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Réalisme irréel
Marcel Schwob   Coeur double - Le Livre de Monelle
Flammarion - GF 2008 /  7.80 € - 51.09 ffr. / 343 pages
ISBN : 978-2-08-071168-7
FORMAT : 11cm x 18cm

L'auteur du compte rendu : Essayiste, romancier, Jean-Laurent Glémin est titulaire d’un troisième cycle en littérature française. Ayant travaillé notamment sur les sulfureux Maurice Sachs et Henry de Montherlant, il se consacre aujourd’hui à l’écriture de carnets et de romans. Il n’a pas publié entre autres Fou d’Hélène, L’Imprésent, Fleur rouge, Chair Obscure, Continuer le silence.
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On oublie souvent que Marcel Schwob (1867-1905) a connu un destin tragique, s’éteignant prématurément à l’âge de 37 ans après quelques années difficiles où sa santé fut précaire. C’est ce qui expliquerait en partie la relative méconnaissance de l’écrivain et de son œuvre auprès du lectorat français. Or, il fait partie de ces symbolistes indépendants qui ont marqué la fin du XIXe siècle, annonciateur d’André Gide et contemporain de De Gourmont, de Wilde ou encore de Mirbeau.

Les deux textes réunis dans cette édition représentent de manière assez évidente l’esthétique de Schwob. Celle-ci revient sans cesse sur le thème du double (ou plutôt de l’autre) sous la forme moderne du poème en prose, de la nouvelle ou encore de l’allégorie.

Dans Cœur double, écrit en 1891, Schwob interfère un cadre réaliste avec une situation proche du fantastique, en tout cas du trouble et de la déviance humaine. En de nombreux récits très courts, il mêle l’étrange, l’angoisse, la peur, et même l’horreur, ces éléments intervenant puissamment dans un quotidien banal ou plus étrange. A chaque fois, le protagoniste principal de l’histoire qui nous est contée rencontre une espèce de double, de miroir, de semblable, qui va interférer sur son existence, la définir ou la réduire, la révéler ou la briser, la sublimer ou l’anéantir. Nous sommes dans l’esprit d'un Poe par exemple, avec ce que Schwob appelle la terreur et la pitié, fondements tragiques pour lui, présents au cœur de chaque être humain. La morale n’est jamais loin, et Schwob, à travers une écriture poétique extrêmement travaillée, veut nous transmettre directement l’impact brutal d’une sensation, d’un constat, d’un sentiment. Là, une femme confrontée à deux «gueules cassées» dont l’une est son mari, ici un homme discutant avec un ancien ami devenu squelette ou encore un cheminot ramenant dans ses rames un virus destructeur.

Le Livre de Monelle (1894) est une espèce de bréviaire où l’impression domine, la touche qui lie écriture et sensation. Livre théorique, poème en prose, manifeste littéraire, ce long poème flamboyant touche avant tout par son écriture délicate, sensuelle et philosophique. Les paroles de Monelle, si elles sont souvent allégoriques et symboliques, touchent parfois au cœur de l’être, comme cette ultime instance que nous conseillons à tous de suivre  :

Je te parlerai des moments.
Regarde toutes choses sous l'aspect du moment.
Pense dans le moment. Toute pensée qui dure est contradiction.
Aime le moment. Tout amour qui dure est haine.
Sois sincère avec le moment. Toute sincérité qui dure est mensonge.
Sois juste envers le moment. Toute justice qui dure est injustice.
Agis envers le moment. Toute action qui dure est un règne défunt.
Sois heureux avec le moment. Tout bonheur qui dure est malheur.
Aie du respect pour tous les moments, et ne fais point de liaison entre les choses.
N'attarde pas le moment: tu lasserais une agonie.
Vois : tout moment est un berceau et un cercueil : que toute vie et toute mort te semblent étranges et nouvelles.


On aurait néanmoins préféré un peu moins de théorie littéraire et davantage de pulsions créatrices (Cf. la préface problématique de l’auteur). Parfois la théorie enfreint les codes narratifs, rendant la lecture difficile ou peu accessible. Restent quelques chapitres surprenants et convaincants, en particulier la nouvelle Sur les dents, petit modèle de récit horrifique dont l’écriture précise et imagée laisse sans voix (ou sans plume !).


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 27/10/2008 )
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