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La folie des vieillards
Kenzaburo Oé   Adieu, mon livre !
Philippe Picquier 2013 /  23 € - 150.65 ffr. / 475 pages
ISBN : 978-2-8097-0946-9
FORMAT : 13,2 cm × 20,5 cm

Jean-Jacques Tschudin et Sumi Fukui-Tschudin (traduction)
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Né en 1935 dans la petite île de Shikoku, Ôe Kenzaburô a reçu le prix Nobel de littérature en 1994, prix venu couronner une œuvre importante au cœur de laquelle se trouvent ses relations avec son fils, Hikari, né avec une anomalie congénitale et devenu grand compositeur musical. Ôe Kenzaburô est aussi un militant antinucléaire déterminé. A l’obtention du prix Nobel, il avait affirmé ne plus vouloir se consacrer à l’écriture romanesque ; en fait, entre autres, il a écrit depuis une importante trilogie, qui sera réunie sous un titre emprunté aux commentaires d’un critique américain Frederic Jameson : La Trilogie des pseudo-couples.

Adieu, mon livre !
(publié au Japon en 2009) est le troisième volet de cette trilogie et le seul traduit en français. C’est aussi le seul roman postérieur à l’attribution du prix Nobel traduit en français (alors qu’existent des traductions anglaises et allemandes…). L'auteur a également publié La belle Annabel Lee (2007) et Noyade (2009), et tient une chronique régulière, mi roman, mi récit personnel, dans la revue japonaise Gunzo. La trilogie dont fait partie Adieu, mon livre ! s’articule autour du personnage central d’un vieux romancier, Chôkô Kogito, et d’un ami d’enfance, devenu architecte, avec lequel les relations sont complexes : Shigeru. Les deux hommes forment un «pseudo-couple».

L’histoire est celle de leurs retrouvailles, alors qu’ils sont l’un et l’autre âgés, que Chôko Kogito est appauvri et affaibli par un accident, et que Shigeru revient des États-Unis avec l’intention de s’installer au Japon, dans l’île de Shikoku, en rachetant à son ami la maison qu’il avait naguère construite pour lui, et la plus grande que le romancier avait fait plus tard construire sur le même terrain. Chôkô Kogito pourrait ainsi passer une convalescence tranquille tandis que Shigeru reste mystérieux sur un projet de «base opérationnelle» qui expliquerait son retour au Japon avec deux étudiants fidèles : Vladimir le russe et Shinshin l’eurasienne. La femme de Chôkô Kogito, rassurée sur les conditions de vie de son mari et son rétablissement, pourrait alors entièrement se consacrer à Akari, le fils handicapé, aidée de leur fille.

L’histoire se complique progressivement et le projet de Shigeru se dévoile par étapes… Au centre du roman, la question de la destruction sous tous ses aspects : volontaire, involontaire, geste artistique, choix philosophique ou politique… Le roman est tout entier placé sous l’ombre tutélaire du grand et noir roman politique de Dostoïevski, Les Démons (naguère le titre choisi était Les Possédés). Au-delà du thème du récit sur le vaste complot dostoïevskien auquel se livre Shigeru, Ôe Kenzaburô propose une réflexion sur la vieillesse et bien davantage que l’affaiblissement, souligne au contraire la volonté aiguisée des vieillards et leur «folie», annoncée par une citation de T.S. Eliot placée en exergue : «Que je n’entende pas parler de la sagesse des vieillards, mais bien plutôt de leur folie, de leur crainte de la crainte et de la frénésie».

Projection romanesque de Ôe Kenzaburô, Chôkô Kogito est comme lui passionné de littérature occidentale, avec trois foyers bien différents : les poèmes de T.S. Eliot qui scandent tout le récit, l’ombre inquiétante de Dostoïevski auquel se réfèrent les héros qui rejouent Les Démons, et enfin les auteurs français, Céline, Sartre… Céline surtout qui inspire à Chôkô Kogito (et à Shigeru) l’envie d’écrire un roman de Robinson (du nom du personnage insaisissable et noir du Voyage au bout de la nuit). Robinson et Bardamu : autre exemple de «pseudo couple»… Le cadre est celui de l’île de Shikoku, la beauté des forêts, le souvenir des ancêtres, des parents, et surtout de la mère et de la grand-mère de Chôkô Kogito.

Un livre étonnant, qui offre une réflexion sur le temps qui passe, sur l’appréhension des catastrophes, sur les pièges et les faux semblants de l’amitié, sur les secrets de famille (de qui Shigeru est-il vraiment le fils ?), sur le sens de l’écriture, sur le public qu’il faut toucher, sur les enfants, avenir du monde. Un beau livre en trois parties (Je veux plutôt entendre parler de la folie des vieillards / La communication des morts est languée de feu / Nous devons commencer lentement, très lentement, à bouger), dans lequel il faut s’immerger et que concluent trois vers d’Eliot : «Les vieillards doivent être des explorateurs / Ici-et-là n’importe pas / Il nous faut toujours nous mouvoir / Au sein d’une autre intensité».


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 09/10/2013 )
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