L'actualité du livrerencontre rencontrefemme Mardi 19 mars 2019
  
 
     
Le Livre
Histoire & Sciences sociales  ->  
Biographie
Science Politique
Sociologie / Economie
Historiographie
Témoignages et Sources Historiques
Géopolitique
Antiquité & préhistoire
Moyen-Age
Période Moderne
Période Contemporaine
Temps Présent
Histoire Générale
Poches
Dossiers thématiques
Entretiens
Portraits

Notre équipe
Littérature
Essais & documents
Philosophie
Beaux arts / Beaux livres
Bande dessinée
Jeunesse
Art de vivre
Poches
Sciences, écologie & Médecine
Rayon gay & lesbien
Pour vous abonner au Bulletin de Parutions.com inscrivez votre E-mail
Rechercher un auteur
A B C D E F G H I
J K L M N O P Q R
S T U V W X Y Z
Histoire & Sciences sociales  ->  Période Contemporaine  
 

Essai sur le Peuple de Paris en Révolution
Haim Burstin   L'Invention du sans-culotte - Regards sur le Paris révolutionnaire
Odile Jacob - Collège de France 2005 /  24.90 € - 163.1 ffr. / 233 pages
ISBN : 2-7381-1685-X
FORMAT : 14,5cm x 22,0cm

Préface de Daniel Roche.

L'auteur du compte rendu : Elève conservateur à l'Ecole nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques (Enssib), Cécile Obligi est l'auteur d'un mémoire de maîtrise d'histoire intitulé Images de Jean-Sylvain Bailly, premier maire de Paris, 1789-1791.

Imprimer

Professeur invité par Daniel Roche (titulaire de la chaire d’histoire de la France des Lumières), Haim Burstin a donné au Collège de France en 2002 une série de conférences intitulées «Regards sur le Paris révolutionnaire» (titre bien mieux adapté au contenu que celui qui a été retenu par les éditions Odile Jacob). La publication du texte de ces conférences nous donne l’occasion de profiter des dernières réflexions d’un historien italien spécialiste du Paris révolutionnaire et auteur d’une thèse remarquée sur le faubourg Saint-Marcel (Une révolution à l’œuvre, le faubourg Saint-Marcel (1789-1794), Seyssel, Champ Vallon, 2005).

Haim Burstin propose un ensemble de réflexions sur le Paris révolutionnaire des premières années de la Révolution en les regroupant autour de trois thèmes : le sans-culotte – et, plus généralement, l’apprentissage de la vie politique –, les rapports entre intellectuels et Révolution, et, enfin, la violence révolutionnaire. Il ne livre pas un ensemble de thèses définitives, mais des pistes de réflexion autour de chantiers pour certains prématurément refermés (celui des sans-culottes), pour d’autres un peu délaissés ces dernières années (le peuple de Paris sous la Révolution), et pour d’autres encore objets d’un intérêt renouvelé (la violence dans la Révolution française).

H. Burstin revient d’abord sur l’historiographie de la capitale en Révolution : après une période où l’histoire de Paris sous la Révolution était considérée comme l’histoire de la France (Paris étant alors dans une curieuse position «d’exception […] à laquelle revient paradoxalement la tâche de représenter tout», p.41), un rééquilibrage a eu lieu en faveur de l’histoire des provinces. Il est maintenant temps de revenir sur l’histoire de Paris, délaissée ces dernières décennies.

