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La République sans majuscule
Pouvoirs
Seuil 2002 /  14,94 € - 97.86 ffr. / 217 pages
ISBN : 2020501376

"La République", n°100, janvier 2002.
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Dans Divorce à l’italienne, ce chef-d’œuvre de la comédie péninsulaire des années cinquante, un bon curé monte en chaire, la veille des élections : "mes biens chers frères, dit-il à ses paroissiens, loin de moi la pensée de vous donner des consignes pour la journée de demain ; je vous dirai seulement : votez pour un parti qui soit démocrate et pour un parti qui soit chrétien !" En cette veillée d’armes d’élections présidentielles, la revue Pouvoirs – ce nom est déjà tout un programme - imite le clergé romain pré-conciliaire. Sans pour autant se salir les mains dans la joute électorale, elle ne croit pas inutile d’orienter les consciences vers de justes choix. Le thème de la République, objet d’un regain de curiosité depuis quelques années, se prête fort bien à l’exercice.

Cette livraison de la revue se présente donc comme un bilan des débats et des problèmes autour de l’idée républicaine. Après une présentation du distinguo classique entre République et démocratie (Marc Sadoun), une série d’articles examine les principes, les institutions et les symboles attachés à la conception française de la République : égalité (Nicolas Baverez), laïcité (David Kessler), indivisibilité (Gérard Marcou), fonction publique (Marceau Long), symbolique républicaine (François Burdeau), République et Etat (Françoise Hadas-Lebel), tradition républicaine (Odile Rudelle), le français comme langue officielle de la République (Pierre Encrevé), République et Europe (Jean-Marc Ferry).

Les noms cités en témoignent : nous sommes ici entre gens de bonne compagnie, l’Université et les grandes écoles voisinant avec le Conseil d’Etat. Il ne saurait être question de polémique, de spéculation, ni même de l’affirmation d’opinions personnelles. Chaque contribution puise abondamment dans la philosophie, la science politique et l’histoire. Le ton est mesuré, l’exposé, empreint de juridisme, sobre et sans passion.

Si l’on s’arrêtait à ces apparences, ce volume n’aurait que peu de titres à retenir l’attention du grand public. Mais derrière le masque de neutralité, il y a en fait quelques idées très arrêtées, qu’il est fort intéressant de voir partager par tant de personnalités installées au sommet de la hiérarchie intellectuelle et administrative. Pour résumer les choses à grands traits, les onze contributions rassemblées dans ce même numéro tiennent un discours identique : l’idéologie républicaine, telle qu’elle a pu exister chez nous depuis la Révolution, n’a rien d’universel, ni dans l’espace, puisqu’elle est très spécifiquement française, ni dans le temps, puisqu’elle est d’avènement récent, et déjà très vieillie. Les auteurs renvoient d’ailleurs aux analyses de Maurice Agulhon, Les métamorphoses de Marianne, présentées récemment dans ces colonnes. Il faut laisser les "immortels principes de 1789" à Monsieur Homais et aux instituteurs moustachus de 1880 ; regardons vers l’Europe et le grand large, plus ou moins libéral et anglo-saxon. Prudemment, les auteurs, qui sont tous fonctionnaires, exceptent du naufrage la fonction publique et l’Etat - l’idole est par trop indéboulonnable.

Rien de tout cela n’est présenté comme le résultat d’un débat ou d’un choix, mais comme une évidence, comme la résultante du "sens de l’histoire". On reconnaît là notre propension nationale à l’argument d’autorité, à la construction d’une idéologie officielle. De son côté, la rédaction de la revue prend courageusement parti par un simple artifice de typographie : elle écrit "république" et non "République"... Toute politique mise à part, il s’agit d’un faux-sens, puisque, dans l’usage, la "république" sans majuscule ne désigne pas un régime politique, mais la res publica latine, qui peut être démocratique, aristocratique, ou monarchique.

En somme, par l’organe de Pouvoirs, le Conseil d’Etat a rendu son arrêt : citoyens, ne votez pas pour l’agitateur Chevènement. Comme le bon curé de Sicile, Jean-Marc Ferry lâche d’ailleurs le mot (p. 152) : le parti adverse, ce sont les « nationaux-républicains » chantres de doctrines passéistes. Bonnes gens, vous voilà éclairés. Allez en paix : La messe est dite.

Quant à nous, peu satisfaits de ces procédés cléricaux, nous laisserons le mot de la fin à Alice au Pays des Merveilles : "tous ces gens-là sont bien antipathiques".


Thierry Sarmant
( Mis en ligne le 19/06/2002 )
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       de Maurice Agulhon
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