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Soif de père
Régis Jauffret   Papa
Seuil - Points 2021 /  6,80 € - 44.54 ffr. / 192 pages
ISBN : 978-2-7578-8794-3
FORMAT : 11,0 cm × 18,0 cm

Première publication en janvier 2020 (Seuil - Cadre rouge)
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Le dix-neuf septembre 2018, Régis Jauffret, sidéré, aperçoit dans un documentaire sur la police de Vichy son père Alfred, menotté entre deux gestapistes. 4, rue Marius Jauffret (un aïeul architecte), il sort de l’immeuble marseillais où l’auteur a passé toute son enfance. Régis Jauffret zoome plusieurs fois mais il n’y a aucun doute, c’est bien lui, terrorisé. La scène est censée se dérouler en 1943. La Gestapo marseillaise est aux mains d’un voyou féroce berlinois, Ernest Dunker, généreusement aidé par la mafia locale.

L’immeuble et la rue sont bien reconnaissables. Personne dans la famille ne se souvient de rien. Alfred, mort en 1987, prend une importance inattendue dans l’esprit de Régis, alors qu’il a le souvenir d’un père sourd, bipolaire, abruti par l’Haldol qui l’empêche de penser. Le fils a une révélation, il ne voit plus son père comme un être falot, indifférent à tout. Cet épisode filmé lui permet toutes les suppositions ; il devient soudain important et digne d’un livre qui étanchera «la soif de père».

En fait, cette apparition sur l’écran s'inscrit dans un film sur la guerre à Marseille, réalisé en 1947 par Georges Baze, et soutenu par le parti communiste français. Dans «Voilà Marseille», les archives croisent les reconstitutions. «Aujourd’hui à soixante-quatre ans, je devrais être déjà guéri de mon enfance par ailleurs merveilleuse, douillette». L’enfant se réveille dans le cœur d'un homme qui prend conscience qu’il est passé à côté de son père ; il l’a inconsciemment méprisé à cause de ses handicaps, il n’était pas intéressant pour lui, il faisait partie des meubles.

Régis explore l’histoire familiale et décrit son enfance, pudique, avec une certaine retenue, cherchant à éviter le grand déballage. L’essentiel est pourtant dit : une enfance en compagnie d’un père frustrant, la cohabitation avec une ombre. «Nous avions si peu parlé, si peu fait de choses ensemble, et il ne m’avait jamais donné l’impression d’être un homme dont en cas de nécessité, je pouvais espérer le moindre secours». Ces quelques secondes inattendues d’apparition télévisuelle ont débloqué une conscience jusque là freinée par son surmoi.

Il veut aller jusqu’au fond de sa mémoire, ne plus passer à côté de sa filiation, il s’autorise à parler à son père, dans la honte de son indifférence ; cet homme aimait à sa façon son fils unique : «on a le droit de rêver son père». Alfred fut un jeune homme prometteur, virtuose du piano, qui écrivait de la poésie avec facilité. Régis Jauffret ne parvient pas à faire jaillir la vérité, mais il se rend compte qu’il aime ce père sans savoir s’il l’aurait plus adoré et admiré s'il avait été un homme brillant.

L’âpreté du vécu rend le texte poignant ; le fils déploie toute la portée émotionnelle et fictive de son appel, mettant en valeur l’ambiguïté de l’amour filial.


Eliane Mazerm
( Mis en ligne le 05/03/2021 )
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