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Histoire & Sciences sociales  ->  Historiographie  
 

Où Clio marche
Christian Amalvi    Collectif   Les Lieux de l'histoire
Armand Colin 2005 /  26.50 € - 173.58 ffr. / 410 pages
ISBN : 2-200-26722-3
FORMAT : 16,0cm x 24,0cm

L'auteur du compte rendu : conservatrice générale honoraire du patrimoine, Claire Berche a particulièrement travaillé sur les sources de l'histoire de Paris et de l'Ile-de-France. Outre de nombreux inventaires d'archives, elle a publié des articles sur l'histoire du théâtre parisien.
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Ne cherchez pas dans ce volume une étude du cheminement de la recherche historique, problématique déjà bien étudiée depuis quarante ans. Cette synthèse s'attache à mettre en valeur les multiples sites, canaux où et par lesquels naissent, passent et se confrontent les travaux historiques les plus récents.

C'est l'objectif de l'équipe de 14 collaborateurs réunie par Christian Amalvi, et il est doublement ambitieux, puisqu'il s'agit de mettre en perspective quatre catégories d'espaces où se fabrique et se diffuse l'histoire:
- Tout d'abord, les lieux de formation des chercheurs, par exemple, pour l'ancien Régime, des grands établissements religieux aux collèges humanistes, jusqu'aux multiples espaces de l'histoire contemporaine.
- Pour les caves ou greniers de Clio, il s'efforce de scruter et analyser l'évolution des lieux traditionnels de collecte, de traitement et de conservation des sources que sont archives, bibliothèques et musées.
- Ensuite, la parole est à la chaire magistrale, puis aux canaux polyvalents par lesquels circulent les acquis de la recherche : presses universitaires, grandes collections, revues savantes.
- Enfin, pour conclure, dessiner la géographie d'une convivialité multiforme, scientifique, artistique où se développe partout en France le goût de l'histoire, sans compter quelques voies originales, non académiques, mais artistiques ou politiques jusqu'ici moins explorées.
L'autre face de cette ambition, on a déjà pu le constater, est le traitement sur la longue durée, du VIe siècle à l'époque contemporaine, un parti dont C. Amalvi s'explique dans l'introduction.

Unique auteur en charge du Moyen Age à la fin des Lumières, Laurent Avezou, entame naturellement sa présentation par une étude comparée de l'évolution de l'importance qu'attache le pouvoir royal à trois des lieux de collation et conservation des sources : archives, bibliothèques et musées. Il organise son étude diachronique des lieux de fabrique, de l'histoire des clercs, des congrégations à celle qui s'écrit au service du prince pour donner à voir l'émergence d'une histoire savante, celle de ses académies parisiennes et de province. Il s'efforce enfin de synthétiser les lieux d'enseignement, l'insertion lente dans les collèges, l'influence des images sur les non-lecteurs, le poids de la diffusion de l'écrit, en particulier de l'imprimé. Il conclut sur la prise en compte par l'époque des Lumières de l'histoire comme discipline de savoir. Son approche nuancée, basée sur les derniers travaux de référence, sert de solide socle à la problématique plus fractionnée des contributions suivantes.

Pour donner une idée de l'ampleur et de la variété des initiatives publiques ou privées qui font du XIXe siècle celui que l'ouvrage limite de Chateaubriand à Lavisse, le siècle de l'histoire, la seconde partie opère des choix dans l'exploration des classiques greniers de Clio : Pour la Bibliothèque nationale, c'est d'abord l'énorme chantier de publication initié par Guizot qui finit par des travaux de classement qu'a choisi de traiter Christian Amalvi. C'est la bibliothèque privée d'histoire du protestantisme français que Marianne Carbonnier-Burkard a retenue pour évoquer les grandes heures comme les difficultés de la riche collection de la rue des Saints-Pères. En matière d'archives, deux contributions, de Françoise Hildesheimer et Louis Bergès, montrent les évolutions différentes des Archives : les Archives nationales se trouvent fréquemment aux prises avec une conception administrative et une conception scientifique, et il en résulte pour elles un durable problème d'identité. Pour les Archives départementales, il semble qu'après un début difficile, leur importance dans le réseau de l'érudition locale devint incontestée. Enfin, est rappelée par Chantal Georgel la difficile présentation de l'histoire au musée.

