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Histoire & Sciences sociales  ->  Antiquité & préhistoire  
 

Présence du judaïsme en occident antique et médiéval
Paul Salmona   Laurence Sigal    Collectif   Archéologie du judaïsme en France et en Europe
La Découverte 2011 /  25 € - 163.75 ffr. / 357 pages
ISBN : 978-2-7071-6694-4
FORMAT : 13,7cm x 22,2cm

L'auteur du compte rendu : Emmanuel Bain est agrégé d’histoire et docteur en histoire médiévale. Sa thèse a porté sur «Église, richesse et pauvreté dans l’Occident médiéval. L’exégèse des Évangiles aux XIIe-XIIIe siècles».
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Le développement de l’archéologie préventive dans les années 1990-2000 a permis un enrichissement important des connaissances historiques, dont les résultats sont malheureusement trop souvent peu diffusés auprès du grand public. Le volume dirigé par Paul Salmona et Laurence Sigal sur L’Archéologie du judaïsme en France et en Europe répond justement à la volonté de pallier cette lacune en diffusant les résultats des découvertes récentes. Fruit d’un colloque tenu en 2010, il est déjà publié, qui plus est à un prix très abordable, et dans une langue facile d’accès.

Ce volume ne constitue pas un état des lieux complet de l’archéologie du judaïsme en Europe, qui serait centré sur les sites les plus importants ; il présente les résultats des fouilles récentes, en France et dans toute l’Europe. Après une introduction générale de P. Salmona, il est structuré en trois grandes parties, chacune ouverte par un article plus général suivi de plusieurs cas précis. La première partie porte sur les juifs dans l’Antiquité : la présentation globale de Mireille Hadas-Lebel est suivie par les cas des catacombes juives de Rome, et de synagogues en Albanie et à Syracuse. La seconde partie porte sur le Moyen Âge : la présentation de Danièle Iancu-Agou est développée par les résultats de fouilles à Cologne, Tolède, à Trets, à Ratisbonne, en Sardaigne, à Saint-Paul-Trois-Châteaux, à Montpellier, à Metz, à Lagny-sur-Marne, à Orléans, à Buda et dans le Comtat Venaissin. La troisième partie porte sur les nécropoles juives : les problèmes spécifiques de ces fouilles sont abordés par Neil Asher Silberman, et illustrés par les exemples d’Ennezat, de Tàrrega, de Lucena, de Prague, de Tolède et de Châteauroux.

De ces différents exemples ressortent un certain nombre d’apports et de questions. Le premier résultat majeur est de souligner la permanence et l’importance de la présence juive en Europe de l’Antiquité à la fin du Moyen Âge. L’existence d’au moins six catacombes juives à Rome, construites au même moment que celles des chrétiens, et de centaines d’inscriptions en latin, en grec ou en hébreu, rappelle l’importance de la communauté juive dans la capitale de l’Empire. Mais celle-ci se retrouvait aussi en Gaule, en Grèce, dans les villes allemandes de commerce, ou dans des espaces plus périphériques comme en Sardaigne. Il ne semble pas qu’il y ait de solution de continuité avec la période médiévale. Les juifs sont alors présents dans toute ville, et pas seulement dans les grands centres bien connus comme Rouen, Troyes ou Montpellier. En Comtat Venaissin, la protection des papes est aussi un phénomène bien connu. Mais même des petites villes ont pu recevoir d’importantes communautés : la taille du cimetière juif découvert à Ennezat est étonnante, et c’est à Saint-Paul-Trois-Châteaux dans la Drôme qu’a été retrouvée une des plus grandes arches saintes hébraïques du Moyen Âge. Malgré des persécutions, malgré des expulsions, l’archéologie montre la reconstitution régulière des communautés juives en Europe et leur présence en chaque ville antique ou médiévale.

Un second enjeu de cet ouvrage sur l’archéologie du judaïsme est d’étudier la façon dont la présence juive s’inscrit dans l’espace des cités. Les bâtiments cultuels, synagogues et mikve, continuent certes à attirer l’attention des archéologues et des pouvoirs publics, et ce livre présente nombre d’entre eux, de taille parfois imposante. Mais un des objectifs de la recherche actuelle que présente ce livre, consiste à ne pas limiter les investigations à ces grands marqueurs identitaires, pour s’intéresser à l’ensemble du «quartier juif» avec ses écoles, ses maisons – plus ou moins riches – les traces des activités et des consommations, et les nécropoles. Il s’agit, grâce aux «archives du sol», de retrouver la culture matérielle des juifs du Moyen Âge.

Cette démarche soulève la question centrale des rapports entre juifs et chrétiens. Tous les auteurs de ce colloque ne l’abordent pas de façon identique, mais la plupart cherchent tout de même à remettre en question l’idée d’une séparation nette entre juifs et chrétiens. Les quartiers juifs ne sont pas systématiquement en-dehors des villes ; les modes de construction des maisons, les objets utilisés, les formes d’inhumation sont souvent très semblables à ceux des chrétiens. Une des principales difficultés de l’“archéologie juive” est d’ailleurs de s’assurer du caractère juif ou non des bâtiments fouillés. L’existence des quartiers juifs eux-mêmes n’est pas nécessairement le résultat d’une politique discriminatoire ou d’une exclusion. L’intégration des communautés juives dans la cité est un des éléments que soulignent nombre d’enquêtes de cet ouvrage, tout en laissant ouverte la question des différences.

Ces enquêtes se heurtent toutefois à de nombreuses difficultés qui sont inévitablement présentes tout au long de l’ouvrage, même si certains articles y sont plus spécifiquement consacrés (en particulier ceux de Max Polonovski et de N. A. Silberman). Comme dans toute archéologie d’urgence se pose régulièrement le problème du manque de temps et de la pression des promoteurs. À cela s’ajoute l’intérêt très inégal manifesté par les autorités politiques qui, d’ailleurs, même quand elles manifestent cet intérêt, le réduisent le plus souvent à ce qui est touristiquement exploitable, c’est-à-dire aux bâtiments cultuels. Il est toutefois plus triste de constater combien des conflits de personnes ou d’institution peuvent nuire à d’importants chantiers, comme ce fut le cas pour Rouen. Existent enfin des obstacles plus fondamentaux. Nous avons déjà parlé des problèmes d’interprétation et il n’est pas rare d’hésiter entre bâtiment chrétien ou bâtiment juif. Mais ce doute est lui-même révélateur et digne d’intérêt. L’obstacle des règles religieuses est plus délicat. La fouille des cimetières juifs est un des secteurs qui pourraient ouvrir le plus de perspectives, mais se heurte souvent à l’hostilité des autorités religieuses soucieuses de faire respecter le principe selon lequel il ne faut pas déranger les morts. Se heurtent ainsi deux approches différentes dont les enjeux sont présentés en différents articles.

La publication de cet ouvrage est une chance qui permet au grand public d’être informé de recherches récentes qui renouvellent la connaissance et l’approche de la présence juive en Europe dans l’Antiquité et au Moyen Âge. On est simplement surpris qu’il n’y ait pas un mot d’ouverture sur les périodes postérieures.


Emmanuel Bain
( Mis en ligne le 01/03/2011 )
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