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Héroïne absente
Anne Berest   Les Patriarches
Seuil - Points 2013 /  7,6 € - 49.78 ffr. / 315 pages
ISBN : 978-2-7578-3436-7
FORMAT : 11,0 cm × 17,8 cm

Première publication en août 2012 (Grasset)
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Jeune romancière, Anne Berest nous avait enchantés avec son premier roman, La Fille de son père (Seuil, 2010). Les Patriarches porte sur les années 80 vues par la génération suivante ; l'héroïne, Denise, un prénom désuet et ridicule, est ballotée par une vie qui est à peine la sienne et dont la clé (prévisible...) n'est donnée qu'à la toute fin du livre. Elle voue à son père mort, acteur raté, être solaire et ambigu, Patrice Maisse (qui peut évoquer Patrick Dewaere), une adoration absolue et cherche désespérément à percer le secret obscur de cette année tue, 1985, année durant laquelle il aurait «voyagé».

Denise garde un souvenir heureux de sa petite enfance, des promenades avec son père, de Mary Poppins et du Jardin des Plantes : «Elle croyait que c'était cela, le monde que lui construisaient Patrice, Matilda, Nick et tous les autres. Mais elle se trompait. C'était la génération précédente qui avait bâti tout cela. Ses parents en avaient eu l'usufruit, mais n'avaient pas pensé transformer la jouissance en héritage. Tous ces êtres idolâtrés, écrivant sans relâche leurs propres mythologies depuis la fin des années soixante, voulaient que le monde cesse avec eux, dans l'éternité de leur adolescence». Une partie du livre rejoint ainsi le roman récent de Benoît Duteurtre (A nous deux Paris !), dans la description de ces années 80, années drogue, années brillantes de désespoir et d'illusions.

Pour retrouver ce que lui cachent sa mère Matilda, petite-fille d'un grand peintre nommé Daroussa (en qui on peut trouver un souvenir de Picabia à qui est dédié le livre : «à mon grand père, Vincente Picabia, mort d'overdose le 14 décembre 1947»), Denise va interroger un survivant de ces années : Gérard Rambert, qui croisa son père mais qui, lui, s'en est bien tiré !

Sans moyens, démunie sur tous les plans (sans grâce, sans argent, sans savoir-faire), mue par sa seule volonté obsessionnelle de retrouver ce lambeau du passé, Denise recueille les souvenirs plus ou moins scandaleux de Gérard Rambert, prend un petit boulot de chauffeur/assistante pour le compte d'un galeriste. Il s'agit d'accompagner un photographe égocentrique dans sa tournée des carrefours giratoires de l'ouest de la France, ronds-points en qui le photographe voit une expression de l'art urbain, qu'il photographie, puis commente dans la voiture à Denise, commentaires enregistrés, le tout devant devenir livre d'art. La rencontre, d'emblée, se passe mal, et là aussi Denise va finalement tout rater...

Anne Berest construit de façon éclatée son récit, entre les souvenirs de Gérard Rambert (seconde partie), la description de Patrice Maisse (première partie) et une troisième partie consacrée à Lucien Engelmajer qui, en 1972, avait fondé une organisation, ''Le Patriarche'', pour lutter contre la toxicomanie, avec le soutien financier de l'Etat à ses débuts, organisation définie comme sectaire en 1995, et qui déboucha sur un procès en 2007. Trois «héros» donc pour ce roman, et qui - chacun à sa façon - absorbent tout l'espace et paraissent infiniment plus intéressants que Denise, morne et mutique, héroïne absente, qui subit de façon active les violences que lui impose depuis toujours un entourage au mieux maladroit, à l'image de sa mère Matilda et de son frère Klein ; s'ils veulent la préserver, Matilda et Gérard Rambert ne font qu'accroître sa dérive mortifère.

Un roman sur la mémoire : A l'hypermnésie de Gérard s'oppose la lourde volonté d'oubli autour de Patrice, que tous partagent - à l'exception justement de Denise, trop concernée. A l'héroïne des années 80, succède la cocaïne, aux temps pleins succèdent les heures vides. Vide des carrefours giratoires, vide du discours de Bertrand-Quentin d'Aumal le photographe, vide de la vie de Denise, vide de la société symbolisée par Bruno, l'ancien élève d'une école de commerce, cadre chez Toyota...

Un roman sur le mal et aussi sur les lectures décalées que l'on peut en faire à trente ans d'écart : sur la drogue, la pédophilie, la jouissance. Une condamnation sans concession de l'échec majeur des générations des années 70, qui n'ont pas su transmettre. Un roman noir sur les années 2010 : années orphelines. Incontestablement, Anne Berest est une romancière, mais ce second roman qui promet sans toujours convaincre, paradoxalement, fait davantage ''premier roman'' que ne l'était La Fille de son père. Les Patriarches est plus chichiteux, avec des scènes accumulées piochées dans différents genres. Le roman est cependant loin d'être inintéressant.


Marie-Paule Caire
( Mis en ligne le 02/10/2013 )
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