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Histoire & Sciences sociales  ->  Période Contemporaine  
 

Maurras, agitateur culturel depuis un siècle
Olivier Dard   Michel Leymarie   Neil McWilliam    Collectif   Le Maurrassisme et la culture - L'Action française, culture, société, politique (III)
Presses universitaires du Septentrion - Histoire et civilisations 2010 /  26 € - 170.3 ffr. / 370 pages
ISBN : 978-2-7574-0147-7
FORMAT : 16cm x 24cm

L'auteur du compte rendu : Chargé d'enseignement en FLE à l'Université de Liège, Frédéric Saenen a publié plusieurs recueils de poésie et collabore à de nombreuses revues littéraires, tant en Belgique qu'en France (Le Fram,Tsimtsoum, La Presse littéraire, Sitartmag.com, etc.). Depuis mai 2003, il anime avec son ami Frédéric Dufoing la revue de critique littéraire et politique Jibrile.
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Mouvement d’idée et de combat politique pivot, l’Action française aura irrigué la pensée de ses thuriféraires comme de ses détracteurs durant les quatre premières décennies du XXe siècle. Ses divers supports (une ligue, une revue et un quotidien) ont un élément fondateur et fédérateur commun, l’imposante figure de Charles Maurras, dont on oublie trop souvent de rappeler l’importance des vues et des écrits dans les grands débats sociaux de son temps. Le troisième volume des actes du colloque ''L’Action française, Culture, société, politique'', tenu en 2009 à Paris, rend justice à la richesse d’une aventure intellectuelle dont les acteurs ne se limitèrent pas à être de jeunes camelots du roi incontrôlables, maniant mieux la canne plombée que les concepts ! Le bras armé de l’AF l’était avant tout d’une plume…

Rien d’étonnant donc à ce que le volume s’ouvre sur l’examen de la réalisation de la veine pamphlétaire chez le «Maître de Martigues» ou d’autres auteurs d’importance comme Léon Daudet. Grégoire Kauffmann, biographe émérite de Drumont, étudie les rapports entre le directeur de La Libre Parole et Maurras. Et force est de constater que, même si ces deux-là furent à maints égards sur la même longueur d’onde, notamment durant l’Affaire Dreyfus, leurs tempéraments respectifs et leurs visions tendirent à les éloigner. Autant Drumont ne démordra jamais de sa propension à l’invective et au pessimisme décadent, autant Maurras, en rationaliste empirique et positiviste, ne se laissera jamais aller à éructer des insultes. Même sa terrible Lettre à Schramek, se clôturant sur rien moins qu’un appel au meurtre, sera animée de bout en bout d’une rage froide, stylistiquement très classique, mais sur le fond implacable.

L’étude de Philippe Secondy est intéressante, bien que quelque peu réductrice, car elle tend à résumer Léon Daudet à son antijudaïsme rabique et à expliquer l’éclat de sa verve presque par ce seul biais idéologique. Or, qu’on se souvienne de certaines pages de ses Souvenirs littéraires pour se persuader que la virulence qui l’animait pouvait prendre bien d’autres cibles, à commencer par les cuistres de l’univers médical. Si l’antisémitisme est bien le terreau d’un écrivain tel que celui-là, il n’est pas le terrain d’exercice exclusif de son talent…

Après les hommes, les périodiques. Laurent Joly se penche sur La Revue critique des idées et des livres, première publication à marquer très tôt une dissidence d’avec l’AF, alors que ses animateurs sont des disciples de la première heure de Maurras. Thomas Roman étudie quant à lui l’éphémère – mais guère anecdotique – L’Indépendance, dirigée de 1911 à 1913 par Georges Sorel. Une telle étude de cas, si pointue puisse-t-elle paraître de prime abord, illustre à merveille le bouillonnement revuistique dans lequel l’AF s’est peu à peu taillé une place prépondérante. Car la concurrence était rude en ces années d’avant-guerre. Les «réseaux» de l’époque, quand bien même ils cherchaient le rapprochement, maintenaient malgré tout une ligne de pensée tranchée, ce qui leur permettait de se singulariser. Les soréliens et ceux qu’ils finirent par appeler les «pipelets du nationalisme», les maurrassiens, s’affirmèrent pour leur part si bien… qu’ils ne parvinrent guère à s’entendre !

Ces actes sont également un vaste terrain de confrontation. Maurras est d’abord mis face à face avec des philosophes (comme Blondel et Bergson, auxquels Maurras préfèrera le thomiste Maritain) ou des écrivains. L’étude de Jean-Michel Wittmann, ''Gide, un anti-Maurras ?'', montre à cet égard de façon remarquable à quel point la relation entre ces deux monstres sacrés, phares de plusieurs générations, «épouse […] assez exactement la courbe générale du rayonnement de Maurras dans le monde intellectuel et littéraire, de l’Affaire au milieu des années 20».

C’est ensuite au tour des concepts d’entrer dans l’arène. Martha Hanna rappelle l’importance que tint le débat sur la pertinence des principes kantiens dans la double croisade contre l’ennemi héréditaire germanique et la Troisième République des «parlementeurs». Les communications de Gaetano DeLeonibus et Neil McWilliam permettent de réévaluer l’invocation au classicisme allant de pair avec la critique radicale du romantisme. Quant à Christain Amalvi, il brosse un excellent tableau de la Grèce Antique en tant que mythe idéal et fondateur du maurrassisme.

Il serait par trop fastidieux de détailler par le menu un ensemble si riche où, chose rare à constater au rang de ce genre de publication souvent disparate, il n’y a rien à jeter.

Ce livre pourrait d’ailleurs très bien tenir lieu de référence première, de «prologue» sur le sujet, et pas uniquement de source utile à quelque obscur étudiant. Les différentes interventions sont écrites dans une langue certes savantes, mais d’une clarté que n’aurait pas désavouée l’auteur de L’Avenir de l’intelligence. Carole Reynaud Paligot offre des pages définitives sur l’épineuse question de «la race». Elle établit clairement en quoi Maurras, nourri de préjugés essentialistes et de grilles interprétatives propres à son temps, sut pourtant se démarquer de cette notion comme facteur explicatif unique aux phénomènes historiques ; il accordera plus de poids à celle de «caractère national», dénuée chez lui de signification biologisante. Rien de commun avec l’aveuglement hitlérien ou les terribles photos de face et de profil reproduites par Georges Montandon dans son opuscule Comment reconnaître le Juif ?

Une dernière, pour la route ? Celle de Francis Balace, savoureux et vertigineusement érudit as usual dans son recensement des avatars du Camelot du Roi à travers le roman français entre 1908 et 1914. Traitant d’œuvres mineures de Gyp ou d’autres plumitifs oubliés, Balace dresse le portrait d’une jeunesse contestataire qui scandalisait toutes les franges de l’opinion à coups de chambards et de déboulonnage de statues. Ou quand la littérature, si indigeste soit-elle, sert malgré tout de matériau de première main à l’historien dans sa tentative de résurrection d’un monde englouti par le temps.

Ce troisième tome vient donc couronner un grande entreprise, non de réhabilitation, mais de relecture d’un pan entier de l’histoire des idées et des passions françaises. Le projet était ambitieux ; il débouche sur un bilan dont ni les spécialistes ni les profanes ne pourront désormais faire l’économie. En un mot comme en cent : indispensable.


Frédéric Saenen
( Mis en ligne le 20/07/2010 )
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