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Histoire & Sciences sociales  ->  Antiquité & préhistoire  
 

Cette défaite qui nous est chère.
Michel Reddé   Alésia - L'archéologie face à l'imaginaire
Errance - Hauts lieux de l'Histoire 2003 /  36 € - 235.8 ffr. / 210 pages
ISBN : 2-87772-245-7
FORMAT : 25x30 cm

L’auteur du compte rendu: Yann Le Bohec enseigne l’histoire romaine à la Sorbonne. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages adressés tant aux érudits qu’au grand public. En dernier lieu, il a publié L’armée romaine sous le Haut-Empire (Picard, 3e édit., 2002), César, chef de guerre (Éditions du Rocher, 2001), et Urbs. Rome de César à Commode (Le Temps, 2001).

Cet ouvrage des éditions Errance est disponible en librairie et, le cas échéant, par correspondance à l'adresse suivante: Epona, 7 rue J. du Bellay, 75004 Paris (01 43 26 40 41)

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Les étrangers qui lisent des ouvrages français d’histoire ancienne sont souvent surpris de voir le curieux attachement que nos compatriotes portent à la défaite que leurs ancêtres, les Gaulois, subirent à Alésia en 52 avant J.-C. face aux légions emmenées par César. Napoléon III avait fait construire un monument en hommage au chef des vaincus, Vercingétorix ; chacun des musées de notre pays renferme un tableau ou une statue, de préférence en style pompier, qui glorifie le héros arverne (ou auvergnat) ; Paris possède une rue d’Alésia. Et il n’est pas jusqu’à la bande dessinée qui ne se soit emparée de cette histoire [Voir à ce sujet, Yann Le Bohec, "Vercingétorix", in la Rivista Storica dell’Antichità, XXVIII, 1998, pp.85-120, ou Olivier Buchsenschutz, Alain Schnapp, "Alésia" in Pierre Nora, Les Lieux de mémoire, t.3, pp.4103-4140 - Ndlr].

Michel Reddé a déjà publié en 2001, dans la série des «Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres», un ouvrage monumental (le texte est réparti sur 3 volumes), également intitulé Alésia, où il manifeste une érudition colossale. Il donne ici un texte plus ramassé et en partie différent, car c’est un livre à thèse. Il se propose en effet de montrer au lecteur qu’il n’y a aucune incompatibilité entre les sources littéraires, la “philologie”, et les sources archéologiques, fruits des fouilles et en particulier de celles qu’il a dirigées sur le site.

En historien, il commence par décrire le contexte de manière assez large. Au milieu du Ier siècle avant notre ère, la République entre en agonie. La classe politique est partagée en deux clans, les défenseurs du statu quo ou optimates et les partisans de réformes ou populares, qui se battent avec acharnement et ne redoutent même plus les combats de rue dans Rome. Entre ces deux “partis”, quelques ambitieux, qui envisagent de s’appuyer sur l’armée, profitent du désordre et se préparent à prendre le pouvoir. C’est le cas de Pompée et de César qui, dans ce but, avait entrepris la conquête de la Gaule du Nord en 58 avant J.-C.

Après avoir massacré les principales armées gauloises, en particulier les Belges, les Armoricains et les Aquitains, le proconsul pense avoir gagné la partie. Mais, en 52, un jeune chef, Vercingétorix, réussit à provoquer un soulèvement non pas général comme on l’a dit, mais assez général [Cf., Yann Le Bohec, César chef de guerre, Le Rocher, 2001 - Ndlr]. Après de savantes manœuvres, César se trouve en difficulté et il fait retraite vers la province quand Vercingétorix, en s’enfermant dans Alésia, sur le chemin de son retour, le contraint à mener un siège d’où il espère sortir vainqueur : il veut immobiliser les légions et les écraser entre l’enclume des assiégés et le marteau de renforts appelés de toute la Gaule.

Excellent connaisseur des textes, l’auteur reprend la documentation écrite, surtout César dans le De bello gallico. Le chef de l’armée romaine y décrit en effet dans un passage célèbre les travaux qu’il fait effectuer pour venir à bout de ses ennemis. Deux lignes de défense continues sont installées, l’une pour empêcher les assiégés de sortir, l’autre pour empêcher d’éventuels secours d’arriver jusqu’à eux. Elles comprennent des fossés, des remparts de bois flanqués de tours et des séries de pièges. Les légionnaires et leurs alliés sont abrités dans plusieurs camps.

Quand on passe à l’archéologie, un premier problème se pose : où fouiller ? Comme on sait, des débats passionnés ont divisé nos compatriotes depuis le XIXe siècle sur la localisation du site d’Alésia : dans le Jura ou en Côte d’Or ? Et la querelle se poursuit encore. Michel Reddé, qui est aussi un grand archéologue, prend parti et propose un point de vue plein de bon sens : il faut identifier l’Alésia de la guerre des Gaules à Alise-Sainte-Reine, en Bourgogne. Il fonde son choix sur un rapprochement méticuleux des textes et de l’archéologie.

Les dernières enquêtes qui ont été conduites sur le terrain ne laissent la place à aucun doute sur ce point. Elles ont permis de retrouver les deux défenses linéaires, les camps et les pièges qui avaient été mis en place. Les armes et les monnaies, tant romaines que gauloises, confirment la chronologie : en cet endroit eurent lieu une grande bataille et un grand siège en 52 avant J.-C.

En outre, grâce à ce livre, il est maintenant possible de voir de manière concrète comment les Gaulois se défendaient et comment les Romains investissaient un site. Mais l’auteur n’esquive pas les difficultés : en effet, il a pu constater que César n’a décrit ses travaux que de manière générale ; il n’a pas fait installer partout le même système de défense.

Il reste une dernière indication à donner : l’iconographie est superbe, et l’auteur ne recule ni devant les représentations d’objets modestes, ni devant les paysages (vues aériennes ou au sol), ni devant les reproductions d’œuvres du XIXe siècle.
Mais hélas, on ne comprend toujours pas pourquoi les descendants des Gaulois attachent tant d’importance à cette défaite, à leur défaite.


Yann Le Bohec
( Mis en ligne le 25/09/2003 )
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