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Encore de l’idéologie
Claude-Emile Tourné   Féminisme, féminité, féminitude - Ca alors !
Harmattan 2014 /  22,50 € - 147.38 ffr. / 222 pages
ISBN : 978-2-343-02832-3
FORMAT : 13,5 cm × 21,5 cm

L'auteur du compte rendu : Docteur en sociologie, diplômé de l’Institut d’Études politiques de Paris et de la Sorbonne (maîtrise de philosophie), Christophe Colera est l'auteur, entre autre, aux éditions du Cygne, de La Nudité, pratiques et significations.
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Adepte d’une pensée ternaire que reflète déjà l’intitulé de son livre, Claude-Emile Tourné avance trois raisons pour lesquelles il s’est lancé dans cette synthèse sur la condition féminine : sa carrière professionnelle de gynécoloque-accoucheur, sa vie intime de compagnon ou époux d’une féministe, son engagement politique contre les aliénations sociales. Certains sur Internet se sont exclamés : «Enfin quelqu’un qui sait de quoi il parle ! Un gynécologue qui parle des femmes, cela va nous changer des fictions de la théorie du genre !». Oui mais voilà, les médecins sont aussi sujets aux chimères de leur époque, et, de même que dans la Vie d’Apollonios de Tyane, «Néron creusera et ne creusera pas un canal à Corinthe», Claude-Emile Tourné est parvenu et n’est pas parvenu a rendre compte avec impartialité de ce qui peut être dit sur le versant féminin de l’humanité.

L’ouvrage est pourtant ingénieux. Après un effort sincère pour rendre compte des particularités biologiques de la féminité (la femme étant définie comme «un être humain sexué doté des organes génitaux de la maternité»), Claude-Emile Tourné a le mérite d’éviter un réductionnisme matérialiste en tentant de définir une sorte de caractéristique universelle psychologique, voire philosophique, que fonde le substrat génétique : cette notion astucieuse de «féminitude»  qu’il emprunte à Simone de Beauvoir et Malek Chebel, comme ensemble de valeurs qui dérive du substrat physiologique sexué (même, note-t-il, lorsque celui-ci est abîmé). Il va chercher du côté de Groddeck contre Freud (mais est-il utile d’effectuer ce détour par la psychanalyse ?) des moyens d’étayer sa vision, et la met en perspective avec les combats féministes et – rappel ô combien utile – avec les combats révolutionnaires socialistes du passé et du présent.

Toutefois l’ouvrage échoue à rendre compte objectivement de la réalité qu’il aborde. La terminologie de la quatrième de couverture trahit elle-même le biais de son approche : «la féminité, c’est la condition de la maternité, autrement dit la survie de l’espèce… un rôle… auquel le mâle ne peut prétendre», écrit-il en faisant comme si le sperme masculin n’était pas tout aussi indispensable à la procréation (et donc à la survie de l’espèce) que l’ovule féminin. C’est encore et toujours le totem du privilège matriarcal, si puissant dans l’économie symbolique du monde actuel (alors que l’économie réelle continue d’opprimer le «beau sexe») qui plane sur le travail de Claude-Emile Tourné comme sur mille autres. L’auteur, comme Ségolène Royal, ne peut s’empêcher de penser l’homme comme un éternel fils de sa mère et non comme un père, poussé à pénétrer les ventres dans un acte récessif, sous l’impulsion d’une nostalgie des origines, et non dans un acte souverain tourné vers l’avenir, un être voué à la tristesse post-orgasmique (et le tantrisme M. Tourné ? et le tantrisme !) là où la femme resterait maîtresse du processus post-coïtal.

Bref, pour Tourné le phallus est de trop, ce qui n’est que l’inversion un peu trop simpliste du phallo-centrisme archaïque. Un livre qui ne dépasse donc malheureusement pas les limites conceptuelles de notre époque...


Christophe Colera
( Mis en ligne le 23/09/2014 )
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