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Nicolas de Crécy   Période glaciaire
Futuropolis Musée du Louvre 2005 /  14.50 € - 94.98 ffr. / 80 pages
ISBN : 2-75480-006-9
FORMAT : 22 x 31,5 cm

À l’occasion de la publication de cet album une sélection de planches originales est exposée jusqu’au 29 novembre, en mezzanine de l’accueil des groupes. Entrée libre.
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Chaque album de Nicolas de Crécy est une nouvelle aventure, une échappée pleine de moments forts vers des territoires graphiques et littéraires jusqu’alors inexplorés, un moment de pur bonheur où la qualité esthétique des planches est toujours servie par d’enthousiasmantes péripéties. Période glaciaire n’échappe pas à la règle et pourtant son statut particulier aurait pu faire craindre un album mineur et impersonnel dans la carrière de son auteur. Il s’agit là en effet d’une commande des éditions du musée du Louvre en partenariat avec Futuropolis : Période glaciaire inaugure une série de quatre albums dont la trame principale tourne autour du musée et de ses collections. D’ici 2007, de Crécy sera ainsi suivi par Marc-Antoine Mathieu, Emmanuel Guibert et enfin Bernard Yslaire : un casting de choix qui finit de dissiper les craintes liées à une telle entreprise. Car, au vu de ce superbe premier album, l’approche quelque peu ennuyeuse et lourdement pédagogique habituellement tributaire de ce type d’initiative n’a pas lieu d’être ici. Mieux encore, surpassant les contraintes, Nicolas de Crécy réalise là une magnifique bande dessinée, d’une grande richesse et qui reste toujours très personnelle.

Dans un futur indéterminé, le réchauffement de la planète n’a pas eu lieu ; c’est au contraire le froid et la neige qui ont complètement enveloppé le continent. À la recherche de cette fameuse cité légendaire appelée « l’Agglomération », une petite expédition venue du sud traverse ces terres désolées, un immense désert de glace qui a recouvert toutes traces de civilisation. La troupe d’historiens et de scientifiques est accompagnée dans ce difficile périple par quelques chiens génétiquement modifiés, réputés pour leur flair et doués de plus de la parole. Après quelques incidents, le groupe est séparé et le chien Hulk (baptisé ainsi en référence à une certaine divinité des temps jadis…) atterrit par hasard dans une grande bâtisse habitée par de drôles de petites créatures de bronze et d’argile. Le reste du groupe parvient plus tard à la même destination, mais c’est devant une collection de drôles d’images accrochées au mur qu’il est arrêté.

Cette immense ville souterraine, c’est le Louvre et ses collections restées miraculeusement intactes même après tous ces siècles. Plus étonnant encore, les sculptures échappées de leur socle et de leur vitrine sont vivantes et conversent avec les héros ; elles racontent leur histoire, se disputent entre elles, et surtout font part à Hulk de leur désir de quitter l’endroit devenu dangereux et invivable. Pour les autres protagonistes restés à l’étage des peintures, c’est le début d’une suite d’hypothèses farfelues qui sont peu à peu échafaudées : l’endroit doit appartenir à un certain Delacroix puisque son nom est présent sur bon nombre de ces images !

Ces réflexions sur ces images devenues opaques et mystérieuses atteignent leur apogée lorsque l’un des membres de l’expédition tente une évocation de cette ancienne civilisation disparue à l’aide des tableaux. En replaçant les toiles dans un ordre particulier – telles les vignettes d’une planche de bande dessinée – une histoire prend alors naissance. D’un paysage orageux de John Constable à La Raie de Chardin, c’est ainsi toute une sélection de tableaux du Louvre qui prend un nouveau sens dans cet accrochage inédit, une disposition ludique et originale qui donne l’occasion à de Crécy de confronter bande dessinée et peinture. Avec drôlerie et malice, il applique ici au pied de la lettre la volonté du Louvre de rapprocher neuvième art et fonds du musée.

Cette vision partielle des œuvres et des choses qui apporte son lot de conclusions saugrenues et décalées est constante dans l’album : la pyramide du Louvre étant quasiment ensevelie sous la neige, le sommet de verre qui émerge à la surface est vu comme un drôle d’igloo fait de glace. De même, un fanion aux couleurs de l’Olympique de Marseille (« droit au but » !) est apparenté à un blason quasi sacré et arboré avec fierté par l’un des héros. L’ignorance de ces personnages les amène à poser un regard nouveau sur les œuvres qui les entoure, un éclairage de travers certes, mais qui en cela attire le regard du lecteur et titille sa curiosité, le poussant à chercher lui-même quelque information plus valable que celle de ces héros de papier. L’air de rien, de Crécy pose des questions sur l’art et son interprétation, sa contemplation et sa consommation, mais aussi sur la survie des œuvres opposée à la mort des hommes.

Un dessin au stylo toujours aussi puissant et expressif, des couleurs à l’aquarelle jouant des camaïeux avec une belle facilité, une idée folle à chaque planche, à chaque vignette même, un sens du rythme impeccable et une intrigue qui circule à vive allure sur un circuit de grand huit : la réflexion est ici étroitement liée à un parfait divertissement où l’absurde et la poésie font bon ménage. Il n’y a que chez de Crécy que des gros chiens qui pratiquent le ski de fond et portent des lunettes de soleil n’étonnent pas outre mesure ! Le résultat est empreint d’une douce folie, donnant l’image d’un musée tout ce qu’il y a de plus vivant et passionnant, loin des énigmes ampoulées du ronflant code Da Vinci (à cet égard, le sort réservé par de Crécy à la fière Mona Lisa est à lui seul un moment de pur bonheur…).

Cette rencontre inédite entre la bande dessinée et le musée suit une logique d’ouverture vers d’autres formes artistiques qui anime depuis quelques années les dirigeants du Louvre. Au final, aucune des deux parties n’est lésée : de Crécy a produit un album très personnel, un (nouveau) petit chef-d’œuvre qui marque une fois encore sa place importante occupée dans le paysage actuel de la bande dessinée. Et de plus, il donne l’envie de se replonger instamment dans les prodigieuses collections du Louvre. Un index détaillé des œuvres représentées au fil des planches termine d’ailleurs l’album ; on imagine déjà quelque visiteur du musée ayant troqué son guide Michelin du Louvre pour ce nouvel itinéraire, certes moins didactique mais offrant de nouvelles pistes d’exploration riches en découvertes. Une façon de se perdre encore dans les dédales du plus grand musée du monde…Tout simplement admirable !


Alexis Laballery
( Mis en ligne le 07/11/2005 )
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