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Chef d’œuvre inachevé
Jirô Taniguchi    Moebius   Icare
Dargaud 2005 /  18 € - 117.9 ffr. / 284 pages
ISBN : 2-87129-866-1
FORMAT : 19,0cm x 25,0cm
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Mieux vaut tard que jamais. Neuf années après sa première publication dans un mensuel nippon, la collaboration Moebius/Taniguchi devenue légendaire parce qu’invisible (seule une traduction italienne chez Coconino Press sortie il y a trois ans pouvait satisfaire les plus curieux) est traduite en français et publiée dans un bel et épais album, augmentée pour l’occasion d’un entretien avec Moebius relatant l’histoire mouvementée de l’ouvrage.

Tout débute à la fin des années 80 lorsque le créateur du Garage Hermétique ébauche les grandes lignes d’un scénario qu’il prévoit de publier sur le marché japonais. Un dessinateur est à trouver et c’est Jirô Taniguchi qui est choisi pour mettre en images ce récit de science-fiction d’une belle envergure et aux multiples prolongements. Le script est toutefois à retravailler et c’est avec l’aide de Jean Annestay que Moebius s’attelle à la tâche. Quant à Taniguchi, il intervient aussi dans l’adaptation finale de cette histoire, apportant sa culture du manga et sa connaissance des attentes du public japonais. Au final, si la trame générale est toujours présente et inchangée, beaucoup d’éléments sont toutefois mis de côté, des sous-intrigues sont écartées, et surtout seul le (long) préambule à toute la saga imaginée par Moebius sera finalement dessiné, les éditeurs japonais ne souhaitant pas prolonger une série recueillant peu de suffrages malgré ses nombreuses qualités.

Fatalement, si l’on ignore ces coulisses éditoriales relativement malheureuses, la déception est au rendez-vous à la lecture d’Icare. Le résultat n’est forcément pas à la hauteur des espoirs que l’on plaçait dans cette collaboration entre deux grandes figures du neuvième art. Certes, le récit est rempli de moments forts et d’images saisissantes, mais le côté inachevé et une intrigue prometteuse mais qui tombe en plan dans ces dernières pages laisse sur une faim proche de la famine. Icare, stoppé dans son élan, ne pourra pas prolonger son vol et malgré cet épais volume de près de 300 planches (vertige des publications japonaises !), l’on sent bien que nous n’avons là qu’une partie d’un immense chantier.

Alors qu’importent finalement ces considérations sur ce qu’aurait pu être Icare ! Contentons-nous de ce que nous avons et apprécions le travail effectué. Le scénario de Moebius pioche dans les mythes anciens et accommode ces éléments à une vision à la fois futuriste et poétique. L’enfant aux pouvoirs surnaturels prisonnier des autorités et soumis à des expériences secrètes par un gouvernement policier ; on retrouve là des éléments issus des mangas de science-fiction les plus célèbres comme Akira ou Ghost in the shell. La technologie sophistiquée, les ravages de la science et de l’atome, les forces de l’ordre répressives, et au-delà, plus fort que tout, l’amour entre deux êtres forcément innocents, Moebius a su capter tout ce qu’il y avait de singulier dans le genre et remodèle le tout à la lumière de ses propres affinités esthétiques et narratives. À partir d’une trame générale dont l’originalité reste toutefois à démontrer, Moebius et Taniguchi prodiguent quelques superbes moments de bande dessinée : un prologue, en partie mis en couleurs, qui place l’œuvre à un niveau de poésie bienvenu avant la froideur du monde aseptisé à venir, des scènes de vol et de fuite dans les cieux, portées par un grand souffle épique, et quelques moments de folie dévorante faisant passer de l’humain à l’animal en une seule vignette. Taniguchi, le mangaka aux milles facettes, étonne une fois de plus en adoptant un style nettement plus agressif que ce qu’il a l’habitude de montrer dans ses récits plus intimistes. Ce chaînon manquant entre la bande dessinée franco-belge et le manga pure souche, redevient pour un temps l’adolescent énergique rêvant de scènes de combats, de nymphettes dénudées, d’explosions dévastatrices et d’armes ultra-sophistiquées. Tout n’est pas à la hauteur de ses ambitions, n’est pas Otomo qui veut, mais le dynamisme et la virtuosité graphique sont toujours de mise.

Si le résultat final n’est pas celui que l’on aurait souhaité, il ne s’agit donc pas de bouder son plaisir. Icare reste une belle bande dessinée, honnête et confectionnée avec soin par deux grands artisans de la planche. Un moment de lecture plaisant à défaut d’être indispensable.


Alexis Laballery
( Mis en ligne le 11/01/2006 )
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