Les études sur le peuple de Paris et sur une de ses franges désormais bien connue, celle des sans-culottes, ont en fait été laissées en chantier après les critiques faites à A. Soboul (dont H. Burstin a été l’élève) au moment de la parution de sa fameuse thèse. Dans un contexte apaisé, l’auteur se propose de revenir sur l’analyse de Soboul. Après avoir fait le point sur les différentes critiques qui avaient été faites à Soboul et avoir souligné l’absence de suites données à ces ébauches de réflexion, il revient sur les aspects économiques et sociaux de la définition du sans-culotte de Soboul. En effet, si l’analyse politique du sans-culotte lui semble toujours très valable, sa définition économique et sociale (le fameux artisan petit propriétaire inséré dans des structures de production traditionnelles) ne l’a pas convaincu. L’idée proposée par H. Burstin est que Soboul a en quelque sorte été dupe du discours des sans-culottes, prenant pour argent comptant ce qui n’était qu’un «vouloir-être», et peut-être même qu’un «devoir-être». Ainsi donc, non seulement il n’y a pas de continuité entre l’artisan d’Ancien Régime et le sans-culotte de la Révolution, mais il n’y a pas d’identité économique et sociale claire du sans-culotte. Il s’agit bien plutôt d’une invention des classes dirigeantes, d’un modèle auquel il est valorisant de s’identifier (puisqu’il exclut à la fois l’aristocratie et la canaille, dégageant ainsi une sorte de sanior pars du peuple). Ce «moule inventé par les élites révolutionnaires pour contenir le mouvement populaire parisien» (p.91) est un moule à la fois crédible, acceptable par tous (élites et peuple), et élastique.

Ce point s’inscrit dans une réflexion plus large sur la vie politique parisienne et ses mécanismes. Ainsi, H. Burstin voit dans «l’invention» du sans-culotte un moyen de fournir une soudure entre classes dirigeantes et masses populaires. A travers cette idée, il propose une nouvelle interprétation des rapports peuple de Paris / classes dirigeantes, dépassant l’idée d’une simple instrumentalisation de l’un par l’autre : «C’est avec l’invention du sans-culotte que s’impose progressivement à Paris une sorte de paradigme de la participation populaire «compatible», et donc acceptable, donc souhaitable» (p.79). L’auteur propose aussi des pistes de réflexion sur le militantisme, s’interrogeant sur les raisons qui peuvent pousser un individu des classes populaires à s’engager politiquement. Il pose également la question des moyens de communication entre élites et masses, mettant en évidence le rôle de certaines figures (Lazowski en est une) ayant fait le lien entre les deux.

Après une partie très intéressante sur les intellectuels et la Révolution, en partie centrée sur l’histoire mouvementée de l’Observatoire sous la Révolution, H. Burstin aborde le problème de la violence. Rappelant l’omniprésence de la violence dans la société d’Ancien Régime, il essaie de dégager des types de comportements violents. Il met en évidence la vogue du «protagonisme» qui pousse un individu à commettre un acte violent dans le but de s’assurer prestige et visibilité. Il fait aussi ressortir un type de violence en quelque sorte «préventive», destinée à prouver qu’on est un bon révolutionnaire quand on veut faire oublier une origine ecclésiastique ou aristocratique par exemple, ou tout simplement quand on a peur d’être soupçonné de ne l’être pas assez. Parmi les autres idées sur la violence révolutionnaire, H. Burstin émet l’hypothèse que la violence débridée fait suite à un élan d’optimisme déçu : un espoir immense a été suscité au début de la Révolution et a été en quelque sorte trahi au moment de la fuite du roi. Après ce «désenchantement», la crainte du complot prend de telles proportions que la violence apparaît comme le seul moyen d’arriver à un résultat. Ces quelques lignes ne rendent compte que de quelques unes des idées que H. Burstin a commencé à explorer dans ce livre.

En définitive, on a là affaire à un ouvrage dynamique et stimulant, dans la mesure où il fait alterner réflexion générale et micro-histoire à travers des portraits de personnages marquants ou des récits d’affaires judiciaires. On espère que Haim Burstin donnera une suite aux réflexions amorcées dans ces conférences données au Collège de France, et en particulier qu’il osera reprendre de manière systématique le chantier des sans-culottes.


Cécile Obligi
( Mis en ligne le 21/03/2006 )
Imprimer

A lire également sur parutions.com:
  • Les Sans-culottes
       de Albert Soboul
  •  
    SOMMAIRE  /  ARCHIVES  /  PLAN DU SITE  /  NOUS ÉCRIRE  

     
      Droits de reproduction et de diffusion réservés © Parutions 2019
    Site réalisé en 2001 par Afiny
     
    livre dvd