aujourd’hui. Le roman de Pierre Lévy contribue utilement à le réhabiliter.


Frédéric Delorca
( Mis en ligne le 17/10/2012 )
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