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N’EST PAS REVOLUTION QUI VEUT
Robert Solé   Révolutions et révolutionnaires en Europe - 1789-1918
Gallimard - Folio histoire 2008 /  11,60 € - 75.98 ffr. / 809 pages
ISBN : 978-2-07-034081-1
FORMAT : 11,0cm x 18,0cm

L'auteur du compte rendu : Archiviste-paléographe, docteur de l'université de Paris I-Sorbonne, conservateur en chef du patrimoine, Thierry Sarmant est adjoint au directeur du département des monnaies, médailles et antiques de la Bibliothèque nationale de France. Il a publié Les Demeures du Soleil, Louis XIV, Louvois et la surintendance des Bâtiments du roi (2003), Vauban : l'intelligence du territoire (2006, en collaboration), Les Ministres de la Guerre, 1570-1792 : histoire et dictionnaire biographique (2007, dir.).
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Est-ce une révolte ?» - «Non, sire. C’est une révolution». Ce dialogue de fantaisie, censé avoir eu lieu entre Louis XVI et le duc de Liancourt le 14 juillet 1789, caractérise bien l’ambiguïté du mot «révolution». Dans l’ancienne langue française, la révolution n’était rien d’autre qu’un changement politique brusque, un quasi-synonyme de coup d’État. Mais le sens du mot se modifie à partir de 1789 : la révolution, c’est désormais un renversement complet de l’ordre établi, politique, social, voire économique. La Révolution par excellence, celle par rapport à laquelle se définissent toutes les autres, c’est la révolution française, qui est chute de l’absolutisme, mais aussi abolition des privilèges, nationalisation des biens du clergé et de ceux des émigrés, bientôt guerre de propagande. La révolution ainsi comprise implique un «avant» et un «après», une rupture définitive.

A partir de 1789, il y a non seulement des révolutions, mais aussi, dans tous les pays de l’Europe, des révolutionnaires, c’est-à-dire des partisans d’une transformation radicale et violente de la société. Après 1789, il y a 1830, 1848 et 1917, pour s’en tenir aux «grandes» révolutions, et une multitude de «mouvements révolutionnaires», quelquefois réussis et le plus souvent avortés.

Pour rendre compte de ce long «siècle des révolutions» qui court de 1789 à 1917, Jacques Solé a établi une typologie ternaire. Pour lui, il y aurait des «révolutions sans révolutionnaires», mouvements survenus spontanément, sans l’intervention d’activistes patentés (1789, 1830, 1848, 1870) ; des «révolutionnaires sans révolution», c’est-à-dire des troubles menés par une minorité agissante qui n’auraient pu atteindre son but (Pologne de 1794, 1830 et 1846, Irlande de 1798, Russie de 1825) ; enfin, les «victoires des révolutionnaires» (1792, 1793 en France, 1830 et 1848 en Belgique, 1917 en Russie). De l’examen des différents mouvements ainsi répertoriés et classifiés, l’auteur conclut à la primauté du politique sur les autres facteurs de transformation et au caractère essentiellement national des révolutions européennes.

Cette typologie et les conclusions que Jacques Solé en tire n’emportent nullement la conviction. La distinction entre «révolutions sans révolutionnaires», «révolutionnaires sans révolution» et «victoires des révolutionnaires» est largement artificielle. Elle conduit à revenir à la vieille confusion entre «coup d’État» et «révolution». De ce fait, ce que l’auteur écrit sur presque 800 pages, ce n’est une analyse du phénomène révolutionnaire, mais ce que les auteurs du XVIIe siècle auraient appelé une «histoire des coups d’État», la chronique un peu trop anecdotique de toutes les transformations politiques violentes survenues en Europe pendant plus d’un siècle. Ainsi se succèdent des séries de fiches où apparaissent, dans un embrouillamini inexprimable, la prise du pouvoir par Bernadotte en Suède, le compromis austro-hongrois de 1866, l’unité allemande de 1871, l’indépendance de la Grèce en 1821 et le coup d’État bolchevik de 1917. Des phénomènes politiques essentiellement différents sont mis sur le même plan : les révolutions, les coups d’État, les «révolutions de palais», les soulèvements nationaux, les guerres d’indépendance, etc.

Les conclusions tirées de l’examen d’un tel corpus ne peuvent être que faussées. D’autant que le jugement porté sur tel ou tel mouvement révolutionnaire varie suivant les observateurs : la révolution des autres, c’est toujours un coup d’État ou un complot qui a réussi. Dire que la chute de la monarchie française, le 10 août 1792, ou celle de la première République russe, en octobre 1917, sont d’abord des coups d’État, c’est simplement constater un fait. Il y a eu renversement violent d’un pouvoir légalement établi. Mais il y a loin à cette observation au fait de conclure que 1792 et 1917 ne sont que des coups d’État. Si la monarchie française a succombé, ce n’est pas le seul fait de la nullité politique de Louis XVI ou de l’audace des Jacobins. Si la Russie est tombée au pouvoir des Bolcheviks, ce n’est pas la seule conséquence du génie de Lénine ou de la férocité de ses partisans. Dans les deux cas sont entrées en lice des forces profondes, économiques et sociales, qui ont joué contre l’ancien ordre des choses.

Le métier de l’historien, c’est justement de mesurer le rôle respectif des hommes, celui des circonstances et celui des structures sociales, économiques et mentales, dans des changements, qui tantôt sont «révolutionnaires» et tantôt infiniment lents, donnant l’illusion d’un temps immobile.


Thierry Sarmant
( Mis en ligne le 14/04/2009 )
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