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Splendeurs et misères de la condition masculine
 collectif   Les hommes en crise ? - Le masculin en questions
La Découverte 2004 /  13 € - 85.15 ffr. / 176 pages
ISBN : 2-7071-4234-4
FORMAT : 16x24 cm

Revue Mouvements, n°31, janvier/février 2004.

L’auteur du compte rendu : professeur agrégée de lettres modernes, Sylvie Lesné consacre ses travaux aux questions du féminisme, de la mixité, et de leurs représentations.

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Quelle identité les revendications féministes dessinent-elles en creux pour les hommes ? Dans quelle mesure l'émancipation des femmes montre-t-elle la voie à celle des hommes ? Comment cette irruption des possibles masculins dans l'espace public peut-elle être responsable d'une crise identitaire, tantôt réelle, tantôt feinte, de la gent masculine ?

Pour répondre à ces questions très contemporaines, la revue Mouvements a convoqué neuf auteurs (sociologues, politologue, psychanalyste, psychologue, ethnologue) au chevet de la masculinité en souffrance. À chaque fois, un même diagnostic : cette fameuse crise est un leurre parfois commode qui masque les vraies raisons du malaise. Non pas la soi-disant déconstruction du masculin entraînée par la pensée féministe, mais tout au contraire la représentation traditionnelle de la virilité qui place les individus en porte-à-faux par rapport aux évolutions sociales et économiques du monde moderne.

Ainsi, pendant longtemps, comme l'explique Jean-Paul Gaudillière, les généticiens ne purent différencier le sexe social (ou genre) du sexe biologique, de sorte que les recherches sur la molécule et la cellule obéirent à une logique séparatiste du développement sexué. Or, les progrès de la biochimie ont mis en évidence que le métabolisme des hormones sexuelles est le même pour les deux sexes et, que dans sa première phase de développement, la différenciation sexuée est tout à fait réversible : comme le dit Élisabeth Badinter, «l'un est l'autre» !

La psychanalyse n'échappe pas davantage à ce paramètre de la «division cadastrale des sexes». Monique Schneider montre son rôle fondateur dans l'élaboration de la fonction séparatrice du père au sein de la famille, et dans la symbolique du phallus en érection, signe de la toute-puissance virile. Pourtant, une autre lecture du masculin est possible : à la logique tranchante du durcissement vertical, «le glaive», peut se substituer le paradigme du lien horizontal né d'un jaillissement rassembleur, «le pont» : ainsi, le masculin rejoint le féminin dans son oeuvre de perpétuation de la vie.

Les stéréotypes ont néanmoins la vie dure et rendent le quotidien difficile aux hommes qui s'identifient pleinement à eux. À travers une analyse des évolutions des conditions de travail, Pascale Molinier met en évidence la détresse psychologique que génère à présent le mode d'affirmation de la virilité en prise avec l'exercice de professions désacralisées et déstructurées par les nouvelles lois du marché. Anne Monjaret illustre et prolonge cette réflexion en étudiant le recul tout à fait symptomatique des espaces masculins professionnels, traditionnellement délimités par l'affichage d'images érotiques : les délocalisations, les restructurations, les nouvelles formes de flexibilité, le triomphe des individualismes tendent à faire disparaître ces représentations rassurantes de la virilité soudée autour de l'appartenance à un corps de métier solidaire et homogène dans ses valeurs.

Comment vivre de nos jours une masculinité «traditionnelle» ? Certains hommes semblent avoir choisi. Dans un article stimulant intitulé «Les clients des prostituées : le cas suédois», Sven Axel Mansson interroge les usages masculins de la prostitution. Si certains sont commandés par la culture pornographe de la société marchande, d'autres traduisent une volonté de retrouver des positions de domination dans leur relation aux femmes, que les revendications égalitaires ont profondément bouleversées.

Reste un petit nombre d'irréductibles : les «masculinistes du Québec». Dans un article lumineux de bon sens et de mesure, Francis Dupuy-Déri pointe leurs délires verbaux («féminazisme») et met à jour la faiblesse et les contradictions de leurs arguments : c'est parce que les filles réussissent à l'école que les garçons ainsi dévalorisés échouent ; c'est parce que la majorité des instituteurs sont des institutrices que les garçons échouent ; c'est à cause de l'hystérie féministe que les hommes se suicident trois fois plus que les femmes ! Au final, l'auteur invite instamment les hommes à recomposer avec les femmes d'autres modèles identitaires plus riches, plus justes, plus ouverts dans les relations sociales comme affectives.

Enfin, deux articles dénoncent les effets pervers de la crise du masculin tout en en dégageant les aspects prometteurs. Dans un long entretien, Michèle Ferrand évoque les faux espoirs que véhicule la «nouvelle paternité». Puis, avec force ironie, Annick Madec dénonce la praxis de certains sociologues-hommes qui, menant l'enquête sur le machisme à l'oeuvre dans les cités, tendent à occulter l'existence de jeunes gens lucides, mesurés et profondément humains.

Hors dossier, nous signalerons tout particulièrement «Cachez ce voile que la république ne saurait voir» de Sylvia Zappi, en guise de réponse à l’éditorial qui dénonce la laïcité fermée de la gauche, et «L'islamophobie : une myopie intellectuelle ?» de Laurent Mucchielli.
Adversaire résolue du «prêt à penser» dans tous les domaines de la vie sociale, culturelle, politique et économique, la revue Mouvements, avec cet excellent numéro, apparaît comme un outil essentiel pour qui veut penser une nouvelle citoyenneté à la fois dynamique et inventive.


Sylvie Lesné
( Mis en ligne le 26/04/2004 )
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