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Les hilarantes tribulations d'un anarchiste serbo-brésilien
Jô Soares   L'homme qui tua Getulio Vargas
Pocket 2001 /  5.96 € - 39.04 ffr. / 340 pages
ISBN : 2-266-10363-6
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Dimitri Borja Korozec, surnommé Dimo par ses intimes, naît en Bosnie en 1897. Sa mère est une contorsionniste brésilienne travaillant dans un cirque. Son père, Ivan, un adepte de la secte russe des "Demi-Castrés" qui se séparent de leur testicule droit - soulignant ainsi leur camp politique - afin "d'atteindre la plénitude spirituelle". Avec de tels antécédents familiaux, légèrement atypiques, Dimo semble promis à un destin hors du commun.

Ce que vient confirmer dès la naissance une spécificité anatomique : "il avait un deuxième index à chaque main". A l'âge de sept jours, il détient donc 12 doigts et a déjà perdu un testicule, son père l'ayant d'office affilié à la cause des Demi-Castrés. Polyglotte et séduisant jeune homme quelques années plus tard, Dimo n'a, pour être honnête, qu'un seul mais terrible défaut : tout ce qu'il entreprend dégénère en un éprouvant fiasco, comme si les deux doigts supplémentaires contredisaient systématiquement l'habileté censée découler d'un tel don. Ainsi va la vie.

Incapable d'entamer une carrière dans le monde du cirque à cause de ses maladresses chroniques, notre héros élevé au lait anarchiste - et qui à 12 ans "a déjà lu Proudhon, Bakounine et Kropotkine" - se destine alors à la seule mission qui importe à ses yeux : "éliminer tous les tyrans de la planète". Et Dimitri de devenir sous nos yeux ebahis par tant de facéties involontaires une sorte de Buster Keaton apprenti-terroriste. Un Charlot réactionnaire moins "gaucho" qu'irrémédiablement gauche ! C'est sur la base d'un scénario aussi loufoque et déjanté que Jô Soares, fidèle en cela au délire méthodique de son ouvrage précédent, Elémentaire ma chère Sarah !, ayant remporté un énorme (et juste) succès en 1995, se lance dans une nouvelle aventure narrative. Ainsi la trajectoire personnelle de Dimo et ses aspirations anarchisantes vont-elles servir de toile de fond pour passer au crible humoristique de grands événements historiques : l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo en juin 1914, la mort de Jaurès à Paris en juillet de la même année, la bataille des "taxis de la Marne"...

C'est que, formé par la société secrète terroriste serbe de "La main noire", Dimo est un des plus glorieux éléments de l'Ecole d'assassinat (Skola Atentora) qui en dépend et va chercher tout au long du XXe siècle à laisser son empreinte dans l'histoire. Sa marque précisément, il va l'imposer, mais de manière imprévue : catastrophe ambulante incarnée, notre héros va en effet de malchance en franche incompétence, entamant un cycle parodique qui dénonce sa propre fatuité. Mais ne serait-ce pas oublier qu'il rencontre, chemin faisant, quelques personnes dont il vient à son insu chatouiller la destinée ? Ainsi de la danseuse-espionne Mata-Hari et de son fidèle garde du corps, un nain hindou affilé à la secte des Thugs et qui n'a de cesse de vouloir stranguler à tout moment Dimo ; ainsi, sur le sol français, du vieil anar Bouchedefeu, de l'inspecteur Javert et de Marie Curie intervenant pour sauver la vie du jeune homme après qu'il ait absorbé par inadvertance un gâteau au chocolat empoisonné! Encore pourrait-on étendre la liste jusqu'à Cocteau, Satie, Modigliani, Apollinaire et Picasso. Sans oublier, si l'on voulait suivre Dimo dans son périple outre-Atlantique qui l'emmènera jusqu'au Brésil, son débat houleux avec George Raft lors d'un inénarrable course de char pendant le tournage de Ben-Hur, son travail pour Al "Scarface" Capone et ses sbires, etc

En dire plus au sujet des ellipses existentielles de Dimo serait criminel quand on connaît l'ingéniosité de Soares dès lors qu'il s'agit de mêler réalité et fiction, événements historiques et réévaluation de ceux-ci à l'aune de témoignages autant inédits que faux. A l'image de son premier opus, L'homme qui tua Getulio Vargas convoque en effet toute une série de preuves factices, chacune plus cocasse que l'autre, afin d'alimenter concrètement la biographie fictive de Dimitri Borja Krozec. Outre sa capacité à utiliser le filon des drames historiques secouant la planète depuis la première guerre mondiale (avec une mention spéciale pour sa connaissance des mouvements politiques des pays sud-américains), Soares excelle à instruire un dossier truqué qu'il compose à l'aide d'éléments factices - que viennent agrémenter en contrepoint des poèmes et des chansons, d'origine brésilienne le plus souvent.

L'ouvrage regorge ainsi de représentations photographiques en noir et blanc des protagonistes (où Dimo n'apparaît jamais entièrement, caché qu'il est toujours par un objet ou un tiers), de clichés d'armes ou d'objets évoqués par la narration. De plans illustrant avec précision les lieux des attentats perpétrés, de fac-similés de lettres et autres improbables extraits de journaux. Il n'est pas jusqu'aux pseudo-mémoires de Dimo, qui ne soient représentées comme pour attester de l'authenticité des propos de l'auteur, qui deviennent comiquement douteux à mesure que les pièces s'entassent pour un lecteur peu à peu transformé en juge d'instruction littéraire !



Frédéric Grolleau
( Mis en ligne le 23/07/2001 )
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