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Bande dessinée  ->  Aventure  
 

Franquin sort du tombeau
 Yann   Fabrice Tarrin   Le Tombeau des Champignac - Une aventure de Spirou et Fantasio par... (n°3)
Dupuis 2007 /  13 € - 85.15 ffr. / 64 pages
ISBN : 978-2800138053
FORMAT : 24x32 cm
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C'est l'album que tous les spirouphiles attendaient frénétiquement, la bave aux lèvres, depuis 2 ans et demi. Annoncé en mai 2005, il devait inaugurer la prestigieuse collection des « one-shots Spirou ». Ses retards à répétition l'auront finalement classé troisième. Après deux très belles livraisons de Yoann & Vehlmann puis Frank Le Gall, le voici enfin, le déjà culte Tombeau des Champignac. Pourquoi tant d'enthousiasme autour de ce titre, avant même sa sortie ? Parce qu'il est signé par deux auteurs qui étaient destinés à se frotter, tôt ou tard, à l'univers du groom aventurier.
À ma droite, Yann, le mythique scénariste des Innommables. Avec son inséparable complice Didier Conrad, il avait été à deux doigts de succéder à Fournier sur la série principale, au début des années 80. Après deux rendez-vous manqués (la reprise avortée avec Conrad, puis un second projet abandonné avec Yves Chaland), Le Tombeau des Champignac concrétise enfin une histoire d'amour contrariée depuis plus de 20 ans.
À ma gauche, Fabrice Tarrin : jeune dessinateur au talent époustouflant, digne héritier de Franquin et du Conrad cité plus haut. Plébiscité par les fans pour succéder à Janry, il aurait été le choix le plus naturel. Le Tombeau des Champignac lui offre, ainsi qu'à ses supporters, un joli lot de consolation.

Ces deux-là sont des admirateurs absolus du Spirou de Franquin, et ne se gênent pas pour le montrer. Le parti pris annoncé est le suivant : Le Tombeau des Champignac « occulte TOUT ce qui a été dessiné après QRN sur Bretzelburg ». Comme la reprise de Blake et Mortimer, il s'agirait donc d'un exercice de pastiche non parodique. Et les auteurs insistent bien sur ce dernier point : leur album, disent-ils, marque le retour de la grande aventure, destinée au jeune public et à prendre à 100% au premier degré. Comme au bon vieux temps, donc, Yann et Tarrin nous parlent de voyages exotiques, de légendes oubliées, de cryptes mystérieuses et d'animaux fantastiques. Et tous les éléments emblématiques de la période Franquin sont de retour : l'uniforme de groom, la Turbotraction, la Zorglumobile, les sérums du comte... seul le Marsupilami, retenu en otage par Marsu Productions, manque à l'appel. Certaines scènes semblent sortir tout droit des albums de la grande époque (notamment le début de l'histoire, quasiment décalqué sur Le Prisonnier du Bouddha). Le dessin éminemment franquinesque est là pour parachever l'illusion... et endormir la méfiance du lecteur.
Oui, méfiance : car, connaissant Yann, l'iconoclaste, et Tarrin, le roi de l'imposture, il fallait s'attendre à ce que le contenu ne soit pas tout à fait conforme à l'emballage. Sorties de leur contexte, certaines vignettes ambiguës peuvent mettre la puce à l'oreille : par exemple, celle où le comte s'injecte l'un de ses sérums à base de champignons, dans une attitude rappelant celle d'un junkie en train de se faire un fix. Ou encore, celle où Fantasio, au lit avec Spirou, se réveille en sursaut et s'écrie : « On a oublié la capote ! » (il s'agit de la capote de la Turbotraction, qui a passé la nuit dehors sous la pluie). C'est sûr, ce Tombeau des Champignac n'est pas aussi innocent qu'il en a l'air. Yann et Tarrin ont beau feindre la candeur et la bonne foi, ils rigolent sous cape. Ce sont deux sales gosses turbulents qui s'amusent à casser leurs jouets préférés, pour leur plus grand plaisir et celui du lecteur. Champignac apparaît comme un vieillard sénile, Fantasio comme un gamin attardé... Mais le plus réjouissant reste bien sûr de voir Seccotine se comporter en allumeuse complètement délurée, qui semble s'être donné pour mission de déniaiser l'un des deux héros avant la fin de l'aventure.

Malheureusement, cet exercice de style entre classicisme et impertinence repose sur des bases un peu bancales : le point faible de l’album vient clairement de son scénario. En fait, Yann mélange artificiellement deux trames qui n'ont aucun rapport (d'une part, la découverte d'une crypte sous le château de Champignac, et d'autre part, l'expédition au Népal), et n'en traite aucune des deux en profondeur. Des pistes inutiles sont lancées et pas vraiment exploitées (la présence de la « sphinge »), et les péripéties s'enchaînent de façon un peu décousue... Le démarrage est laborieux et la conclusion abrupte ; entre les deux, pas grand-chose.
Bref, l'aventure manque franchement de saveur, si bien qu'on s'en désintéresse peu à peu pour se concentrer seulement sur LA question importante : Seccotine et Spirou vont-ils conclure ?

Graphiquement, en revanche, rien à dire : Tarrin est épatant. Au contraire des nombreux clones sans âme que Franquin a engendré au fil des années, le dessinateur de Violine possède sa propre patte. Il a su digérer l’influence du maître, et s’approprier intelligemment ses codes graphiques, sans rien perdre de sa personnalité ; qualités qu’on pouvait également attribuer à un certain Janry. Le dynamisme et la modernité qu’il introduit dans la mise en scène, dans les cadrages, le rapprochent également de Didier Conrad.

Même si Le Tombeau des Champignac n'est pas le chef-d'oeuvre attendu, il reste très amusant, et graphiquement superbe. Un épisode destiné aux enfants devenus grands, qui portent sur leur lectures de jeunesse un regard d’adulte : moitié nostalgique, moitié moqueur.


Michaël Bareyt
( Mis en ligne le 11/12/2007 )
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