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Acteur tout terrain
Rémi Fontanel   Patrick Dewaere - Le funambule
Editions Scope - Jeux d'acteurs 2010 /  19 € - 124.45 ffr. / 127 pages
ISBN : 978-2-912573-54-4
FORMAT : 18cm x 20cm

Préface de Sotha
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L’idée est bonne, même très bonne de consacrer une analyse complète au jeu d’un acteur, au même titre que l’on peut décortiquer un film, un livre ou une toile. Le comédien est artiste, il propulse son corps et sa voix dans un domaine purement formel. Et quel autre acteur français que Patrick Dewaere (1947-1982) pouvait remplir ce sujet d’étude ?

Patrick Maurin, qui prit le pseudonyme de Dewaere à la fin des années 60, n’a fait que cela : jouer. De la prime enfance à son suicide (en pleine préparation du film Édith et Marcel de Claude Lelouch), Dewaere a pratiqué son métier avec passion et professionnalisme. En cela, le livre remplit tous ses objectifs, à savoir, comprendre, expliquer et analyser le jeu d’un seul homme combiné à toute une filmographie. Bien que disparu jeune, Dewaere compte une trentaine de films à son actif sans compter des apparitions dans des feuilletons télévisés et quelques figurations dès le plus jeune âge.

''Funambule'' car Dewaere était toujours sur le fil du rasoir ! Ses prestations étaient telles que le spectateur lambda (voire les critiques) s’interrogeaient sur l’impact personnel de son jeu cinématographique. En effet, on lui reprochait souvent d’en faire trop, d’être un acteur arrogant et bouillonnant. Accusations injustes auxquelles il répondait malgré tout qu’il essayait d’être sobre et d’en faire un minimum : bref faire toujours au mieux, concluait-il modestement. Il n’empêche que de par sa filmographie éclectique et ses prestations toutes en nuance, il est un sujet d’étude tout à fait remarquable, ce que s’est empressé de faire Rémi Fontanel !

Il faut saluer ce livre par bien des points : Déjà la présentation, très claire, avec une approche thématique, agrémentée de clichés de l’acteur, pour certains inédits. Sur papier glacé et en double pages noires et blanches, on revoit le visage de Patrick durant un film ou un tournage.

Ensuite, rappelant la façon qu’ont Les Cahiers Du Cinéma de décrypter une scène avec des captures d’images, Fontanel s’essaie à comprendre et à expliquer le jeu de chaque personnage interprété par Dewaere : des plus fous (Pierrot dans Les Valseuses, Marc dans La Meilleure façon de marcher, ou encore Poupart dans Série noire) aux plus sobres (Philippe dans La Clé sur la porte, Bruno dans Un mauvais fils ou encore Rémi dans Beau père) en passant par des héros plus positifs (Lefèvre dans Adieu poulet, Fayard dans Le Shériff), toute la gestuelle, l’élocution, les expressions, les silences de Dewaere sont passés au peigne fin.

L’idée principale de cette étude est de tenter de comprendre à la fois la part du réel que donnait l’acteur à son travail (névrose, déprime, paranoïa, délires, etc.) et le talent de création d’un personnage. Autrement dit quelle part de lui-même Dewaere mettait-il dans chaque interprétation et inversement, comment ses rôles le consumaient-ils petit à petit ? Nombre de témoins défendent la thèse que le cinéma l’a tué à petit feu. Il faudra rajouter tout simplement : comment Dewaere usait-il de son art pour créer un personnage, nœud de la question sur le métier d’acteur ?

Malgré notre scepticisme face à cet enjeu crucial, il faudrait citer Dewaere lui-même lorsqu’il commentait le rapport personnage/acteur : «Moi je pense que de toute façon, quand on fait par exemple le rôle d’un meurtrier, qu’on fait des gestes de meurtre, bah c’est quand même des gestes qui restent. Bon, entre tuer quelqu’un pour de vrai et tuer quelqu’un au cinéma, il n’y a que la mort d’une personne qui change mais finalement les gestes sont toujours là. Moi je pense que oui, ça doit taper un petit peu le mental».

S'il reconnaissait qu'il y a des choses qu’on ne peut pas laisser entièrement sur le plateau d’un tournage, il est évident que ses rôles appuyaient sur son côté déjà sombre. Ce qui n’enlève rien au professionnalisme du comédien qui au final laissait peu la part à l’improvisation, respectant les marques de craie sur le sol et la direction d’acteur exigeante. Dewaere composait ses rôles et savait tout jouer comme en témoigne sa trop courte carrière. Là où l’acteur est vertigineux, c’est que l’on a du mal à se dire que le calme Rémi de Beau-père avait été le dithyrambique Franck Poupart de Série noire deux ans plus tôt ; la métamorphose physique de l’acteur y étant aussi pour quelque chose.

Fontanel, sans éviter malheureusement un certain catalogue de descriptions, étudie tout chez le comédien : la voix, le regard, la gestuelle, la danse, ses chutes, sa nudité, ses emportements, ses cascades. Bref, rien n’est passé sous silence, ni les correspondances ni les ruptures qui existent entre ses différents rôles, et qui accentuent tout le talent de l’acteur, il est vrai, surdoué.

Mais parfois l’interprétation dépasse la fiction. On peut contester l’analyse qui est faite sur le personnage d’André Fragman (dans F comme Fairbanks) lors d’une scène de colère extrême interprétée par Dewaere. Le jeu est le jeu mais Fontanel, à force de tout vouloir interpréter, sort de temps en temps de la notion pure du travail de l’acteur. Dewaere savait tout jouer, et ça n’est pas parce qu’il savait exploser durant une scène que celle-ci est forcément sujette à une interprétation psychologique, ce que l’on ne fait pas pour une scène de sobriété alors qu’il faudrait la mettre sur le même plan dans ce cas précis. Un acteur doit savoir tout jouer, et le voir interpréter un personnage excessif dans une scène de colère ne doit en rien renvoyer l’acteur à sa propre intimité. Même s’il y a une probable correspondance, l’analyse ne peut pas se limiter à cela… Fontanel, fort heureusement, s’attache tout le long du livre à parler cinéma, et non vie privée.

Patrick Dewaere, nommé six fois de suite pour les Césars, et ayant échoué six fois de suite, sans oublier quelques sélections à Cannes, ne faisait pas l’unanimité de son vivant. Souvent critiqué par son jeu extrême, il fait figure, trente ans après son suicide (causé pour des raisons a priori personnelles), d’acteur total et de cas d’école pour les jeunes générations. C’est ce que ce livre tend à nous montrer. Et il y réussit. Un beau document à la fois sur l’acteur absent et sur le travail de comédien, tout en nuances et en conflits. Un beau projet de cinéma.

Mais laissons Dewaere conclure (et ce lors du tournage de 1000 milliards de dollars d’Henri Verneuil, l’un des tout premiers films sur la mondialisation et l’un des tout derniers de l’acteur), en répondant directement à la question initiale de Fontanel : «J’ai l’impression de vivre que quand je fais des personnages parce que quand je ne fais pas des personnages, j’ai l’impression de ne pas savoir vraiment qui je suis. Emmerdant hein ? (…) je suis un acteur, je suis un pauvre acteur».


Jean-Laurent Glémin
( Mis en ligne le 31/01/2011 )
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