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Messie à la manque
Will Self   Le Livre de Dave
Seuil - Points 2011 /  8.80 € - 57.64 ffr. / 624 pages
ISBN : 978-2-7578-2442-9
FORMAT : 11cm x 18cm

Première publication en août 2010 (L'Olivier)

Traduction de Robert Davreu

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Dave Rudman est un chauffeur de taxi londonien, le genre quinquagénaire bedonnant, aimable en façade mais qui n’en pense pas moins, et, pour tout dire, un type vaguement antipathique, grossier (dans son for intérieur), macho comme un régiment de talibans, aigri par la vie… et futur messie de l’humanité, d’ici cinq petits siècles.

Car d’ici un demi millénaire, l’humanité – privée de ses belles énergies fossiles – a joyeusement régressé au niveau d’une société féodale, avec – la touche taliban – une séparation homme-femme imposée… Et tout cela dans un dialecte approximatif, en suivant les préceptes de la religion Davinienne, avec son livre sacré : les pensées de Dave Rudman, jetées, dans un délire hallucinatoire, sur un cahier et enterrées, sont devenues, après exhumation, paroles d’Evangile. Le monde du futur formaté par le regard d’un chauffeur de taxi misanthrope du Londres actuel… et quelques petites surprises biotech, comme les «motos», ces animaux doués de langage, d’une intelligence très limitée, qu’on saigne comme des cochons – leurs lointains ancêtres. Et pour Carl Symun, l’un des enfants de cette humanité future qui trouve la religion davinienne un peu oppressante, la tentative de fuir Ham s’apparente à un «grand tour» dans le monde de demain. Mais pour le lecteur, qui alterne les chapitres futurs et contemporains, le meilleur des mondes est encore à venir…

Dans ce récit d’anticipation joyeusement provocateur, Will Self (auteur de l’excellent La Vie des fantômes) croque un futur inattendu, qui oscille entre une utopie pastorale génétiquement modifiée et une féodalité sectaire un brin délirante. La lecture est radicalement exotique, et dès les premières pages, le roman se mérite : écrit en deux langues (la langue soutenue, et le mokni, un dialecte local, écrit en SMS), à partir d’un lexique futuriste dérivé du parler de Dave (le recours au dictionnaire de la fin de l’ouvrage devient rapidement un réflexe), le premier chapitre, qui plante le décor de l’Angleterre future, est déroutant, exploitant une veine linguistique propre à la littérature d’anticipation, et qui pourrait trouver son origine chez Burgess (Orange mécanique notamment) comme dans les écrivains de l’argot…

Puis rapidement, le lecteur se prend au jeu et s’immerge, percevant sans difficultés le sens de ce lexique dévoyé et pouvant même, en suivant Rudman et ses soliloques, se livrer à une subtil exercice de philologie futuriste. Il y a là une mise en contexte, un travail sur l’usage des mots pour dessiner un décor doté d’une épaisseur historique qui tranche avec la SF traditionnelle. Le jeu sur les mots et la langue est une chose, mais le futur évoqué par Will Self vaut aussi son pesant de taxes carbone : un futur qui se rapproche plus d’une tradition littéraire à la John G. Ballard ou Walter Tevis, c'est-à-dire une anticipation réaliste, voire pessimiste, une contre-utopie, un monde dont les fondements sont les conséquences directes de nos erreurs et des impasses du progrès.

Et au milieu de tout cela, Dave, sa vie pas drôle de père divorcé ignoré par son fils, d’homme seul dans un monde sans pitié, harcelé par ses souvenirs et le mâchonnement continu de ses échecs. Un anti-héros, ni vraiment sympathique (certes !) ni complètement antipathique, avec ses jugements cyniques, mais réalistes, et son air de chien qui refuse d’être battu. Le contraste entre l’abîme, représenté par Dave Rudman, et le personnage solaire de Carl, Anglais du futur, vaut également le coup d’œil, car, en artiste subtil, Will Self sait nuancer ses personnages. Le lecteur, sans qu’on n’exige de lui compassion ou même empathie, n’a plus qu’à contempler cette humanité aux deux extrémités du millénaire, en rêvant à ce futur pas drôle (le présent, contemplé avec les yeux de Dave, n’est pas non plus une réussite), mais pas incohérent.

Une lecture surprenante, qui prête à méditer sur notre société et son devenir, et un bel exercice de style.


Gilles Ferragu
( Mis en ligne le 29/09/2011 )
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