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Relever la tête hors de l'eau
Ian McEwan   Expiation
Gallimard - Du Monde Entier 2003 /  24.50 € - 160.48 ffr. / 489 pages
ISBN : 207076477X
FORMAT : 14 x 21 cm

Traduit de l'anglais par Guillemette Belleteste.
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On plonge dans ce roman comme s’il s'agissait d'un bassin ancien, abandonné, à l’intérieur duquel les fragments d'une mosaïque miroitent et se transforment sous les cercles concentriques de la lecture. L'histoire débute à la manière des romans anglais du XVIIIème, dans une langue un peu désuète, un peu empruntée, mais ô combien sensuelle, dans une villa à la campagne un jour d'été. Tour à tour, chaque personnage invite le lecteur dans la sphère qui lui est propre et l'emporte dans une valse où les vies se brisent les unes contres les autres.

On est encore au début de l’histoire, c’est-à-dire hors du temps. Le roman s’ouvre sur le décor théâtral que la petite sœur et écrivain en herbe, Briony, a concocté pour sa famille. Briony, adolescente, bute sur deux sphères qui s'entrechoquent, celle de sa vie d’enfant et celle de sa vie d’adulte. Dans le chaos d'une réunion familiale qui tourne mal, elle va commettre une faute qu'elle se devra d'expier toute sa vie : accuser l'amant de sa sœur du viol de sa cousine, sans en détenir aucune preuve. Un caprice d’enfant qui entachera sa vie adulte. La complexité de la faute révèle à l'adolescente des abysses de culpabilité et d'innocence que l'on retrouve par la suite dans chacun des personnages du roman. Qu'ils soient innocents ou coupables, tous subissent les supplices de l'expiation. Leur faute : évoluer dans des milieux auxquels ils n'appartiennent pas (sociaux, culturels, temporels) et qu'ils ne maîtrisent pas tout à fait. L'Eden perdu, le rideau se lève et plonge les spectateurs dans les remous de l'Histoire. Le récit livre, comme les fragments d’un bonheur brisé, des indices qui ne laissent aucun doute sur la réalité du temps. Nous sommes bien dans les années trente, la guerre en toile de fond. Les paysages romantiques laissent place à des espaces dépourvus de toute sensualité. Ce sont ceux de la Seconde Guerre mondiale, sur le front et dans les hôpitaux, où Briony, qui a désormais dix-huit ans, travaille. L'érotisme du corps et la gourmandise des assonances s'effacent. Les mots portent le goût amer des dissections et des amputations pratiquées sur les soldats.

Digne des plus grands romanciers, la plume de Ian McEwan décrit avec brio l'évolution des différents personnages et de leur environnement. Elle met à nu les petites vies qu'elle anime et révèle la fragilité des individus face à l'Histoire, aveugle aux destins humains. Autre prouesse du romancier, celle de faire évoluer son style à mesure que le temps défile. En cela, il nous interroge sur les limites de l'écriture au XXème siècle. La structure du récit s’appuie sur une mise en abyme complexe du roman dans le roman, tout en maniant le style délaissé d’une autre époque. Ian McEwan ne se laisse ainsi entraîner ni dans un retour nombriliste et stérile de la littérature sur elle-même – on pense là à quelques-uns de nos écrivains contemporains – ni dans un roman fleuve ou désuet. L'auteur de ce récit n'est autre que la vieille femme que Briony est devenue en 1999, celle qui nous fait remonter petit à petit de ce mauvais rêve d'un autre temps jusqu'à l'époque où nous vivons. Elle nous rappelle que donner vie à l’intimité et à la douleur des personnages est ce qui constitue la base solide de toute recherche romanesque. L'écriture est peut-être une manière d'évacuer la faute que chacun porte en soi dès lors qu'il pénètre dans la sphère d'autrui. Un moyen de faire du lecteur le complice de cette faute en l’entraînant dans sa chute puis d’en faire le témoin de son expiation en le ramenant au réel. Une manière de recoller des morceaux de vies et de relever la tête hors de l'eau.


Anne-Cécile Bourget
( Mis en ligne le 24/09/2003 )
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