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L'esprit d'Iéna
Pierre Servent   Le Complexe de l'autruche - Pour en finir avec les défaites françaises - 1870-1914-1940...
Perrin - Tempus 2013 /  10 € - 65.5 ffr. / 462 pages
ISBN : 978-2-262-04232-5
FORMAT : 11,0 cm × 17,8 cm

Première publication en avril 2011 (Perrin)

L'auteur du compte rendu : Alexis Fourmont a étudié les sciences politiques des deux côtés du Rhin.

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Montesquieu prétendait naguère qu’il y a «des causes générales, soit morales, soit physiques, qui agissent dans chaque monarchie, l’élèvent, la maintiennent ou la précipitent ; tous les accidents sont soumis à des causes ; et si le hasard d’une bataille, c’est-à-dire une cause particulière, a ruiné un État, il y avait une cause générale qui faisait que cet État devait périr dans la bataille». Ce sont les causes générales des défaites françaises que Pierre Servent analyse dans son passionnant ouvrage Le Complexe de l’autruche. Pour en finir avec les défaites françaises, publié par les éditions Perrin.

Si Bonaparte était parvenu à faire accéder la France au premier rang parmi les nations, la chute fut cruelle d’abord en 1814, puis en 1815. Certes la «Grande Nation» avait tenu tête à l’Europe entière depuis les guerres révolutionnaires et jusqu’au retour des Bourbon dans les fourgons de l’étranger, comme l’indique la légende, mais elle avait finalement été défaite. Paris était alors conquis, occupé et humilié par les puissances étrangères. La suite ne fut pas glorieuse non plus, même si le Second Empire sut trouver la victoire à différentes reprises. A cet égard, observe P. Servent, «le palmarès militaire français est (…) impressionnant : la France a achevé la conquête de l’Algérie ; battu, avec les Anglais, les Russes en Crimée ; dominé les Autrichiens dans la guerre de libération de l’Italie septentrionale ; mené une expédition lointaine en Chine». En revanche, l’intervention au Mexique «s’est terminée pitoyablement».

Par la suite, la Prusse vainquit la France impériale. Pourtant, les mises en garde furent nombreuses. En poste à Berlin, le colonel Stoffel rendit compte très régulièrement des lacunes françaises et de la fulgurante montée en puissance de la Prusse. Dans La France Nouvelle, Prévost-Paradol s’inquiétait dès 1868 du déclin relatif de la France. Il écrivait par exemple que «la seule question qui pût être débattue naguère lorsqu’on parlait de la puissance militaire des États du continent était de savoir si la France pouvait tenir tête à l’Europe coalisée : aujourd’hui la question est de savoir si la France l’emporterait sur la Prusse, et il n’est personne qui ne considère cette lutte comme une épreuve des plus sérieuses pour notre pays». Faisant montre d’une clairvoyance bien singulière, Prévost-Paradol ajoutait en outre que si la victoire devait être infidèle à la France lors d’une possible conflagration contre la Prusse, ce serait alors «le tombeau de la grandeur française». Il redoutait même que l’Alsace et la Lorraine soient arrachées à la France pour être rattachées au Reich.

Finalement, le pire advint en 1870, cette «année terrible», pour reprendre la formule de Victor Hugo. La guerre contre la Prusse fut d’ailleurs le prélude à pires malheurs encore. Comme le rappelle P. Servent dans son propos introductif, «en soixante-dix ans, la France a été envahie, occupée en partie trois fois (1870, 1914, 1940), amputée durablement deux fois (1870, 1940)». Fille de la défaite, la IIIe République se sabordera soixante-dix ans plus tard, après avoir été écrasée une nouvelle fois par l’Allemagne suite à un «coup de faucille» diaboliquement efficace qu’imagina le général Manstein et qu’exécutèrent à la perfection les généraux Guderian et Rommel. En juin 1940, l’acier allemand est venu à bout de la France en l’espace de six petites semaines. Certes la IIIe République avait gagné la Grande Guerre en 1918, mais le pire avait bien failli se produire au tout début du conflit, lorsqu’en août 1914 les cavaliers de l’avant-garde allemande dansaient autour d’un panneau routier indiquant que Paris se trouvait à seulement 22 kilomètres…

Le péril était immense. Paris risquait de tomber aux mains de l’ennemi, si bien que le gouvernement ne manqua point de se réfugier discrètement, mais rapidement à Bordeaux, laissant «derrière lui le gouverneur militaire, [i.e. le général Gallieni], commandant l’armée de Paris, le préfet de la Seine et le préfet de police». Se débattant avec une foule de problèmes, le général Gallieni sauva la France du désastre en transportant sur le front quelques 4000 soldats à l’aide des célèbres - cinq cents - taxis de la Marne. Il s’agissait alors de bousculer la route triomphale des Allemands. Surprises, les troupes allemandes finirent par refluer. A cette occasion, les Français anéantirent «la dynamique allemande, à la fois militairement mais surtout psychologiquement». Ils mirent «un terme à la guerre de mouvement».

A cet égard, Pierre Servent est d’avis que le général Gallieni fit montre de ce qu’il appelle «l’esprit d’Iéna», en référence à la fameuse victoire de Bonaparte sur la Prusse en 1806. Cet «esprit», dont les Français sont si souvent dépourvus, est moins une «méthode» qu’un «état d’esprit». Il s’agit de «l’esprit de mission» : le soldat doit agir selon le but de guerre recherché par son chef. Pour ce faire, sur le terrain, il doit prendre «les initiatives qui s’imposent, grâce à ses propres capteurs» comme «le renseignement, l’intuition, le sens du terrain, l’entrainement, le courage, l’initiative». Bref, «l’esprit d’Iéna» renvoie notamment à «trois «i» : initiative, inventivité, ingéniosité». Cette attitude est l’une des clés de la victoire et n’a jamais été suffisamment instillée du côté français.

Il y a fort à parier que la relecture des défaites militaires françaises est riche d’enseignements pour relever les défis du XXIe siècle. Ces enseignements sont en effet d’une redoutable actualité : les déroutes militaires, mais aussi économiques, sociales et politiques naissent souvent du «confort intellectuel», du «refus du changement» et de «l’arrogance mentale». Si elle parvient à s’en défaire, alors la France arpentera de nouveau les chemins du succès. «Elle démontrera (…) que la malédiction de la défaite ne pèse plus sur elle».


Alexis Fourmont
( Mis en ligne le 14/05/2013 )
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