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Il y a analyser et analyser
Laurent Jullier   Analyser un film - De l'émotion à l'interprétation
Flammarion - Champs 2012 /  14 € - 91.7 ffr. / 432 pages
ISBN : 978-2-08-124961-5
FORMAT : 10,8 cm × 17,7 cm
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Le titre Analyser un film, De l'émotion à l'interprétation est assez étrange car l'ouvrage se contente plus de mettre à plat quelques ressorts dramatiques et structurels propre aux films. C'est sans doute nécessaire mais on ne comprend pas comment on peut analyser un film correctement. S'il nous parle du ''hareng rouge'' (''red herring'', du nom d'une technique utilisée par les dresseurs de chiens : entre la trace d'un lapin qui vient de passer et celle d'un hareng traîné là tout exprès, les chiens suivent la plus forte, c'est-à-dire celle du hareng), du ''Mc Guffin'' (le «truc» après lequel courent les personnages mais dont la réalité est évasive), du ''Cliffhanger'' (procédé qui vient des séries télé qui l'utilisent pour nous inviter à supporter leurs interruptions publicitaires en fin d'épisode), ou d’autres manière de structurer un film, nous sommes plus là dans la façon dont on construit une narration, à l'instar du livre le plus connu dans le domaine, Story, Contenu, structure, genre : les principes de l'écriture du scénario (Dixit) de Robert McKee, que de la façon d’interpréter un film correctement.

Le livre n'aborde par exemple pas comment on passe de l'émotion à l'interprétation. Il y a en cette matière des critères plus probants : prendre de la distance, analyser le statut du Beau et de l'agréable, faire la part entre l'émotion à la réception d'un film et ses humeurs du moment, la distinction faite par Umberto Eco entre fiction consolatoire et fiction problématique, etc.

Les autres parties du livre s'attachent à l’analyse des formes (la musique, les marqueurs émotionnels par exemple) et, enfin, l’interprétation des films à proprement parler, où sont recensées les différentes façons d’analyser un film sous un angle très universitaire : la sémiologie, l’esthétique, la sémio-pragmatique, l’histoire génétique, l’approche situationniste, les ''Gender Studies'', l’anthropologie, la psychanalyse, les sciences de l’information et de la communication, les ''Queer studies'' et la narratologie. Mais nous ne savons toujours pas concrètement comment analyser un film. Est-ce la même chose que de le prendre en otage pour en faire le champ d’expérience propre à une discipline ?

L’auteur ne propose pas d’analyser un film d’une façon existentielle et cinématographique. On pense alors à Octavio Paz qui, dans De Vive voix, Entretiens (1955-1996), souligne : «Lorsque je suis revenu en France après 1950, un nouveau changement culturel était intervenu, pas seulement en France, d'ailleurs, mais partout dans le monde : la prise du pouvoir par les professeurs et la prééminence des critiques sur les créateurs. Les théoriciens sont parvenus à expulser les poètes et les romanciers. Je pense que la révolution culturelle dont vous avez parlé au début ne peut pas être complète si, en plus de la rectification idéologique, il n'y a pas un retour à l'imagination. Il faut rendre à l'imagination la fonction que les professeurs et les théoriciens lui ont usurpée».

Mais s'il n’aborde pas vraiment la question, le livre est assez complet par ailleurs et l’auteur maîtrise les différents aspects de son sujet. Il devient même plus idéologiquement orienté quand, par moments, il loue les ''culturals studies'', ou qu'il commence à répertorier les dialogues discriminateurs (analyse fort contestable pour certains) dans les anciens films OSS 117 : le machisme, l'ethnocentrisme, l'hétéronormativité, le nationalisme, le paternalisme, le sexisme, la domination masculine, le colonialisme (pp.153-157)... Ou encore quand il démontre de manière appuyée l'homophobie nimbant le film La Femme modèle de Vincente Minelli (1957). Il écrit ainsi : "Cela va jusqu'à des détails comme les raccords-regards : de nos jours encore, sur les écrans, et même si les proportions s'équilibrent lentement, notamment grâce aux séries télé américaines, les coups d'oeil masculins sur des corps féminins appétissants sont bien plus nombreux que les coups d'oeil sur des corps masculins toutes attirances égales par ailleurs" (p.158). En quoi les coups d’œil féminin devraient être égaux aux coups d’œil masculins ? Bien sûr, l'auteur ne répertorie pas le film de Pedro Almodovar Volver où les hommes sont considérés comme des mâles brutaux, buvant de la bière en regardant des matchs de football et où l'héroïne peut tuer son mari, le mettre dans un congélateur et discuter tranquillement avec ses amies, toutes trouvant cela normal par solidarité féminine alors qu'il y a pourtant eu meurtre !

Mais, peu importe, qu'est-ce que cela vient faire dans une livre qui prétend analyser la position d'un spectateur en face d'un film ? Un ouvrage donc certes documenté mais orienté et finalement décevant.


Yannick Rolandeau
( Mis en ligne le 04/10/2012 )
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