L'actualité du livrerencontre rencontrefemme Lundi 16 juillet 2018
  
 
     
Le Livre
Histoire & Sciences sociales  ->  
Biographie
Science Politique
Sociologie / Economie
Historiographie
Témoignages et Sources Historiques
Géopolitique
Antiquité & préhistoire
Moyen-Age
Période Moderne
Période Contemporaine
Temps Présent
Histoire Générale
Poches
Dossiers thématiques
Entretiens
Portraits

Notre équipe
Littérature
Essais & documents
Philosophie
Beaux arts / Beaux livres
Bande dessinée
Jeunesse
Art de vivre
Poches
Sciences, écologie & Médecine
Rayon gay & lesbien
Pour vous abonner au Bulletin de Parutions.com inscrivez votre E-mail
Rechercher un auteur
A B C D E F G H I
J K L M N O P Q R
S T U V W X Y Z
Histoire & Sciences sociales  ->  Témoignages et Sources Historiques  
 

Le retour du Mendiant ingrat
Léon Bloy   Journal inédit - Tome 3, 1903-1907
L'Âge d'homme 2007 /  78 € - 510.9 ffr. / 1384 pages
ISBN : 978-2-8251-1853-5
FORMAT :  13,0cm x 20,0cm
Imprimer

Toute sa vie durant, Bloy aura incarné la figure assumée du «Mendiant ingrat». Cette identité ne relève en rien d’une posture et se situe aux antipodes de l’attitude bohème revendiquée par certains artistes comme condition d’exercice de leur talent. Elle fait plutôt partie intégrante de la «mission» dont il se sent investi et qu’il décrit en ces termes très simples : «Dieu exigeait que je fusse le témoin absolu de sa Vérité absolue et j’ai obéi».

La totale soumission de Bloy à son idéal le reléguera irrémédiablement aux marges de la littérature de son siècle. Son refus de la «prostitution» aux mondanités le maintiendra loin des coteries et du clientélisme si utile pour gravir les échelons du succès. L’intransigeant Léon refuse ainsi d’être acheté par quelque parti que ce soit ; il s’estime plutôt redevable d’une charité qui lui est due et dont, toute sa vie, il attendra, souvent en vain, la providentielle venue.

Si on fait donc exception du soutien ponctuel de quelques fidèles ou d’admirateurs fervents, Bloy entretiendra continûment avec l’argent un rapport problématique qui conditionnera sa haine viscérale de la bourgeoisie et, à l’inverse, son exaltation christique du Pauvre. En août 1903, à propos des obsèques d’un nanti, son courroux le fait tonner en ces termes : «Scandale énorme. Un homme de mauvaise vie et riche vient de crever. On va lui faire aujourd’hui des funérailles de première classe avec un déploiement de faste inouï pour ce pays. Tout le monde court à l’église pour voir ça. Amertume excessive de penser qu’avec l’argent dépensé vaniteusement pour cette charogne, nous serions probablement délivrés !» Ce genre de ressentiment n’est pas éprouvé qu’à l’égard d’une catégorie sociale, mais aussi de contemporains plus chanceux que lui, tel J.-K. Huysmans, producteur de sucre de betterave bondieusard dont l’auteur de La Femme pauvre ne comprendra jamais le succès.

Enfin, quand il dénonce le peu de charité des Assomptionnistes ou quand il clame son aversion pour le pontificat de Léon XIII, c’est avec les représentants les plus éminents son propre camp qu’il se met en porte à faux. Le ton du plaidoyer est sans appel : «Personne n’a dit aussi fortement que moi l’injustice des catholiques, leur avarice infâme, leur égoïsme fangeux, leur poltronnerie à faire vomir, leur sottise, leur mépris stupide pour ne pas dire leur haine de tout ce qui est intellectuel, indépendant et généreux.» Et ailleurs : «J’affirme nettement, avec une autorité absolue, que le monde catholique moderne est un monde réprouvé, damné, rejeté absolument, irrémédiablement, un monde infâme dont le Seigneur Jésus a soupé de la façon la plus complète, un miroir d’ignominie où il ne peut pas se regarder sans avoir peur comme à Gethsémani.»

Ce troisième volume reprend les années 1903 à 1907, celles qui correspondent grosso modo au deuxième tome de Quatre ans de captivité à Cochon-sur-Marne et à L’Invendable. Au fil des jours qui s’y égrènent selon un rituel liturgique scrupuleusement respecté, Bloy évoque les moments de détresse et de recueillement, les paroles de son épouse adorée, les récriminations à l’égard de sa propriétaire ou de ceux qui n’apportent pas une aide pourtant promise. En contempteur de l’époque et en réactionnaire consommé, il peste contre le progrès, dont le symbole le plus envahissant est alors l’automobile, et raille en ces termes l’imbécile initiative de la course Paris-Madrid : «Cette chose moderne paraît démoniaque de plus en plus. Se représente-t-on l’horreur de ces deux ou trois cents voitures hideuses lancées comme des boulets et triturant, chacune à son tour, pendant des lieues, les mêmes lambeaux sanglants ! Il y a des consolations. Une d’elles a pris feu et le chauffeur a été carbonisé.»

Les saillies de cet esprit corrosif viennent étayer la distinction fondamentale que Bloy opère à propos de son double romanesque. À l’instar de Marchenoir, il est un désespéré philosophique, et non un désespéré théologique, «il n’attend rien des hommes, mais il attend TOUT de Dieu.» Sa force de conviction, son allégeance à la supériorité du plan divin, sont indéfectibles. Elles participent d’un combat personnel et intégral qui forcerait le respect du dernier des mécréants. Elles témoignent d’une croisade intérieure menée en solitaire et hors de notre temps humain contre les Cochons de tout acabit. Elles permettent de répondre à la question que se posait Bloy : «Quand viendra l’homme de Dieu qui se servira de la Parole comme d’un marteau ?». Il était là, mais rares sont ceux qui l’ont remarqué.


Frédéric Saenen
( Mis en ligne le 21/01/2008 )
Imprimer

A lire également sur parutions.com:
  • Le Pal
       de Léon Bloy
  •  
    SOMMAIRE  /  ARCHIVES  /  PLAN DU SITE  /  NOUS ÉCRIRE  

     
      Droits de reproduction et de diffusion réservés © Parutions 2018
    Site réalisé en 2001 par Afiny
     
    livre dvd