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Un nonce au milieu des sollicitudes…
Angelo Giuseppe Roncalli   Journal de France - Tome 1 (1945-1948)
Cerf - L'Histoire à vif 2006 /  54 € - 353.7 ffr. / 644 pages
ISBN : 2-204-08019-5
FORMAT : 15,0cm x 24,0cm

Traduction de Jacques Mignon.

L'auteur du compte rendu: Gilles Ferragu est maître de conférences à l’université Paris X – Nanterre et à l’IEP de Paris.

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Dans la France de la libération, de l’épuration et des règlements de compte, dans la France qui accueille de Gaulle en sauveur, la France qui s’est réveillée résistante au soir du 6 juin 1944, quelle est la place d’un ecclésiastique ? C’est la question que se pose peut être Mgr Angelo Roncalli, nommé nonce à Paris par la volonté directe de Pie XII pour succèder au très discrédité Mgr Valerio Valeri (trop compromis semble-t-il avec la Révolution nationale). Son arrivée, fin décembre 1944, l’installe en tous les cas dans un paysage, sinon chaotique, du moins complexe. Il s’agit de rétablir un lien avec la France résistante, celle du général de Gaulle, lequel ne veut plus du nonce précédent, et redorer un blason catholique quelque peu terni par certains prélats… le tout sans faire de vagues. Une mission débutée en 1944 et qui s’achève en 1953, et pour laquelle les éditions du Cerf publient un premier volume couvrant les années 1944/48.

Ces trois années, fragment d’un journal qui va de la jeunesse à une maturité pontificale, a un double intérêt : celui du document tout d’abord, document qui évoque ces années compliquées de l’après guerre française sous un angle original, celui d’un diplomate et d’un religieux, «l’œil et la main du pape» pour reprendre la formule de Pie X. On y croise, dans le sillage d’un Mgr Roncalli girovague, écumant la province française, beaucoup de monde, tant Romains que Français (ecclésiastiques, hommes politiques, intellectuels…), et en cela, le document dévoile les coulisses de l’action diplomatique dans le cas – très particulier – du nonce pontifical.

Mais rétrospectivement, ce journal s’avère d’autant plus intéressant qu’il est tenu par un futur pape, Jean XXIII, parmi les plus appréciés, pape réputé, au choix, libéral (si tant est qu’un concile comme Vatican II ne soit perçu que sous l’angle de l’aggiornamento, et non tout d’abord comme une puissante reprise en main centralisatrice, jacobine même (?) de l’Eglise universelle), humaniste, novateur, moderne (mais qui fait le choix des tenants de l’orthodoxie au sein de l’épiscopat français… non sans se heurter à Mgr Saliège, figure du prélat résistant)… Un nonce confronté à une situation complexe, à des questions de nominations épiscopales qui demeurent difficiles, hors du concordat, face à une diplomatie française qui voit dans ces discussions un motif de «grandeur» à réaffirmer.

Il y avait une réelle injustice à ce que ce document, publié en Italie avec l’impulsion du ministère italien de la culture, n’ait pas été traduit : grâce à la politique éditoriale ambitieuse des éditions du Cerf (qui publient, après le journal du cardinal Baudrillart, un nouveau journal de témoin engagé, et essentiel) et au travail ample du professeur Etienne Fouilloux (en charge de l’ensemble du journal pour la mission de France, qui s’achève en 1953), les lecteurs français disposent enfin d’un instrument important sur la fin des années sombres, vue depuis la nonciature. L’appareil de notes, très dense et précis, l’introduction par années, ainsi que l’introduction générale du professeur Fouilloux, qui fait suite à un article essentiel du même sur le sujet, permettent une lecture approfondie d’un document qui, sans cela, pourrait poser plus de questions qu’il n’en résoud.

Car ce journal est incontestablement plus léger que celui d’un Baudrillart (un modèle dans le genre) : ce n’est pas la masse de données, d’analyses, de réflexions dont on voudrait pouvoir disposer… mais plutôt un compte rendu quotidien des visites, des rencontres, des voyages, des dépenses, un diaire de la nonciature accompagné de quelques pensées et réflexions éparses, par un diplomate en action. Certains thèmes – qui joueront ultérieurement une part essentiel dans le discours du pape Roncalli - s’en ressentent, comme le rôle de la Providence dans une histoire politique française troublée (notamment lors du départ de de Gaulle).

Tel quel, il retrace, au jour le jour, la mission difficile d’un nonce censé réconcilier la France et une part de son Eglise, par le biais d’une délicate épuration. Derrière la figure bonhomme du nonce Roncalli se cache pourtant un diplomate habile, qui sait l’urgence d’attendre, et qui, d’un air patelin, parvient à remplir simultanément deux missions contradictoires, celle de la paix de justice et celle de la paix du pardon.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 11/01/2007 )
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