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Bande dessinée  ->  Réaliste  
 

C’est la guerre
Didier Comès   Dix de der
Casterman 2006 /  12.95 € - 84.82 ffr. / 64 pages
ISBN : 2-203-33495-9
FORMAT : 22,6x30,3 cm
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Depuis la parution de Silence en 1979, Didier Comès a pris la bonne habitude de nous livrer ses albums avec parcimonie, de graves albums en noir et blanc qui pèsent leurs années de création. Selon une démarche à l’opposé des grandes tendances actuelles, il a suivi un sillon cohérent et personnel, au risque parfois de faire des œuvres qui se ressemblent un peu trop. Mais Les Larmes du tigre, et maintenant Dix de der, montrent sa volonté d’exploiter d’autres terrains. Il n’est plus vraiment question ici du conflit entre l’homme et la nature, mais d’une guerre bien humaine : celle de 1939-1945.
Un jeune soldat américain se retrouve parachuté dans les Ardennes sans expérience des combats, lors de la dernière offensive allemande de décembre 1944. Il passera son Noël au sein d’un trou d’obus, en curieuse compagnie. Car trois fantômes, respectivement déguisés en crâne, en uniforme allemand et en crucifié divin, y devisent gaiement de la neige et du froid, en attendant le quatrième trépassé qui leur permettra enfin de jouer convenablement à la belote. Il faut ajouter à cela le curé et le sacristain du village, réincarnés en corbeaux et qui errent sur les champs de bataille à la recherche de leur pitance.
Si le décor se place dans la continuité d’une vaste littérature de guerre (difficile de ne pas voir les ombres d’Hugo Pratt ou de Stephen Crane), les personnages basculent rapidement vers une dimension plus fantaisiste, celle de la littérature fantastique belge. Et il y a quelque chose d’absurde dans le mélange des combats et des fantômes : comme si la mort réunissait des univers dissemblables pour leur ôter toute perspective de sens. Ainsi les prétendus sauveurs américains sont responsables du bombardement du village, et c’est un fantôme prussien qui sauve le jeune yankee. En fin de compte, les règles du monde des vivants ne font pas vraiment preuve de logique.
Dans ce drôle de pessimisme, on retrouve bien l’univers de Comès. Et l’impression que le monde sensible, brutal et inhumain, se double d’un monde invisible qui autorise le rêve. Les religions traditionnelles s’y perdent volontiers (et Comès ne manque pas d’adresser quelques piques, bien qu’un peu plus douces que de coutume, au catholicisme local) ; seul un naïf, soldat ou non mais innocent, peut espérer réconcilier les morts et les vivants.
Dix de der tient donc sa place dans le débat soulevé depuis vingt-sept ans et huit albums par l’auteur ardennais. Il rappelle même curieusement L’Ombre du corbeau, un de ses premiers récits qui se situait, lui, lors de la première guerre mondiale. On regrette pourtant l’absence du lyrisme et de la poésie mélancolique dont il avait souvent su nous faire part ; le réalisme de la mitraille empêche de s’engager véritablement dans les chemins éclairés, et même le happy end final sonne curieusement.
Graphiquement, du moins, Comès ne démérite pas, et justifie sa réputation de maître du noir et blanc. Pour compenser les personnages forcément inexpressifs, les décors s’animent de flocons de neige et d’éclats d’obus, des traînées blanches qui épurent la page avec une grande élégance. À défaut d’émotion, les Ardennes nous proposent la sobriété d’un récit maîtrisé et original, dressant les frontières d’un absurde singulier.


Clément Lemoine
( Mis en ligne le 28/11/2006 )
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