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L’insoutenable gravité de l’être…
Don DeLillo   L'Homme qui tombe
Actes Sud - Lettres anglo-américaines 2008 /  22 € - 144.1 ffr. / 297 pages
ISBN : 978-2-7427-7429-6
FORMAT : 11,5cm x 21,5cm

Traduction de Marianne Véron.
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L’événement est devenu ce fantôme et Manhattan continue de pleureur… Dans l’un des derniers musées ouverts à New York, justement appelé le New Museum, un vidéaste est actuellement exposé : sous le titre «The 7 Lights», Paul Chan a composé des animations à la beauté morbide et envoûtante : des corps se dégingandent, des rues se délabrent, des objets se disloquent dans une étrange apesanteur, comme aspirés, leur noir fragile sur un blanc aveuglant, par la voûte céleste, une sorte de trou noir, ogre caché dans la stratosphère… Des chutes libres à l’envers, composition artistique en miroir de l’horreur du 11 septembre…

Car le 11 septembre fut horrible, n’en déplaisent aux régleurs de compte aux sentences faciles, pour qui les victimes ne sont que des mots. Les tours qui s’effondrent dans la ville synthétisant notre civilisation, c’est une aberration, une négation de notre culture, un contresens comme le furent les camps en Allemagne : un pays ne peut pas produire à la fois la philosophie la plus exquise et l’extermination d’un peuple. Et il ne saurait y avoir de ruines et de victimes de guerre à Manhattan. Du moins, croit-on avec la fureur de la foi…

L’Homme qui tombe prolonge cette réflexion sur notre civilisation et la Chute, sous la plume d’un écrivain, Don DeLillo, qui ici se dépasse, fascine, émeut, angoisse et titille avec toute la pudeur de son intelligence, la nôtre.

Le romancier s’attarde sur cet espace-temps cassé, maelström de secondes éparpillées par les attentats, électrons libres dans une cité au souffle encore coupé. Le récit va et vient, s’interrompt, saute d’un instant à l’autre et entre plusieurs personnages. Keith est un cadre surpris par l’avion alors qu’il était dans l’une des deux tours. Miraculeusement, c’est un des rescapés… Ensanglanté, la peau palie par la peur autant que par la poussière, il se présente, hagard, sur le seuil de l’appartement de son ex, sa femme, Lianne, serrant fébrilement une mallette dans ses mains, qui n’est pas la sienne. Il en retrouvera la propriétaire, avec qui il partagera les souvenirs de cette matinée autre : «C’était leur moment de délire, la réalité hébétée qu’ils avaient partagée dans l’escalier, dans la profondeur des cages où des hommes et des femmes descendaient en spirales» (p.113).

Lianne, depuis, est dans le doute. Traductrice et animatrice d’un groupe de malades atteints par l’Alzheimer (oublier… et refuser l’oubli), elle peine à trouver ses marques dans le New York de l’après, «à ce point crucifiée sur le moment qu’elle n’arrivait pas à penser ses propres pensées» (p.199). Forme-t-elle un couple avec Keith qui partage à nouveau sa couche ? Pourquoi son fils, Justin, garçon mutique, ne parlant que par monosyllabes, scrute-t-il le ciel avec des jumelles, chez ses amis, dans l’attente de ce mystérieux Bill Lawton ?… Elle ne sait pas. «Tout semblait avoir une signification. Leurs vies étaient en transition et elle cherchait des signes» (p.85). Keith, au final, fuira à Las Vegas pour des nuits de jeux, de poker, flirter avec le hasard, lui qui fut chanceux à la roulette russe de l’histoire…

Et derrière eux, DeLillo, qui dit son amour de New York - «Même à New York, New York me manque» (p.45), son propre haïku -, son hébétude, sa colère et ces gravats de réflexion piochés dans la poussière : «Le deuxième avion, quand le deuxième avion apparaît, dit-il, nous sommes tous un peu plus vieux et un peu plus sages» (p.167). Il s’essaye aussi à revêtir les habits des terroristes, mais ici l’empathie n’exsude pas et la vengeance, rageuse, affleure. La phrase la plus violente du roman est d’ailleurs sans doute celle-ci, à propos d’un certain Hammad : «Une nuit très tard, il lui fallut enjamber la silhouette prosternée d’un frère en prière en allant aux toilettes pour se branler» (p.101)…

Pour le reste, un bijou littéraire, diamant finement taillé sorti d’un charbon encore fumant, à manger pour les questions, les nombreuses questions, qu’il pose.


Bruno Portesi
( Mis en ligne le 23/06/2008 )
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