Autour du thème des ateliers et cercles de Clio, l'ouvrage aborde deux grandes institutions : Louis Bergès étudie longuement la création par Guizot en 1834 du Comité des travaux historiques, chargé de travaux de publications, encadrant aussi les sociétés savantes, jusqu'à ses transformations à la veille de la Première Guerre mondiale. Quant à l'Académie des inscriptions et Belles-Lettres, fondée en 1663, Anne-Sophie Leterrier en dissèque l'histoire et étend son propos à une sociabilité académique qui gravite autour des salons et de la publication de revues. Trois points de vue bien étayés pour évoquer l'âge de l'éloquence historique. A.-S. Leterrier montre combien à l'Académie française, art oratoire et histoire ont partie liée ; la contribution originale qu'y consacre Jean-Claude Yon, montre comment les différentes scènes parisiennes se confrontent à la question de la vérité, tout en prenant la trame historique comme un cadre non contraignant ; enfin, Bertrand Joly montre, à l'aide d'exemples nombreux et divers, toutes les passes d'armes historiques dont certains parlementaires ont usé pour faire avancer leur projet ou dénigrer celui de l'adversaire.

L'histoire se lit dans le livre, le périodique, ou sur la pierre, c'est ce que s'attachent à montrer Jean-Yves Mollier, C. Amalvi et Christian Hottin. Le premier, en fin spécialiste de l'édition, décortique le marché du livre, du manuel, comme celui du périodique, tandis que C. Amalvi explique le passage entre 1814 et 1914 d'une histoire sacrée à une histoire profane. Monuments, bustes et pierres, Christian Hottin multiplie les exemples, en montrant combien l'enjeu de l'écriture du passé s'avère sensible dans le cadre urbain. Trois exemples dessinent l'image de Clio à l'école : Louis Bergès d'abord, qui brosse sur un siècle, les projets scientifiques de l'Ecole des chartes fondée en 1831. Pour traiter de l'enseignement supérieur en France entre 1800 et 1914, Alice Gérard convoque les grands établissements, le Collège de France, l'Ecole normale, les facultés de Lettres de Paris et de province, l'Ecole pratique des Hautes Etudes, et cerne leurs objectifs scientifiques, les difficultés auxquelles ils sont frottés, leurs différences, les réformes qui les ont modelés, les maîtres qui les ont influencés. Enfin, Jean Leduc, à la base, s'intéresse à tous les enseignants peu formés qui, aux niveaux primaire comme secondaire, sont confrontés à des programmes et contenus différents.

La troisième partie qui démarre à la fin de la Première Guerre mondiale est presque entièrement confiée à Olivier Levy-Dumoulin. Pour lui, l'entre-deux-guerres correspond à une période à la fois fondée sur l'immobilisme, la paralysie de l'université, du monde savant et de l'édition. Après l'entreprise d'Henri Berr, la création des Annales, lieu fondé par Marc Bloch et Lucien Febvre en 1929, s'effectue un assez rapide déplacement et se fixe une nouvelle géographie des lieux de l'histoire, jusqu'en 1975. En termes institutionnels, ce sont le CNRS, la VIe section de l'Ecole pratique des Hautes Etudes, l'INED, ainsi qu'un grand nombre d'espaces d'enseignement : séminaires, programmes télévisés, projets éditoriaux.

Dans une conclusion en forme interrogative, "1975-2005, les "Trente Glorieuses" des historiens ?", Christian Amalvi relève quatre éléments majeurs : l'institutionnalisation de l'histoire contemporaine, un important décloisonnement des activités universitaires, un réveil incessant de la mémoire (Seconde Guerre mondiale, colonisation) et un rôle de plus en plus important de l'historien comme expert.

Point n'est besoin d'une plus longue recension pour constater que cet ouvrage très dense fournit des synthèses inédites sur des institutions patrimoniales, dont paradoxalement la politique avait été peu étudiée aux XIXe siècle (Archives nationales ou départementales, Comité des Travaux historiques), et donne droit de cité à des sujets neufs (histoire et théâtre, usages parlementaires de l'histoire, art public et histoire) couvrant l'espace savant parisien, mais aussi provincial pour décliner et éclairer les lieux, les politiques et les institutions du domaine de Clio.


Claire Berche
( Mis en ligne le 19/01/2006 )
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