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Edith et Fadila
Laurence Cossé   Les Amandes amères
Gallimard - Blanche 2011 /  16.9 € - 110.7 ffr. / 218 pages
ISBN : 978-2-07-013423-6
FORMAT : 20,4cm x 14,6cm
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Elle appelle un matin : elle ne viendra pas ce mardi. Elle a eu mal au ventre toute la nuit. «C’une dame elle a donné les gâteaux l’ramadan quelqu’un il a fait l’Maroc.» Les gâteaux qui tiennent éveillé la nuit entière, du pays où Fadila ne peut pas retourner sans être malade».

Telle est Fadila, venue du Maroc, du pays des amandes amères, racontée par Edith, traductrice dans une grande maison d’édition, qui emploie Fadila, au départ par compassion et par utilité. Aïcha, la gardienne de l’immeuble aisé dans lequel vit Edith et sa famille, lui a présenté un jour Fadila, maussade, en lui demandant de lui donner quelques heures de repassage : si Fadila trouvait des heures en nombre suffisant, elle pourrait conserver sa chambre et rester à Paris. La solidarité s’est ainsi organisée à l’avantage des deux parties. Très vite Edith se rend compte que Fadila ne sait pas lire, et que le handicap est lourd dans la vie quotidienne. Après avoir essayé sans succès de l’inscrire à des cours d’alphabétisation, elle décide de lui apprendre elle-même.

Fadila se plie sans enthousiasme apparent à ce projet, qui va immédiatement se révéler infiniment plus compliqué qu’Edith n’avait pu l’imaginer. Les obstacles sont nombreux : l’âge de Fadila (une bonne soixantaine), le fait qu’elle ne sait pas lire non plus en arabe, des blocages psychologiques et culturels. Fadila, elle, semble ne mesurer que moyennement l’intérêt de l’entreprise. Edith tente de comprendre sa façon de raisonner pour élaborer la méthode la plus efficace. Elle observe la façon dont Fadila appréhende l’espace : «Elle ne classe pas les objets en fonction de leur nature et dans des catégories distinctes Elle les serre avec un seul souci, semble-t-il, occuper le moins de place possible. Son principe de rangement n’est pas distributif mais spatial. Économie du coffre, imagine Edith. Le coffre, meuble unique des intérieurs marocains à l’ancienne». Économie du coffre qui s’oppose au rangement à l’occidentale d’Edith qui sépare les objets ; cette remarque peut-elle expliquer pourquoi Fadila ne parvient pas, leçon après leçon, à assimiler les bases essentielles de la lecture et de l’écriture ? En passant par les chiffres qui lui sont plus familiers, la méthode ne donne guère plus de résultats…

Le roman de Laurence Cossé comporte deux histoires en une : une réflexion sur l’apprentissage de la lecture (et de l’écriture) et la vie des immigrés à Paris : Fadila, ses filles, son fils sont intégrés, installés depuis longtemps, ont tous des métiers, mais la différence est immense entre Fadila qui reste ancrée dans la tradition et ses enfants qui vivent la vie moderne. Aux yeux d’Edith, Fadila se fait exploiter par son fils et sa belle fille, et traite trop durement ses filles ; mais quelle est la vérité de Fadila ? Il n’est pas si évident qu’elle endosse le rôle de victime que lui assigne Edith.

La seconde histoire est celle de la relation forte qui se noue entre les deux femmes et qui d’une certaine façon s’inverse au cours du roman : Edith, privilégiée, intellectuelle généreuse au début du roman, use sa patience face à Fadila qui se mure dans son silence, ses phrases à l’emporte-pièce, sa forte personnalité. Elle contraint Edith à dépasser ses premières impressions, Fadila qui préfère Sarkozy, qui ne s’est jamais remise de la mort de sa mère («Depuis elle est morte c’fini pour moi»), qui porte au pinacle son fils, qui pourtant aux yeux d’Edith s’occupe moins d’elle que ses filles… Edith ne cesse d’interroger sur Fadila dont elle découvre progressivement la vie difficile, les trois mariages dont aucun n’a été heureux, les rapports complexes avec les enfants. La curiosité d’Edith à l’égard de Fadila est constante et s’oppose à l’indifférence de Fadila en contre-partie ; car Fadila s’intéresse peu à la vie d’Edith. Et, dans ce rapport inégal, la force est davantage du côté de Fadila l’indifférente, qui n’a rien demandé…

Il y a entre elles toute l’ambiguïté de rapports fondés sur la «reconnaissance» : à aucun moment Fadila ne semble se sentir redevable des efforts qu’Edith lui consacre alors que celle-ci au contraire a l’impression de donner ce qui lui est le plus précieux : son temps. Edith pour le lecteur apparaît transparente et légère et Fadila, opaque, tout en étant un personnage fort et attachant. Deux personnalités aux antipodes, réunies le temps d’une brève rencontre.

Un roman agréable à lire.


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 17/10/2011 )
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