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Guerre sainte et Paix chrétienne
Robert Sauzet   Au Grand Siècle des âmes - Guerre sainte et paix chrétienne en France au XVIIe siècle
Perrin 2007 /  22 € - 144.1 ffr. / 300 pages
ISBN : 978-2-262-02133-7
FORMAT : 14,0cm x 22,5cm

L'auteur du compte rendu : Françoise Hildesheimer, conservateur en chef aux Archives nationales, est professeur associé à l'université de Paris I. Elle a notamment publié Fléaux et société. De la Grande Peste au choléra . XIVe-XIXe siècles (Hachette, 1999) et un Richelieu chez Flammarion (2005).
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Sous le beau titre Au grand siècle des âmes emprunté au bien oublié historien vulgarisateur Daniel-Rops (1901-1965), Robert Sauzet propose à son lecteur une approche originale de l’histoire «religieuse» du XVIIe siècle. Il s’agit en effet d’un développement à la lumière des travaux plus récents de la problématique naguère proposée par son maître Alphonse Dupront autour de la croisade.

Il faut donc rappeler que Dupront (1905-1990), historien à la pensée luxuriante et à l’expression difficile a été l’un des grands maîtres de la définition d’une anthropologie religieuse débordant largement le traditionnel champ d’investigations dévolu à l’histoire de même nom corsetée dans ses découpages chronologiques : le sacré, qui est au cœur de sa quête de sens, récuse temps et histoire, même s’il se manifeste et peut être saisi de manières singulières à travers eux. Publié en 1997 seulement, son grand ouvrage Le Mythe des croisades, constitue donc le point de départ et la trame de la réflexion additionnelle de Robert Sauzet.

Précisons encore que ce dernier est lui-même héritier de ce grand renouvellement historiographique contemporain d’une histoire religieuse décléricalisée et centrée sur le vécu et la croyance, dans la foulée également des travaux de sociologie religieuse impulsés par Gabriel Le Bras (1891-1970), autre père fondateur à la fois juriste, historien et sociologue. Sa thèse soutenue en 1975 (Contre-Réforme et Réforme catholique en Bas-Languedoc : le diocèse de Nîmes au XVIIe siècle, Nauwelaerts, 1979) constitue, pour l’histoire moderne, l’une des grandes illustrations de cette méthode.

Depuis lors, de nombreux travaux sont venus enrichir ce secteur de la recherche et Robert Sauzet entend en démontrer la continuité et la richesse, voire le foisonnement qu’il entend «filtrer» à la lumière de la problématique de Dupront pour en tirer des conclusions applicables aujourd’hui. Pour ce faire, son propos est très habilement articulé autour des thèmes de la guerre sainte et de la paix chrétienne, fort représentatifs des contradictions d’une France tout juste sortie des déchirements interconfessionnels du XVIe siècle, à la fois héritière et nostalgique de la croisade et de ses transpositions au Nouveau Monde ou, à l’intérieur, face aux hérétiques et touchée par un idéal nouveau de tolérance. L’exposé est conduit de main de maître, mêlant érudition et synthèse, récit et panorama historiographique avec un intérêt – qui est celui de l’auteur  marqué pour les régions méridionales.

Au fil des chapitres, la nostalgie de la croisade trouve son personnage emblématique avec le célèbre Père Joseph, l’éminence grise de Richelieu, auteur de la Turciade, épopée de plus de quatre mille six cents vers latins, dédiée à Urbain VIII ; elle s’incarne vers l’est avec la lutte contre les Turcs, se mue en croisade contre les hérétiques de la croisade contre les Albigeois aux guerres de Religion, prend un habit missionnaire en Nouvelle-France ; elle se teinte de couleurs mystiques et cousine avec l’intolérance qui est celle d’un temps on l’on éradique une différence religieuse que l’on ne saurait admettre. Et pourtant, c’est également à cette époque que va apparaître une nouveauté qui fait que l’ouvrage se termine sur des chapitres moins belliqueux et peut déboucher sur une leçon utile à notre temps : l’émergence et la lente maturation de l’idée de tolérance que Robert Sauzet entend opposer à la tentation contemporaine des intégrismes.

On ne résistera pas au plaisir de citer la belle phrase par laquelle l'auteur justifie cette démarche d’ouverture sur le contemporain : «L’histoire n’a pas à servir les passions passagères de nos contemporains en distribuant l’éloge et le blâme. Parce qu’elle est moyen de compréhension (…), la discipline historique est génératrice de paix en nous et autour de nous. C’est le seul mais essentiel service que les historiens puissent rendre au monde contemporain» (p.11). Une telle ouverture incite d’ailleurs à rapprocher cet ouvrage d’un autre qui paraît simultanément et est en apparence fort différent, et à suggérer une lecture intégrant le paramètre explicatif du ressentiment proposé par Marc Ferro comme une clef qui effectivement y ouvre bien des portes (M. Ferro, Le Ressentiment dans l’histoire. Comprendre notre temps, Odile Jacob, 2007).

Les travaux de nombreux historiens récents sont mis à profit pour construire cette belle synthèse. Citons, entre beaucoup d’autres, Paulette Choné, Olivier Christin, Denis Crouzet, Bernard Dompnier, Yves Krumenacker, Élisabeth Labrousse, Géraud Poumarède, Denise Turrel, Peter Sahin-Toth, Mario Turchetti… Déplorons une absence notable, celle de l’abbé Bremond, dont, même si elle est ancienne et éloignée de la sociologie et de l’anthropologie, l’approche de la spiritualité du siècle demeure monumentale ; quelques oublis, autour de Bérulle (travaux de Stéphane-Marie Morgain notamment) et surtout de Richelieu dont l’activité de controversiste est largement passée sous silence au profit d’une image trop réductrice, ainsi que du Père Joseph, l’un des personnages clef de l’ouvrage, dont il est fort regrettable que Robert Sauzet n’aie pu bénéficier du profond renouvellement apporté au même moment et chez le même éditeur par la remarquable biographie due à Benoist Pierre ; un regret qui s’adresse à l’éditeur : le rejet en fin d’ouvrages des substantielles notes ainsi rendues peu opératoires.

À titre de lecture complémentaire, signalons enfin une publication passée quelque peu inaperçue d’un manuscrit de la British Library qui apporte une contribution originale aux exposés relatifs à la guerre turque et à ses développements itinérants ouvrant également des perspectives sur le monde janséniste : Charles Le Maistre, Voyage en Allemagne, Hongrie et Italie. 1664-1665 (présenté et édité par P. et O. Ranum, Paris, Éditions de l’Insulaire, 2003, 592p.).


Françoise Hildesheimer
( Mis en ligne le 13/07/2007 )
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