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Nouvelle introspection
Elie Wiesel   Cœur ouvert
Flammarion 2011 /  10 € - 65.5 ffr. / 87 pages
ISBN : 978-2-08-127737-3
FORMAT : 11,5cm x 18,5cm
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Les vicissitudes du corps existent. Comme bien d’autres personnes, Elie Wiesel en a fait l’expérience douloureuse à plusieurs reprises, notamment évoquée dans Le Jour en 1961. À quatre-vingt-trois ans, il en sort encore une fois victorieux après une intervention lourde à cœur ouvert l’été dernier, accréditant ainsi la thèse actuelle des psychosomaticiens suivant laquelle le travail psychique, s’il ne peut pas toujours empêcher la désorganisation somatique, permet toutefois d’en atténuer les effets et de rester vivant.

Durant le court laps de temps qui précède l’acte chirurgical décidé en urgence, l’auteur de Cœur ouvert se remémore des scènes de l’enfance et de l’adolescence, son village natal, sa famille, Auschwitz à 15 ans. Il tente de régler quelques comptes avec Dieu sans pour autant perdre sa foi ou son humour. L’heure est aux bilans. Une quantité de pensées affleurent, des regrets aussi et en particulier ceux de ne pas avoir trouvé les mots justes pour témoigner de l’«indicible» à travers son œuvre écrite. Face à la peur d’une ultime séparation, revécue comme une réédition de la La Nuit des camps, se trouve mobilisée chez lui une intense activité introspective.

À peine rétabli, l’écrivain rédige ce texte dans sa langue privilégiée d’écriture, belle ode à la vie et à l’amour, avec beaucoup d’humilité et une infinie gratitude envers ceux qui l’ont aidé à mener ce récent combat. Invité lors de son séjour parisien en novembre à plusieurs rencontres littéraires (France 5, France Inter, Europe 1, France Musique, RCJ, La règle du Jeu…), il revient en détails sur son aventure médicale et sur ses migraines depuis l’enfance, paradoxalement éclipsées durant sa détention dans les camps. Sa stature universelle ne tarde pas à refaire surface : Elie Wiesel aime rappeler son amitié avec les grands de ce monde, ayant choisi de décliner, entre autres, l’offre de présidence de l’Etat d’Israël afin de continuer à écrire, enseigner et inlassablement témoigner.

La question ne lui ayant pas été posée, il n’évoque pas sa nomination à la présidence du conseil d’administration de l’Elad, groupe de colons d’extrême droite implantés dans Jérusalem Est, annoncée dans «Le Monde» du 27 octobre 2011, et ne dément pas cette information de portée politique majeure. Entretemps, le projet de colonisation de cette zone a été adopté le 8 décembre 2011. Nous aurions souhaité lire ou entendre une position claire sur la question du conflit israélo-palestinien.

Mais revenons au texte de l’ouvrage. De nombreux commentaires, publiés dans différents supports, ont déjà accueilli Cœur ouvert et surtout son auteur de façon très chaleureuse, sinon inconditionnelle. Quitte à endosser le rôle du grincheux de service, nous nous permettons d’émettre quelques réserves. La première, d’ordre éthique, provient de la gêne ressentie devant ce qui peut s’apparenter à une confusion entre espaces privé et public où le lecteur, pris malgré lui comme témoin d’une scène intime et familiale, est invité à occuper la place transgressive du voyeur : alors que son attente porte sur les élaborations philosophiques, morales ou religieuses construites à partir d’un événement personnel, il rencontre le corps souffrant et les proches du narrateur.

La deuxième concerne la superposition de situations cliniques distinctes, entretenue et amplifiée par les médias. Dans l’univers concentrationnaire d’Auschwitz rapporté par La Nuit en 1958 — deux ans après le «scoop» de Nuit et brouillard sorti sur les écrans —, la menace de mort perçue relevait de la réalité d’un assassinat de masse planifié. En revanche, dans le contexte chirurgical présent, l’angoisse de mort pré anesthésique, réactivée par les expériences antérieures, s’insère dans une perspective de réparation et de soins à la personne, sujette à des aléas croissant avec l’âge. On ne se baigne pas deux fois dans le Styx. Le risque de sa traversée ne peut être le même à quinze et à quatre-vingt-deux ans.

Dernière remarque ou interrogation, de nature éditoriale : la taille de cet opuscule comprenant de nombreux espaces blancs parmi les réflexions écrites. S’agit-il d’une figure du silence adoptée à l’image du divin, afin de mieux faire peser les mots, ou d’un artifice marchand ? C’est tout, titre d’un «ouvrage» composé de quelques fragments de pensée (Marguerite Duras, P.O.L., 1999) n’a pas laissé que des bons souvenirs...


Monika Boekholt
( Mis en ligne le 09/01/2012 )
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