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Danse avec les morts
Patricia Cornwell   Dossier Benton
L.G.F - Le Livre de poche 2002 /  6.95 € - 45.52 ffr. / 544 pages
ISBN : 2-253-17220-0

Traduit de l'anglais (américain) par Hélène Narbonne
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Ancienne chroniqueuse judiciaire, puis informaticienne à la morgue de Richmond, Patricia Cornwell est aujourd’hui un véritable "blockbuster" du roman policier : les aventures de Kay Scarpetta, médecin légiste de l’Etat de Virginie, figurent en tête des meilleures ventes dans plus de vingt-quatre pays. A ce titre, l’auteur est "a priori" suspecte de facilité, de complaisance… et boudée par l’élite intellectuelle. On aurait bien tort, pourtant, de la prendre pour une nouvelle Mary Higgins Clark, aux intrigues étalonnées "pure psychologie de comptoir" : avec cette dernière livraison, Patricia Cornwell précise encore les contours inquiétants d’un univers scientifique, rationnel mais hanté par une relation trop intime avec les cadavres et leurs plaies sanglantes.

Si le polar est la dernière "littérature réaliste", comme il a été souvent dit, Patricia Cornwell touche aux limites du genre. La survoler revient à n’en découvrir que l’écriture fonctionnelle, clinique, efficace. Mais justement : il conviendrait, pour une fois, de ne pas se laisser dérouter par la haute tradition des stylistes littéraires. Dans ce nouvel opus, son expression atteint la maturité : elle confine à la netteté glaciale et tragique d’une table de dissection.

On lui a parfois reproché des prises de positions réactionnaires. Et pourtant, à y regarder de plus près, l’évidence n’est pas établie. Le racisme ne fait partie de son monde: elle jette sur chacun de ses suspects, noir ou blanc, le même regard sans indulgence ni aversion. C’est un fait : chez elle, aucune trace de cet antiracisme… qui s’apparente parfois à une subtile manière d’exclure en signifiant une différence, fut-elle positive. En ce qui concerne les grandes causes, d’autres écrivains plus "tendance" sont aussi largement plus ambigus... Herbert Lieberman, pour exemple, dont elle partage apparemment le sujet, l’affirme dès les premières pages de Necropolis : son héros est favorable à la peine de mort. Patricia Cornwell, elle, introduit l’impossible dilemme : peut-on désirer la sinistre exécution du meurtrier lorsque l'on contemple un corps innocent massacré ? Mais elle tranche et s’y refuse ici clairement, à plusieurs reprises.


Et pour revenir à la question sensible quoique légèrement absconse (s’agit-il d’un "authentique écrivain" ?), il faudrait s’arrêter aussi sur ses personnages, vigoureusement construits : Marino, le flic macho et inculte, auquel elle s’oppose sans cesse tout en finissant par l’apprécier pour son irréductible honnêteté… Et puis des femmes, surtout des femmes, au premier rang desquelles figure Lucy, nièce adorée en silence, homosexuelle splendide, rétive et surdouée. Car le monde de Cornwell est avant tout féminin, mais il est peuplé de celles qui ont traversé le Styx et conquis un domaine professionnel interdit à leurs aïeules. Elles y apportent leur sensibilité et un regard intact. Loin de l’assassinat décrit comme le dernier divertissement possible (sous couvert de dénonciation, à la manière d’un Bret Easton Ellis), Patricia Cornwell fuit toute déshumanisation : elle est dans la sphère mentale de la victime, témoin de sa terreur, et partant, la restitue au lecteur. Dossier Benton tisse une réflexion éprouvante sur le rapport à la mort violente et aux "serial killers" monstrueux qu’approche Kay Scarpetta. Quel est l’événement fondateur de sa vocation, quel est son quotidien, quelles en sont les séquelles ? "Toute votre vie ressemble à un certificat de décès" conclut son amie médecin, en remarquant les termes administratifs qu'elle emploie pour parler de son passé.

On pourrait objecter, en guise de conclusion, qu’il est difficile de comprendre ce dernier épisode, le plus noir de la série, sans avoir lu les précédents. A mesure que se déroule l’existence de son héroïne, l’auteur affine son propos, décrivant un monde éternellement en deuil, froid, singulier, celui d’un personnage - évidemment son double - cheminant toujours au bord d’un abîme où l’attirent les révélations muettes des corps qu’elle autopsie.


Isabelle Nouvel
( Mis en ligne le 04/04/2002 )
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