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Terre d’enfance
Leïla Sebbar    Collectif   L'Enfance des Français d'Algérie avant 1962
Bleu autour - D'un lieu l'autre 2015 /  24 € - 157.2 ffr. / 287 pages
ISBN : 978-2-35848-064-2
FORMAT : 14,0 cm × 22,0 cm

L’auteur du compte rendu : agrégée d’histoire et docteur en histoire médiévale (thèse sur La tradition manuscrite de la lettre du Prêtre Jean, XIIe-XVIe siècle), Marie-Paule Caire-Jabinet est professeur honoraire de Première Supérieure au lycée Lakanal de Sceaux. Elle a notamment publié L’Histoire en France du Moyen Age à nos jours. Introduction à l’historiographie (Flammarion).
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On est toujours du pays de son enfance, pays perdu par définition… et davantage encore ici pour chacun des 28 auteurs convoqués puisque ce pays d’enfance a disparu, non l’Algérie, mais cette Algérie de la colonisation française qui n’existe plus que dans les souvenirs, éventuellement la nostalgie. «Français d’Algérie», c’est à dire européens et juifs venus du sud de la Méditerranée (Espagne, Malte, Italie, etc.), de la France blessée de la défaite de 1870, français qui se caractérisent par leur grande diversité d’origines, de racines vécues ou fantasmées. Français qui quittèrent la terre de leur enfance pour venir en métropole au cours des années 1950 et 1960, dans une métropole qui ne les reconnait guère.

Qu’est-ce qu’être «Français d’Algérie» ? Une interrogation sans cesse activée sur cette identité originale, entre deux mondes, entre deux continents, entre deux époques aussi. Le «Français d’Algérie» existe-t-il, en dehors de la définition administrative ? Et comment les enfants, étrangers aux nuances subtiles des définitions identitaires, vivaient-ils cette identité, comment enfin s’en souviennent-ils aujourd’hui ? Que signifient pour les auteurs être «Français d’Algérie» ? Alain Vircondelet, né en 1947, écrivain et universitaire, se souvient lorsque ses parents se sont résignés au départ en juin 1962 : «On part et on pleure. J’ai tout juste quinze ans et une autre vie commence. Naît alors le sentiment doux et grave de l’exil. Ce goût amer de l’absence qui ne veut pas céder et cet amour logé au fond de moi d’une terre dont je sais qu’elle ne finira jamais de chanter à bas bruit la lente complainte de l’inconsolable. A mon insu et malgré moi».

Chaque auteur invité par Leïla Sebbar a joué le jeu, fourni des photographies, images émouvantes des années 50, donné des titres : «Le messager du crépuscule, Un gamin d’Alger, Le coin le plus ignoré de ma vie, Algues, boutons d’or et chariot de western, Ma rue s’est toujours appelée rue Abdellah etc.» ; et le plus émouvant peut-être, «Li fet met», que la note de bas de page explicite : «Li fet met : le passé est mort, vive le présent qui l’embellit».

Chacun de ces enfants a vécu des jours difficiles, ceux de la guerre, de la Seconde Guerre mondiale, et surtout de la guerre d’Indépendance algérienne, a entendu ses parents vanter l’Algérie idéale, celle «d’avant la guerre», l’Algérie paradisiaque… Tous ont vécu dans une Algérie de la diversité : diversité des langues, diversité des origines, mais aussi Algérie de la différence infranchissable entre «Français d’Algérie» et Arabes, kabyles, etc., même si certains transgressent les frontières, tel le père de Nora Aceval, qui épouse une jeune arabe avec qui il a huit enfants ; mais lorsqu’il meurt, en dépit de sa volonté et de celle de sa veuve, les «siens» le récupèrent et il est enterré au cimetière chrétien.

Tous disent le mur qui s’érige dans les années 1950/60 entre «français» et «arabes»… Chaque auteur parle d’une enfance vécue dans un lieu différent : Alger, Oran, Constantine, Tousnina, Tizi-Ouzou, Djelfa… autant de lieux, autant de cultures auxquelles se rajoutent les traditions et racines de ces populations venues du sud de l’Europe et du bassin méditerranéen... et devenues des «Français d’Algérie». Un demi-siècle plus tard, le lecteur peut mesurer la richesse et la vitalité de cette société perdue, qui revit un peu grâce à ces souvenirs rassemblés par Leïla Sebbar.

Un beau livre de témoignages, ouvert, généreux, ensoleillé.


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 16/02/2015 )
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