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« Saint » Nicolas II....
Victor Loupan   Nicolas II - Le saint tsar
Presses de la Renaissance 2001 /  18,14 € - 118.82 ffr. / 280 pages
ISBN : 2856168043
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Ce n’est pas une biographie de plus sur le dernier tsar de Russie », avertit l’éditeur. Il est vrai que l’angle d’approche est tout à fait original. Sous la plume d’un auteur qui ne dissimule pas sa foi orthodoxe, merveilleux et réalité historique voisinent dans cette vie de saint Nicolas II, canonisé par l’Eglise russe en août 2000 avec sa famille et 1500 autres victimes de la révolution. La préface du patriarche de Moscou, qui se défend de toute nostalgie monarchiste, a alors valeur d’imprimatur.

Le souverain est vénéré en tant que strastoterptsy, comme ayant accepté la mort dans un esprit d’abnégation chrétienne. Il a pris sur lui les péchés du peuple russe et s’est offert en victime expiatoire. L’auteur ne pousse cependant pas assez loin la réflexion sur le caractère métaphysique de l’immolation du tsar sur l’ordre de Lénine. Il aurait pu se référer au fameux discours de Robespierre sur la culpabilité de Louis XVI. L’assassinat de Nicolas II est véritablement l’acte fondateur du régime, sa déclaration de guerre au christianisme lui-même. C’est un acte de défiance absolue envers Dieu.

Les controverses au sujet de l’ancien tsar ont occupé les chercheurs et les médias russes tout au long des années 1990. Si, dans le grand public, beaucoup en sont restés à la caricature soviétique de « Nicolas le Sanglant », d’autres lui vouent une admiration sans bornes, se souvenant que sous son règne l’Empire connut une croissance économique sans précédent, et qu’une classe moyenne - préalable indispensable à la démocratisation des institutions - était en train de naître grâce aux réformes de Stolypine.

L’auteur a choisi son camp. Ici, chaque morceau de la vie du souverain est précédé de l’évocation d’un miracle attribué à son intercession, de songes, de visions, de prophéties le concernant. Séraphin de Sarov, canonisé en 1903, n’avait-il pas annoncé, par exemple, que viendrait un temps « où les anges eux-mêmes seraient débordés, tant le nombre des âmes qu’ils auraient à accueillir serait grand » ?

Nicolas II grandit à la cour de son père Alexandre III, à qui l'auteur adresse un éloge appuyé. Ce monarque n’a pourtant pas brillé par ses qualités de clairvoyance en politique intérieure, même si sa politique extérieure et sa politique économique sont d’indéniables succès. L’auteur s’attache ensuite à expliquer (et à excuser) les quelques épisodes controversés de la jeunesse du prince, comme sa liaison avec une danseuse. Il explique le caractère timoré et rêveur de Nicolas par son intelligence exceptionnelle. Ce surdoué s’ennuyait très vite, ce qui explique son air absent. Voilà une hypothèse pour le moins personnelle. En relisant les Evangiles, l’auteur aurait compris qu’il n’est point besoin d’être paré de toutes les qualités intellectuelles pour devenir un saint. La défense à tout prix du personnage peut nuire au but recherché, ainsi lorsque V. Loupan trouve des circonstances atténuantes aux souverains qui se rendent à un bal au soir de la mort de près de 1 500 personnes dans la gigantesque bousculade qui a endeuillé le jour de leur couronnement. L’explication des fautes politiques de Nicolas II est un peu courte elle aussi.

En revanche, d’autres sources nous confirment la vie familiale intense et les manières simples de Nicolas et d’Alexandra, soulignées ici. De même Victor Loupan n’hésite pas à aborder des aspects controversés de la vie du souverain comme le drame de l’hémophilie du tsarévitch Alexis, et la trouble fascination qu’exercent « Monsieur Philippe », puis Raspoutine sur le couple impérial. Cependant, en toutes circonstances, il adopte le point de vue des émigrés russes : le tsar était un homme bon, entouré d’ennemis issus de la haute société pervertie et de l’intelligentsia, mais qui avait l’appui du peuple. L’auteur dit avoir eu accès aux pièces du dossier de canonisation de l’empereur et aux archives du KGB. Les sources ne sont pourtant pas formellement décrites. De même, les notes au bas des pages sont peu nombreuses et constituent rarement des références.

L’un des plus grands mérites de cet ouvrage profondément russe est de rappeler à la mémoire des Occidentaux, qui ont des indignations éphémères et sélectives, le massacre des croyants en URSS de 1917 jusqu’à la fin (pensons à l’assassinat à coups de hache du Père Alexandre Men en 1990).


Jean-Noël Grandhomme
( Mis en ligne le 28/03/2002 )
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