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Face au désamour...
Alice Ferney   Paradis conjugal
Actes Sud - Babel 2010 /  9,50 € - 62.23 ffr. / 389 pages
ISBN : 978-2-7427-8836-1
FORMAT : 11cmx18cm

Première publication en août 2008 (Albin Michel)
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qui lui demandait récemment pourquoi elle écrivait, Alice Ferney expliqua que c'était pour trouver des réponses aux questions qu'elle se posait face à la perplexité des comportements humains. Ce qui l'intéresse, c'est moins l'univers dans lequel elle s'immerge - la guerre de 14-18 dans Dans la guerre, le monde des gitans dans Grâce et dénuement, ou encore celui d'une famille réunie pour une soirée d'anniversaire dans Les Autres -, mais les liens complexes qui se tissent entre les personnages, les sentiments qui les meuvent, les pensées qui les traversent ou les obsèdent.

Dans Paradis conjugal, elle tente cette fois-ci d'explorer le problème de notre rapport à l'oeuvre d'art, et en particulier à l'oeuvre cinématographique : pourquoi un film peut-il nous toucher au point qu'on ne se lasse pas de le revoir ? À quoi fait-il écho chez celui qui le regarde, que lui dit-il qu'il ne saurait entendre ailleurs, pourquoi peut-il le rendre heureux ou, comme c'est le cas ici, provoquer le malheur ? Alice Ferney a imaginé une femme, Elsa Platte, mariée et mère de quatre enfants, dont l'existence est bouleversée par la découverte d'un film. Et pas n'importe lequel, puisqu'il s'agit de Chaînes conjugales, l'un des chefs-d'oeuvre de Mankiewicz, dont elle se passe et repasse quasi quotidiennement le DVD depuis des mois, au point de mettre en danger sa vie de couple : son mari, lassé, a menacé de la quitter. L'auteur nous décrit la soirée au cours de laquelle Elsa, en compagnie de ses enfants, regarde encore une fois le même film, mais sans savoir cette nuit-là si son mari rentrera.

Alice Ferney a l'idée originale d'adapter pour la littérature une oeuvre de cinéma, en nous donnant à voir, par les yeux d'Elsa Platte, le chef d'oeuvre de Mankiewicz. Si Tanguy Viel, dans Cinéma, avait déjà mené la même expérience littéraire, en décrivant à la séquence près Le Limier (de Mankiewicz aussi !), Alice Ferney va plus loin ; elle ne se contente pas de transcrire les images gravées sur la pellicule, elle les passe au prisme du regard d'Elsa Platte : elle est à la fois la traductrice du réalisateur lorsqu'elle nous indique les mouvements de la caméra, la longueur des plans ou les fondus qui achèvent les séquences, mais aussi le classique narrateur omniscient qui, lové dans la tête d'Elsa, nous révèle son interprétation personnelle du film, ce qu'elle en voit et ce qu'elle en comprend.

Quel scénario a hypnotisé Elsa Platte au point d'avoir fait fuir son époux ? L'histoire de trois femmes, réunies pour une croisière en bateau, à qui l'on vient d'apporter une lettre, dans laquelle une «amie» leur apprend qu'elle s'est enfuie avec le mari de l'une d'entre elles, dont elle tait perversement le nom. Chacune des trois épouses, stupéfaite et brusquement assaillie par le doute - et si c'était le sien ? -, va remettre sa vie conjugale en question et tenter de trouver dans l'examen du passé des signes qui lui auraient échappé et pourraient désigner son compagnon comme le mari infidèle.

Ce sont des questions universelles que Mankiewicz, et à sa suite Alice Ferney, nous posent cruellement : pourquoi ne peut-on jamais être totalement certain de la pérennité du sentiment amoureux de celui - ou celle - qui paradoxalement nous en a promis l'éternité par le serment du mariage ? Pourquoi et depuis quand l'autre a-t-il cessé de nous aimer ? Aurait-on pu éviter qu'il nous quitte ou est-on totalement impuissant face à l'apparition du désamour ?

Si Alice Ferney relève brillamment le défi qu'elle s'était posé - nous faire lire un film ; son roman donne en outre réellement envie de voir ou revoir Chaînes Conjugales, l'intrigue centrée autour d'Elsa Platte peut en revanche décevoir : le propos, un peu convenu, est très en-deçà de ce qu'elle écrivait en 2000 dans La Conversation amoureuse, où elle avait développé avec, semble-t-il, plus de bonheur et surtout plus d'impertinence, la même thématique.

De même que Mankiewicz crée le suspense en ne nous révélant qu'à la dernière minute du film l'identité du mari volage, Alice Ferney plonge Elsa Platte dans les tourments de l'attente jusqu'à l'extrême fin du livre : on ne saura que dans les dernières pages si Alexandre Platte va ou non regagner le domicile conjugal. Entre temps Elsa aura, en symbiose avec les héroïnes de Mankiewicz, passé son couple au scanner, et décidé si, oui ou non, le mariage est ce soi-disant paradis.


Natacha Milkoff
( Mis en ligne le 25/01/2010 )
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