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Histoire & Sciences sociales  ->  Période Contemporaine  
 

Jours de désastre !
Eric Roussel   Le Naufrage - 16 juin 1940
Gallimard - Les journées qui ont fait la France 2009 /  19 € - 124.45 ffr. / 249 pages
ISBN : 978-2-07-073494-8
FORMAT : 15,1cm x 22cm

L’auteur du compte rendu : agrégée d’histoire et docteur en histoire médiévale (thèse sur La tradition manuscrite de la lettre du Prêtre Jean, XIIe-XVIe siècle), Marie-Paule Caire-Jabinet est professeur de Première Supérieure au lycée Lakanal de Sceaux. Elle a notamment publié L’Histoire en France du Moyen Âge à nos jours. Introduction à l’historiographie (Flammarion, 2002).
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Dans la collection «Les Journées qui ont fait la France», Gallimard publie un texte d'Éric Roussel sur le 16 juin 1940. Écrivain, journaliste, président de l’Institut Pierre-Mendès-France, Éric Roussel est l’auteur de plusieurs biographies (sur G. Pompidou, sur Jean Monnet, sur de Gaulle, sur Pierre Mendès France). Il sait présenter en quelques phrases un personnage, expliquer son action, camper le décor.

En choisissant de décrire les heures noires du dimanche 16 juin 1940, au cours desquelles, à Bordeaux, s’effondre la Troisième République et se noue la décision de l’armistice, tandis que Paul Reynaud cède la place au maréchal Pétain, Éric Roussel affronte un moment particulièrement tragique de l’histoire contemporaine française. En son temps, à vif, Marc Bloch avait analysé L’Etrange défaite. L’auteur rappelle aussi le jugement sévère et lucide de la philosophe Simone Weil : «Juin 1940 n’a pas été le complot d’une fausse élite. Ce fut une défaillance, une abdication de l’ensemble de la nation» (p.53). Ici, pourtant, Éric Roussel délaisse curieusement tout le contexte d’une France à bout de souffle, envahie, défaite militairement, pour se concentrer sur le ballet des hommes politiques, de leurs ambitions, de leurs espoirs, de leur résignation. Un catalogue des faiblesses humaines, des petites mesquineries, des rancœurs et des rancunes assouvies. En huit chapitres, Éric Roussel en fait le tour, en réinstallant des hommes qu’il connaît bien : De Gaulle, Jean Monnet…

A le lire, le sentiment prévaut d’une collection de biographies, dressées avec talent, certes ; la «petite histoire» et l’anecdote s’invitent avec la figure d’Hélène de Portes, la maîtresse de Paul Reynaud. On retrouve en portraits incisifs tous les acteurs du drame : Philippe Pétain, de Gaulle, qui incarne le refus et se voit consacrer un chapitre entier ! Mais aussi des figures moins connues comme Georges Mandel.

Se dessine le tableau impitoyable d’un pays usé, d’une défaillance dramatique de ses élites à quelque bord qu’elles appartiennent, d’un pacifisme aveuglant, d’un système politique incapable de renouvellement ou de sursaut. On peut appliquer à l’ensemble de la classe politique française le jugement au vitriol que portait le général de Gaulle sur Lebrun, président de la République en juin 1940 : «Au fond, comme chef de l'État, deux choses lui avaient manqué : qu’il fut un chef, qu’il y eut un État» (Mémoires de guerre, cit.p. 14).

Un texte destiné au grand public cultivé (selon la formule consacrée), qui est loin d’être ennuyeux, complété d’une biographie et d’un index, mais qui laisse un peu sur sa faim l’historien. On reste très largement dans l’écriture d’une histoire politique très traditionnelle, centrée sur les moindres détails, mais d’érudition sèche. On aurait aimé mieux comprendre la société française sur laquelle s’adossent les responsables qui empruntent les «chemins de l’armistice» (chapitre 4), or celle-ci est assez largement absente des analyses de l’auteur tout entier centré sur le personnel politique et son ballet, les petites combinaisons, le goût du pouvoir, pour les plus médiocres, l’impuissance pour les meilleurs. Certes la collection s’y prête sans doute, mais ce n’est pas le cas de tous les volumes, pensons par exemple aux livres très différents d’Arlette Jouanna sur la saint Barthélemy ou de Michel Winock sur le 13 mai 1958, qui ont davantage englobé l’événement dans une analyse d’ensemble qui lui donne sens.


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 16/03/2010 )
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