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La bibliothèque idéale
Laurence Cossé   Au bon roman
Gallimard - Folio 2010 /  6,60 € - 43.23 ffr. / 458 pages
ISBN : 978-2-07-041998-2
FORMAT : 11cmx18cm

Première publication en janvier 2009 (Gallimard - Blanche)
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Qu'est-ce qu'un «bon roman» ? Comment pourrait-on concevoir la bibliothèque idéale ? Longtemps décrié par les doctes, genre dévalorisé face aux traités et autres ouvrages savants, le roman connaît aujourd'hui un succès et une production remarquables. Mais justement : il y en a trop, et il convient de faire le tri dans cette avalanche de volumes que nous déverse chaque année la rentrée littéraire, soigneusement préparée par les «marchands de soupe au livre». C'est dans cette vaste entreprise de sélection que se lancent Francesca, une riche mécène, et Ivan Georg, libraire errant, deux autodidactes qui savent ce que bien lire veut dire. «Au bon roman», librairie dont le nom résume le projet, sera conçue en sept jours, comme une société secrète, pleine de mystère et réservée aux seuls initiés. Francesca et Ivan savent très bien que l'offre fera la demande et que les amateurs de bonne littérature n'attendent que son ouverture pour s'y précipiter.

Là, exit Dan Brown, vade retro Anna Gavalda, Michel Houellebecq, Marc Levy et Stephenie Meyer. Bienvenue Pierre Michon, Jean Echenoz, Jean Rolin et Cormac McCarthy, car le roman n'est pas une pure entreprise commerciale vouée à faire recettes, comme voudraient nous le faire croire certains médias et quelques grosses maisons d'édition ; il est avant tout une aventure humaine en même temps qu'esthétique. La librairie «Au bon roman» assume son parti pris : «Notre proposition est radicale. C'est une révolution des mœurs culturelles. Tout le monde aujourd'hui s'accorde pour penser qu'il se publie trop de livres sans intérêt. Nous considérons le phénomène comme une pollution de l'esprit, et nous disons simplement : Ça suffit». Il n'y a que des bons ou des mauvais romans ; il n'y a pas de troisième voie, il n'y a pas de place pour une littérature «moyenne».

Mais leurs adversaires ne l'entendent pas de cette oreille. D'abord discrètes, presque imperceptibles, leurs attaques contre une librairie accusée d'être élitiste, «intello», voire totalitaire, soupçonnée de pratiquer l'autodafé des livres rejetés, se feront de plus en plus nombreuses et violentes, allant jusqu'à l'agression physique des membres de cette société secrète.

Laurence Cossé relance dans ce roman le débat sur la massification culturelle et les liens entre littérature et lois du marché. «Lire» doit-il s'entendre comme un verbe intransitif ? Il suffirait que l'on lise, peu importe quoi. Ou bien doit-on privilégier une culture de la sélection, soucieuse de qualité ? Au bon roman se paie le luxe de choisir, certes, mais la librairie n'exclut rien pour autant. Si elle refuse de se soumettre à la tyrannie des nouveautés, comme à celle des best-sellers, il est toujours possible de commander. Elle se revendique explicitement comme l'équivalent de France-Culture, d'Arte et des cinémas d'art et d'essai.

Le livre commence comme un roman policier, au rythme bien enlevé, mêlant humour et suspens. Tout en notant au fur et à mesure une liste de titres à découvrir ou à relire, le lecteur est tenu en haleine et plongé au cœur du mystère. Même l'étrange je qui nous conte cette histoire restera énigmatique jusqu'aux dernières pages. Laurence Cossé joue explicitement avec les différents sous-genres romanesques : le polar (mais ici, les policiers sont d'abord des lecteurs), l'intrigue amoureuse, le roman réaliste et social (les effets de réel étant permanents), etc. ; mais l'auteur se plaît surtout à réfléchir sur le roman comme genre et à en donner sa vision.

Toutefois, on peut regretter que la virtuosité de la première partie s'essouffle quelque peu par la suite. L'humour s'amenuise jusqu'à laisser place à une certaine mélancolie finale. L'intrigue policière souffre de longueurs, notamment lors de l'important récit enchâssé au cours duquel Francesca et Georg retracent les origines de la librairie. Le dénouement laisse des points de mystère, tandis que le lecteur reste sur sa faim.

Malgré ces rares nuances, Au bon roman n'en demeure pas moins une lecture captivante, riche, qui donne matière à réflexion. On notera particulièrement les très belles pages qui, de la main de Francesca, nous livrent la définition de ce qu'est un «bon roman» et de ce que doivent être ses pouvoirs : «Nous voulons des romans bons. / Nous voulons des livres qui n'éludent rien du tragique humain, rien des merveilles quotidiennes, des livres qui nous fassent revenir l'air dans les poumons. / Et quand il n'y en aurait qu'un par décennie, quand il ne paraîtrait qu'un Vies minuscules tous les dix ans, cela nous suffirait. Nous ne voulons rien d'autre».


Françoise Poulet
( Mis en ligne le 03/05/2010 )
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