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Œdipe roi sous l’angle de la théorie mimétique
Mark Anspach   Oedipe mimétique
L'Herne - Carnets 2011 /  12,50 € - 81.88 ffr. / 121 pages
ISBN : 978-2-85197-920-9
FORMAT : 11cm x 16,4cm

Préface de René Girard
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Mark Anspach mène une analyse du mythe d'Œdipe, et surtout d’Œdipe roi de Sophocle, à la lumière de la théorie mimétique. Ce livre, qui débute par une préface de René Girard, est conçu un peu comme un polar. Qui est le coupable pourrait-on dire ? Œdipe ? Tirésias ? Avec en toile de fond le complexe d'Œdipe et le mimétisme girardien. Le propos est déjà alléchant.

La théorie girardienne est fort intéressante en soi et l'anthropologue s'est toujours «attaqué» à Freud et Nietzsche dont il reconnaît les influences pour aussitôt les réfuter avec une grande audace. Il s'agit ici de reprendre le mythe d'Œdipe et d'en voir les tenants et les aboutissants. René Girard ne croit guère au complexe d'Œdipe en tant que tel et il l’évalue plus sous l'angle de la rivalité que de la sexualité pure et simple (père-fille ou mère-fils). Si l'on constate comment les pères (et toute forme d'autorité) sont attaqués de nos jours, on peut dire que René Girard a raison. Ici Mark Anspach, reprenant la théorie mimétique, développe plus profondément l'intuition girardienne.

Tout d'abord, il rappelle qu'il faut lire Œdipe comme un mythe qui cacherait (théorie développée par Girard dans Le Bouc émissaire) un crime déguisé et qu'Œdipe ne serait pas forcément coupable d'avoir tué son père et couché avec sa mère. En plus de cela, il ne serait pas responsable de l'épidémie de peste. Intuition tout aussi alléchante car elle renverse l'équation habituelle.

Si Œdipe est expulsé de Thèbes, c'est que l'on veut qu'il soit coupable, que la foule le désigne comme tel, se choisissant par là, et de manière inconsciente, un bouc-émissaire.

Il ne s'agit pas ici de s'en tenir à la pièce de Sophocle uniquement mais de montrer que la lecture que l'on fait de cette pièce est erronée dans ce qu'elle propose comme «expulsion légitimée». Si Œdipe est expulsé parce qu'il est responsable de l'épidémie de peste (chose évidemment suspecte quand on sait que l'on accusait déjà les Juifs de ce genre de choses), on peut suspecter que son accusation d'avoir tué son père et couché avec sa mère n’est pas d'une limpidité à toute épreuve. «La question n'est pas de savoir s'il existe un désir incestueux pour le parent du sexe opposé. Même si l'on admet l'existence d'un tel désir, il n'est nul besoin d'y recourir chaque fois que l'on peut rendre compte d'une dispute entre deux individus du même sexe. La vraie question est de savoir si tous les conflits plongent leurs racines dans le désir étroit de retrouver un seul et unique objet primordial ou si, comme le soutient Girard, ils n'expriment pas plutôt une tendance constante à la rivalité due à l'ouverture d'un désir sans ancrage qui se laisse perpétuellement remodeler» (p.107) . Ajoutons que si Œdipe tue bien son père et couche avec sa mère, il ne le sait pas de prime abord. Il y a un monde entre tuer son père car on le hait (on sait qui il est) et le tuer par mégarde en pensant qu’il ne s’agit que d’un homme comme les autres.

Ensuite, le problème du complexe d'Œdipe est la soi-disant instantanéité du désir du garçon pour la mère ou de la fille pour le père. Il est aidé en cela par le modèle et rival, le père ou la mère. Au-delà de la sexualité, il s'agit en effet d'un rapport de rivalité et d'imitation. Ce qui change beaucoup de choses. Le garçon peut rentrer en rivalité avec le père (le modèle-rival) et désirer la mère non parce qu’elle représente le sexe opposé mais parce qu'elle est ce que le père possède déjà effectivement. La rivalité interviendrait donc avant les pulsions sexuelles. «Jocaste devient "l'unique épouse" pour l'Œdipe mimétique de Girard, non parce qu'elle est sa mère, mais parce qu'elle est l'épouse de son modèle. Même si nous admettons qu'Oedipe tue son père et épouse sa mère, il ne commet pas le meurtre afin de satisfaire un désir incestueux car il ignore quelle femme se cache derrière l'obstacle. La rivalité précède le fruit défendu» (p.95). Et cela modifie radicalement la structure de ce fameux complexe, en rendant compte de mécanismes plus complexes encore. Ce complexe ne se déroulerait pas forcément selon une perspective uniforme.

Voilà donc quelques pistes fort intéressantes pour les lecteurs de Girard. Mark Anspach développe aussi d'autres analyses, tire d'autres conclusions que celles que feraient évidemment Freud ou quelque tenant de la psychanalyse. Un petit essai à la perspective nouvelle, dont il faut préserver, comme tout «polar», le suspense en entier...


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 14/06/2011 )
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