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La métamorphose
Hugues Micol   Loo Phui Phang    Ruby   Prestige de l'uniforme
Dupuis - Double Expresso 2005 /  15 € - 98.25 ffr. / 80 pages
ISBN : 2800137231
FORMAT : 22 x 30 cm
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Paul Forvolino est un minable. Du moins, c’est lui qui le dit. Paul est chercheur biologiste chez Métacorp, laboratoire pharmaceutique géant. Il porte une blouse grise, ce qui signifie qu’en tant qu’employé subalterne, il doit toute sa vie à l’entreprise et à ses supérieurs : les blouses vertes d’abord, qui ne lui parlent pas, les blouses jaunes ensuite, qui ignorent son existence, et enfin les blouses rouges, qui ne se penchent sur son misérable sort qu’afin de réfléchir au moment le plus judicieux pour son licenciement.

Paul a encore quelques amis, de moins en moins nombreux, dans les yeux desquels il peut à nouveau lire tout le mépris que suscite son existence malheureuse d’employé laborieux et dévoué, ses doubles journées de travail, son salaire minable et la perpétuelle menace de mise à la porte qui pèse sur lui. Enfin, Paul a une femme et une fille. Rébecca, sa femme, est une sorte d’infirmière née, jamais si heureuse que lorsqu’elle peut soulager et plaindre son loser de mari ; si dévouée en fait qu’elle veut surtout éviter qu’il ne change... sans quoi sa propre vie deviendrait elle aussi inutile. Sa fille Zoé est juste une petite fille de 4 ans comme une autre, qui aime les chiens, les maisons Playmobil, qui voudrait voir plus souvent son papa pour qu’il la borde le soir, et qui, lorsqu’on lui laisse des crayons, dessine régulièrement son enterrement, ou celui de son père.

Paul Forvolino aime être un minable. Chez Métacorp, il est un pion, un maillon de la chaîne, il aime être dévoué, courber l’échine, être celui qu’on martyrise. En fait, la seule qui l’intéresse vraiment, ce sont les lichens sur lesquels il travaille. «Le lichen est le fruit de la symbiose entre une algue et un champignon, en combinant leurs propriétés, ils créent un organisme infiniment plus résistant», explique-t-il avec dévotion. Jusqu’au jour où un nouveau Paul Forvolino apparaît, plus beau, plus dynamique, plus positif : le voilà qui fait gagner de l’argent au laboratoire, qui monte en grade, qui s’occupe de sa fille, fait des cadeaux à ses parents, paye des vacances à sa petite famille… Mais où va-t-il puiser toute cette énergie, lui jadis si médiocre, qui maintenant épuise son entourage et ses collègues ? Et qu’est-ce que cette tache verte qui déforme si curieusement sa main ? Et pourquoi a-t-il maintenant besoin de se couvrir et de se protéger à ce point du soleil ? Et pourquoi a-t-il besoin de disparaître des heures, la nuit, dans sa cave ?

On connaissait déjà les encres infiniment sombres et dures de Hugues Micol (Les Contes du 7ème souffle, Chiquito la muerte) ; son trait noir et heurté fait ici merveille : l’atmosphère est sombre et envoûtante, les visages des amis et des collègues sont grimaçants et odieux à souhait ; bien servies par les couleurs comme éteintes de Ruby, les transformations du corps de Paul sont aussi inquiétantes que possible. On ne connaissait pas en revanche, la scénariste Loo Hui Phang, qui s’avère douée. Très bien écrit, d’une construction maîtrisée de bout en bout, le récit captive d’emblée et impose son ambiance noire et désabusée dès la première ligne. Dans un genre fantastique souvent stéréotypé, il introduit avec bonheur la narration à la première personne et le ton amer du polar, et ce à l’intérieur d’une peinture de mœurs continuellement convaincante. Une réussite.


Jean-Baptiste Perret
( Mis en ligne le 29/09/2005 )
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