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Mille ans d'histoire médiévale française
Claude Gauvard   La France au Moyen Age - Du Ve au XVe siècle
PUF - Quadrige 2004 /  17 € - 111.35 ffr. / 570 pages
ISBN : 2-13-054205-0
FORMAT : 15x20 cm

L'auteur du compte rendu : agrégé d’histoire, Nicolas Plagne est un ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure. Il a fait des études d’histoire et de philosophie. Après avoir été assistant à l’Institut national des langues et civilisations orientales, il enseigne dans un lycée de la région rouennaise et finit de rédiger une thèse consacrée à l’histoire des polémiques autour des origines de l’Etat russe.
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Bien connu des agrégatifs de Paris, de France et de Navarre, Claude Gauvard, actuellement professeur à Paris-1, donne ses cours d’histoire médiévale française sous forme d’un manuel de type classique publié aux PUF, utile réédition du manuel de 1996.

L’auteur rappelle en préface que l’enseignement et la compréhension de cet objet sont tributaires des représentations modernes du passé national et européen et qu’il existe une histoire de l’approche du Moyen âge depuis le romantisme qui en fixe les bornes conventionnelles d’ailleurs modulées selon les pays (de 476 : chute de Rome à 1453 : chute de Constantinople/ ou 1483 : mort de Louis XI de France/ ou 1492 : ouverture à l’ouest par Colomb). Le fil directeur du manuel est la formation progressive d’une identité française spécifique dans un cadre de chrétienté latine fondée sur la référence à l’Empire et à la foi chrétienne instituée dans une Eglise universelle. Cette identité est celle d’une civilisation chrétienne, aristocratique et féodale, d’une société inégalitaire régie par des normes morales et organisées dans des institutions sociales et politiques. Qu’une discontinuité majeure nous en sépare est trop évident : le moderne qui culmine dans les Lumières et la révolution va recomposer l’identité dans les cadres de l’Etat et de l’économie centralisés et unifiés nationalement sous la monarchie puis les constitutions du peuple souverain.

Le manuel est constitué de quinze chapitres. La table des matières très précise permet de s’orienter facilement, grâce au sommaire, dans le riche contenu du livre et d’en avoir un usage de travail efficace et rapide. Chaque fin de chapitre est suivie d’encarts documentaires (nombreuses cartes, illustrations et tableaux généalogiques noirs et blancs) qui rendent plus palpables l’histoire et la recherche.

Le chapitre 1 («Du 5ème au 10ème siècle : une période difficile» ) rappelle les bouleversements majeurs de la fin de l’empire romain et les éléments de continuité qui traversent les grandes invasions. L’installation des envahisseurs se double d’une fusion ethnique progressive scellée par l’alliance des rois et de l’Eglise épiscopale et monastique entre un noyau barbare militaire et des élites gallo-romaines. Gauvard, s’appuyant sur les travaux les plus sûrs, rappelle que les barbares pénètrent l’ouest de l’empire au terme de relations durables avec Rome et d’évolutions plus graduelles qu’on ne l’a dit pendant longtemps. Ils remplissent, en raison de leurs habitudes et de leurs fonctions auxiliaires précédentes, dans le vide politique qui s’est instauré à la fin de l’empire, le rôle que les pouvoirs militaires jouent en dernier ressort : l’autorité légitime attendue par les populations. Que cela s’accompagne de conflits et de rivalités entre les barbares, de pillages et de troubles liés à des migrations ethniques, à une période intermédiaire d’anarchie déclarée, ne doit pas occulter le contexte socio-politique. Mais le changement majeur est le poids nouveau que la création des royautés barbares donne à la culture païenne germanique dans ces vieux territoires gaulois romanisés : entre 650 et la renaissance carolingienne, la culture antique a disparu. Dans des sociétés redevenues essentiellement rurales à la fin de l’empire, par la contraction de l’économie, une élite aristocratique barbare héréditaire prend la fonction de seigneurs fonciers et de chefs locaux garants de l’ordre, et applique un droit ethnique déjà héritier de codifications sous influence romaine, puis l’étend à tous les libres dans des cadres territoriaux liés aux royaumes. Si la société est aristocratique, la grande structure sociale reste la division entre libres et non-libres. La tentative de rétablissement de l’empire par Charlemagne avec le soutien de l’Eglise donne naissance, par-delà la vague des invasions des 9ème et 10ème siècles, à la chrétienté comme substitut à un empire romain aussi désiré qu’impossible.

Le chapitre 2 ("L’unification de la Gaule sous les mérovingiens») fait le tableau de la Gaule au début du pouvoir des Francs puis retrace le règne de Clovis, dans un dossier enrichi des recherches récentes sur le baptême, sa date et son sens. Si les successeurs de Clovis bénéficient de l’unification sous le peuple «libre» de la Gaule, c’est pour aussitôt défaire cette unité au gré de partages successoraux légaux ou violents qui illustrent l’inexistence politique de la France. Le chapitre 3 («La Gaule mérovingienne au 7ème siècle : aspects politiques et religieux») décrit l’exercice du pouvoir (part du pouvoir personnel, rôle du don et administration royale), souligne la puissance de l’aristocratie et la fragilité de ses relations avec le roi, dépeint la Gaule en cours de christianisation par moines et évêques inspirés par le grand pape de l’époque, Grégoire le Grand, et se clôt sur l’ascension des Pippinides, maires du palais indispensables (Charles Martel), lassés des seconds rôles qui captent la royauté à leur avantage. Les chapitres 4 et 5 peignent l’empire dans le cycle qui va du souffle énergique des fondateurs à la retombée de l’élan vital politique des commencements : autre empire insuffisamment plastique et réactif mais riche devenant victime d’invasions irrépressibles. Demeurent les réformes culturelles fondamentales, durables bases des idéaux et des pratiques médiévales grâce à l’engagement de l’Eglise, éternellement nostalgique d’un empire d’ailleurs idéalisé. Les capétiens, pippinides de Francia occidentalis, s’emparent alors d’un trône presque vacant.

