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Histoire & Sciences sociales  ->  Antiquité & préhistoire  
 

Nostalgie sénatoriale et mauvaise conscience impériale
Yves Roman   Empereurs et sénateurs. Une histoire politique de l’Empire romain
Fayard 2001 /  25 € - 163.75 ffr. / 543 pages
ISBN : 2-213-61056-8
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C’est aux relations tendues entre l’ordre sénatorial et le principat qu’Yves Roman, professeur d’histoire ancienne à l’université Lumière-Lyon II, consacre son dernier ouvrage. L’approche est originale. Yves Roman revendique la pluridisciplinarité : apparaissent en effet de grands noms de la sociologie, de l’anthropologie et de la linguistique. Foucault, Mauss, Lévi-Strauss et bien d’autres légitiment, au fil de notes ou de paragraphes, la démarche de l’historien. Assuré que le traitement sériel des occurrences lexicales est riche en enseignements, Yves Roman en déduit tout un pan de l’histoire politique de l’Empire romain.

Son interrogation vient de la confrontation, dans la littérature romaine, entre deux images récurrentes : celle du « mauvais empereur » et celle d’une aristocratie sénatoriale veule et oisive. Derrière les discours se cachent des rapports de force et une évolution historique. L’atonie sénatoriale est un fait dans un régime politique nouveau qui, à partir d’Auguste, et pour trois siècles, remplace la République. Ce changement d’univers politique provoque un déclassement dont les sénateurs expriment le refus à travers une peinture souvent noire des différents principats. Les « mauvais empereurs » sont ainsi ceux qui compromettent le plus la symbolique républicaine : autour des clichés bien connus de la littérature antique - la désinvolture, le libertinage, la féminité, la brutalité, la luxure et la perversion sexuelle -, des hommes comme Caligula, Néron, Domitien ou Commode, tous caractérisés par un exercice particulièrement monarchique du pouvoir, font figure de « mauvais empereurs ». Au contraire, les princes attentifs aux traditions anciennes, les restaurateurs de la république, de Rome ou d’une idée de la romanité, renvoient à l’ideal-type du « bon empereur » ; ainsi d’Auguste, Trajan, Hadrien ou Marc-Aurèle.

L’âge d’or que regretterait la caste sénatoriale, correspondant peu ou prou au temps de Caton, est celui d’une Rome oligarchique, République gouvernée par le Sénat avec l’assentiment populaire. Les valeurs de ce monde ancien sont contrariées par l’avènement du principat augustéen. Au goût de l’action, au souci de la dignitas, à l’attachement à une morale stoïcienne et à l’éloquence, outil d’un pouvoir collégial, succède un type de pouvoir marqué par l’influence hellénistique : une monarchie renvoyant à Alexandre le Grand, marquée par le luxe, l’absolutisme, tout un ensemble de valeurs et de pratiques considérées comme féminines et ne cadrant donc pas avec la romanité.

Si Yves Roman montre qu’à partir d’un certain moment, vers la fin du Ier siècle de notre ère, le principat est accepté de fait par les sénateurs - Pline le Jeune prête ainsi ce mot à l’un d’entre eux : « Qu’on nous laisse vivre, nous qui avons survécu » -, il exagère peut-être l’opposition entre le Sénat et l’Empereur. S’il est vrai que les sénateurs sont rapidement remplacés à la tête de l’administration impériale, d’abord par les affranchis impériaux, ensuite par les chevaliers, il ne semble pas falloir exagérer leur faiblesse et leur isolement. Les travaux des historiens anglais Ronald Syme (The Augustan aristocracy, Oxford, 1986) et Andrew Wallace-Hadrill (Augustan Rome, Londres, 1993) montrent par exemple que dès le principat augustéen un nombre considérable de sénateurs font partie de l’entourage de l’empereur et y jouissent d’une importance réelle.

Empereurs et sénateurs demeure un ouvrage très stimulant par les questions qu’il soulève et les réponses qu’il propose. Fruit d’une érudition considérable, enrichie par les apports des sciences humaines, cet essai permet de comprendre l’inadéquation d’un groupe politique et social avec un monde profondément bouleversé depuis le début de notre ère.


Thomas Roman
( Mis en ligne le 27/04/2002 )
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