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Fugue en fût
Eric Holder   Bella ciao
Seuil - Points 2010 /  5,50 € - 36.03 ffr. / 146 pages
ISBN : 978-2-7578-1962-3
FORMAT : 11cmx18cm

Première publication en août 2009 (Seuil)
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Que faire lorsqu'on est écrivain, qu'on n'arrive plus à écrire une ligne depuis des années parce que la boisson a rongé son inspiration en même temps que sa lucidité, et que la femme qui partage sa vie exprime un jour sa lassitude ? Partir, se noyer une dernière fois dans l'alcool, et puis se noyer tout court, histoire d'en finir.

C'est ce qu'entreprend le narrateur du nouveau roman d'Éric Holder, qui tisse autour de la fugue, un de ses thèmes de prédilection, une belle histoire de renaissance. Car les fugues ne sont jamais chez Holder une fin en soi, mais semblent n'avoir du bon que pour la jouissance du retour, à condition que celui-ci préfigure un nouveau départ, un recommencement. Alors bien sûr le narrateur rate sa noyade et à défaut, se met en tête de regagner l'amour de sa belle et l'estime de ses deux enfants, dont il réalise qu'ils sont devenus adultes trop vite, pendant qu'il perdait son temps à boire et à végéter. Mais d'abord en arrêtant la boisson et en trouvant un travail, un vrai, de ceux qui font suer, sculpter les biceps et dérouiller les articulations. Dans l'arrière-pays de Miéville-les-bains, petite bourgade girondine, c'est du travail de la vigne que les hommes vivent : plutôt que boire du vin, le narrateur tentera d'apprendre à produire le raisin.

En quatorze petits chapitres débités à la façon d'un pin dont on tirera de fins piquets de vigne, Éric Holder nous conte la résurrection d'un homme, qui passe par une mue radicale : celle d'un écrivain à sec de mots et suant l'alcool par tous les pores, en un sobre travailleur manuel. Puisque la mer n'a pas voulu de son sacrifice, c'est à la terre et aux hommes qui la travaillent qu'il décide de confier sa peau, son corps et son âme : s'il passe à nouveau beaucoup de temps dans les bars, c'est désormais pour y trouver la compagnie des hommes, et seulement après le boulot, qu'il a trouvé auprès de Franck le costaud vigneron et de ses vigoureux autant que mutiques ouvriers. Résister dans ces conditions à la tentation d'engloutir un verre de vin, c'est dur, mais toujours moins que devenir ouvrier agricole à cinquante ans passés ! Et c'est avec une évidente délectation et une précision presque sadique qu'Éric Holder nous décrit le douloureux apprentissage du narrateur, qui s'attelle laborieusement au débitage des pinèdes, à la taille des «carassons», à l'«espourgage» des plants, ou encore au «relevage» des grappes, familiarisant son corps à de nouveaux gestes et son esprit à un vocabulaire inconnu, tout en se sevrant peu à peu de son besoin d'alcool. Alors seulement il pourra rentrer chez lui, rejoindre sa femme... et reprendre la plume.

Comme dans la plupart des romans d'Holder, c'est dans l'empathie avec la nature que les hommes voient leur vigueur renouvelée, et qu'ici le narrateur retrouve l'inspiration qui l'avait quitté, ou plutôt qu'il avait lui-même fuie, comme sa compagne, pour mieux les reconquérir. De ce retour aux sources, ce recentrage sur l'essentiel, on retiendra la lettre magnifique que le narrateur se décide pour la première fois à écrire à sa fille Lise, qu'il n'a pas contactée depuis qu'elle est partie à Buenos Aires : «J'ai l'impression d'émerger d'une longue maladie, de ne recouvrer qu'à grand-peine l'usage du stylo. Il grince sur la feuille comme s'il était rouillé, mais baste ! Je le mènerai à travers le vide papier que la blancheur défend.» Retourner à la terre, et puiser dans sa sève, à la manière du Regain de Giono, la force de l'amour et le désir de l'écrire.


Natacha Milkoff
( Mis en ligne le 23/09/2010 )
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