Le chapitre 6 fait l’ouverture de l’époque nouvelle «du 11ème au 13ème siècle : une période d’expansion», qui, dans le cadre de l’occident latin en croissance économique dans ses structures féodales adaptées aux formes de la production agricole et de la vie rurale, voit le développement progressif des villes et des échanges. La seigneurie qui encadre les villages est avec la ville l’unité fondamentale de la société. Les grands défrichements, notamment l’œuvre des moines, témoignent d’une soif de terres arables nouvelles et d’une croissance démographique. Dans ce contexte favorable à l’aristocratie féodale, face aux puissantes relations féodo-vassaliques, «Les premiers capétiens de 987 à 1108» (chapitre 7), rois bien faibles et souvent menacés, réussissent à durer grâce à leur domaine propre alors que le domaine royal est réduit à peu de choses. Le roi tient surtout grâce à un habile système successoral, à la captation du sommet de la pyramide féodale et à une sacralisation, qui maintiennent assez le prestige de la royauté, désirée mais respectée, pour lui donner le temps de passer à la conquête du royaume. C. Gauvard insiste sur la question du sens du pouvoir royal à cette époque : davantage sur les Francs (rex Francorum) que sur un territoire (rex Francie, titre de Philippe le Bel). Il n’empêche : le contrôle royal sur les vastes principautés (Normandie, Catalogne, Flandres) d’une France qui constitue officiellement un royaume est longtemps nul ou fort théorique. Le pouvoir de l’Eglise et de Cluny n’en contraste que mieux avec lui, dans cette société de chevaliers et seigneurs qu’il faut encadrer spirituellement, canaliser et si possible instrumenter au nom de la Paix de Dieu, idéal d’ordre chrétien qui accompagne la réforme grégorienne de l’Eglise.

Essor des villes plus riches et plus indépendantes (mouvement des communes) et affirmations des lignages nobles fiers de leurs généalogies et d’origines glorieuses (fondements d’un statut) accompagnent le passage «Du domaine royal au royaume (1108-1180)», effectué principalement sous Louis VI, Louis VII et Suger. La royauté doit faire face symboliquement et militairement à de grands féodaux, principalement aux Plantagenêts, mais aussi à l’Empire qui s’inquiète d’un royaume français renforcé. Croisades et alliance avec l’Eglise servent l’idéologie royale dans ce gué. Le succès économique s’accompagne alors d’un idéal chrétien de pauvreté incarné par Bernard de Clairvaux et Cîteaux. «L’équilibre capétien (1180-1285)» (chapitre 9) s’appuie sur la victoire de Bouvines de Philippe «Auguste» et la sainteté laïque de Louis IX, dont le règne est rapidement suivi de la canonisation. Philippe IV, qui l’a obtenue, est le principal artisan avec ses légistes de «la construction de l’Etat» (chapitre 10) face à tous ses rivaux en France : Eglise, Templiers, papauté intrusive, Angleterre. Le bilan est très positif en chrétienté pour ce royaume dont Paris est devenu effectivement la capitale politique unique, à la veille d’une crise majeure et ruineuse liée au système même du sang royal qui avait assuré l’unification et l’organisation idéologique de la société.

Les chapitres 11, 12, 13 et 14 retracent l’histoire de la France de la Guerre de Cent ans, entre installation difficile des Valois qui semblent s’imposer avec Charles V et manquent de peu l’élimination à la fin du règne de Charles VI, débiteurs ingrats de Jeanne d’Arc qui manifeste la constitution souterraine dans le peuple et la petite noblesse de la naissance de la Nation France liée à ses rois légitimes, à une idéologie chevaleresque et chrétienne, au mythe des Francs retournés au profit de la dynastie Française contre les Anglais identifiés aux occupants. Un encart sur le grand Schisme rappelle l’actualité religieuse majeure de la chrétienté du 15ème siècle.

Le dernier chapitre fait le tableau de «la grant monarchie de France» vers 1440-1442, royaume uni autour de ses mythes, de ses institutions reconstruites et auréolées de la sanction de la Providence, Etat puissant qui, bientôt belliqueux hors de ses frontières traditionnelles, sera analysé par Machiavel et les premiers penseurs politiques modernes comme exemplification de la genèse et des méthodes du gouvernement princier efficace face aux grands et aux royaumes voisins. Etat théorisé et sacralisé, incarnation d’une haute justice accessible partout, servi par une armée permanente, payée par une fiscalité royale efficace et lourde, le royaume est reconstruit par l’habile Jacques Cœur, autre victime de Charles VII, tandis que les seigneuries s’intègrent à un ordre politique dont elles sont des cellules domestiquées et que les villes protégées par le roi connaissent un essor annonciateur de la Renaissance.


Nicolas Plagne
( Mis en ligne le 02/07/2004 )
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