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Bande dessinée  ->  Chroniques - Autobiographie  
 

Vers l’infini et au-delà !
Doxiadis  Apostolos   Christos Papadimitriou   Alecos Papadatos   Logicomix
Vuibert 2010 /  22.50 € - 147.38 ffr. / 348 pages
ISBN : 978-2-711-74351-3
FORMAT : 18x22 cm

Couleurs: Annie Di Donna
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C’est d’abord l’histoire d’un auteur de bande dessinée qui s’est lancé dans un projet un peu démesuré – une sorte d’intrigue mathématique – et qui, en attendant de faire la connaissance d’un futur collaborateur, mathématicien de formation, disserte avec son lecteur sur ses soucis de création. C’est, à partir de là, une petite réunion entre auteurs, pour savoir comment aborder la question des mathématiques et de leurs fondements logiques (ou supposés tels). C’est enfin, et pour entrer dans le vif du sujet, une conférence donnée aux USA en 1939 par le philosophe et mathématicien Bertrand Russell, sur le thème de la logique appliquée aux décisions, conférence qui dévie sensiblement vers une autobiographie et le récit d’une quête (insensée ?) de certitudes mathématiques…

Car les mathématiques, pour le commun des mortels, sont les sciences les plus logiques, structurées par une série de lois indiscutables… sauf par quelques mathématiciens, qui se heurtent, dans leur recherche, à des postulats qui semblent logiques (genre 1+1=2), mais qui attendent la démonstration. Bertrand Russell est l’un de ces mathématiciens qui doutent des mathématiques, et dans son cas, la quête de logique va de pair avec une éducation strictissime fondée sur l’ordre moral, une peur obsessionnelle de la folie (une tare familiale), une vie sentimentale compliquée, et surtout un besoin quasi-maladif de certitudes en tout genre… Avec Logicomix, on assiste donc à la naissance du logicien : un centaure moitié mathématicien, moitié philosophe, serviteur éperdu d’une chimère mathématique. Et dans la foulée longue de Bertrand Russell, le lecteur se passionne immédiatement pour cette bataille contre l’infini, une bataille qui se joue à Londres, Paris, Heidelberg… Une bataille feutrée, mais dont les auteurs savent, avec un talent pédagogique indéniable, rendre accessibles les principales batailles. Du paradoxe de Russell aux cogitations de Wittgenstein, la logique se présente sous un masque inattendu, celui de la folie qui guette le chercheur d’absolu. Et en réponse, la conclusion va chercher dans la tragédie classique (L’Orestie en l’occurrence) une morale, opposant la sagesse des hommes à la raison, inhumaine, des logiciens.

Cette bande dessinée – un roman graphique, ou peut être même une dissertation graphique ? – est un véritable bonheur de lecture, un peu comme l’un de ces gâteaux avec plusieurs couches (quand on aime les gâteaux à plusieurs couches !). L’enjeu n’était pourtant pas évident : exposer, à travers la vie de Bertrand Russell, les enjeux (et les limites) de la logique en mathématique, et l’écriture des Principia mathematica. Les « héros » même de cet album sont des sommités peu médiatiques : Russell, Poincaré, Gödel, Wittgenstein, Cantor… Des personnages en marge (de la société, de la folie…) et paradoxalement de vrais héros de tragédie grecque, portés par une vision. Un ouvrage si improbable que les auteurs eux-mêmes ont mis en scène leurs doutes, une mise en abyme désormais fréquente depuis Maus, afin d’illustrer un processus de création/de lecture face à un sujet déroutant. Car déroutant, ce thème l’est effectivement… mais au rythme de la conférence de Bertrand Russell, on se laisse facilement entraîner dans le plaisir de la spéculation, on se frotte aux paradoxes de maître Russell (à commencer par la théorie des ensembles), on avance au fil des travaux, on se heurte aux raisonnements des uns et des autres, et l’on est finalement, en quelques pages, intrigué puis fasciné, après tant d’autres lecteurs, par cette quête de l’absolu mathématique, qui confine à l’impossible. Et tout cela dans un graphisme soigné, très comics et en même temps épuré, qui sait jouer, sans en abuser, des effets pour lancer une idée, un concept, une émotion. L’image s’efface devant le récit, qui, à son tour, puise dans l’image pour illustrer l’abstraction. Un des albums les plus réussis du moment et une belle expérience de lecture, pour ceux que le paradoxe n’effraie pas.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 21/06/2010 )
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