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L’après Gary
Alexandre Diego Gary   S. ou L'esperance de vie
Gallimard - Folio 2010 /  5.10 € - 33.41 ffr. / 173 pages
ISBN : 978-2-07-043796-2
FORMAT : 11cm x 18cm
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Fils unique du couple Gary-Seberg, Alexandre Diego Gary (né en 1963) publie ici son premier ouvrage. A la lecture de la quatrième de couverture, le lecteur s’attendait à quelques révélations ou encore à des souvenirs propres à son passé familial, mais très vite celui-ci déchante. Diego Gary écrit ici tout ce qu’un premier roman (ou récit) peut avoir de défauts et d’égo mal digéré.

S. ou l’espérance de vie est en fait une confession quelque peu confuse jouant sur les diverses formes d’énonciations narratives. Si les pseudonymes ne manquent jamais chez les Gary (Diego se faisant appeler au fil des phrases Sébastien Heayes ou revenant au «Je», puis évoquant son père sous le nom de Ivan Alejandro sans oublier le mystérieux personnage qui réconcilie les deux êtres : L’Homme de San Sebástian), ils prennent ici une fonction quelque peu ridicule car dénuée de sens profond, le narrateur donnant volontairement des signes trop reconnaissables à ces personnages bien réels qui changent de nom à chaque ligne (tout comme la rue qui abrita le couple, elle aussi sujette à pseudonyme). Jean Seberg, elle, garde curieusement son patronyme original ! Pourquoi ne pas avoir écrit un témoignage honnête plutôt que de faire œuvre de - mauvaise - littérature sur le dos de parents célèbres ? Voilà une question essentielle que ce plus si jeune auteur aurait dû se poser pour son premier livre.

Que raconte Gary fils ? Certes, son lourd et douloureux passif familial, qui vit le supposé suicide de sa mère en septembre 1979 puis le suicide déclaré de son père l’année suivante, a laissé l’adolescent orphelin, et, on le comprend, dans un état tel, que la mort, omniprésente, ne cessera de l’obséder. C’est de survie dont il est question ici plus que de transmission des générations. On suit donc un récit sur la vie du jeune Gary en ce début des années 80, endeuillée par bon nombre de proches qui disparaissant les uns après les autres : suicide, cancer, sida, tout y passe. Pour vaincre ses malheurs, le narrateur se perd dans des amours à la fois passionnés et romantiques mais tout aussi destructeurs. Les prénoms se succèdent et les aventures sexuelles s’enchainent à une vitesse folle. Aube, Gabrièle, Ludmilla, Montsé, Mona Lisa, Pepi, Josefa, etc., lui offrent une main, une épaule quand ce n’est pas un sexe salvateur. Les détails crus ne manquent pas, comme à la page 162, qui résume parfaitement la tonalité générale du livre : «Une autre manière de passer un hiver à Lisbonne. Avec des vues sur le Tage. Y écrire des cartes postales. Et puis des lettres. Et pour l’enculer, la vie, si ça se présentait. L’image de l’Archange Gabrièle sur les rochers rougeoyants, entre deux plages de la petite île, l’obsédait. Et là ça se présentait plutôt bien, pour se noyer et l’enculer, la vie».

Si Diego Gary s’en prend aux mauvais auteurs, dit-il, qui ont écrit des choses dérangeantes sur ses parents, il ne lésine pas non plus sur les détails scabreux et inintéressants de son expérience post-adolescente : sa mère dépressive parlant au frigidaire ou encore son père faisant état des prouesses sexuelles de ses maitresses. Le livre offre ainsi une succession de souvenirs scabreux ou morbides pour montrer à la fois la difficulté de vivre, l’influence de son éducation bourgeoise et la triste destinée familiale.

Un premier livre de ''jeunesse'' donc, ou tous les clichés du genre figurent : confession narcissique, descriptions charnelles, changements énonciatifs incessants, adresses larmoyantes à la femme aimée, vagues souvenirs personnels, fausses questions existentielles, pathos délibéré, délire verbal lié aux excès d’alcool ; bref, Diégo Gary prend la littérature en otage et lui donne ce côté exutoire qui n’a strictement aucun intérêt littéraire.

Qu’auraient pensé Gary et Seberg (elle qui aimait la prose de Fuentes, Malraux ou de son ex-mari) de cette autofiction poussive rendant à peine hommage au talent des aïeux ? On aurait souhaité un tout autre projet, plus sobre, ou du moins une confession plus marquée de ce que fut la vie d'un enfant aux côtés de deux géants du cinéma et de la littérature auxquels le destin n’a pas fait de cadeaux.


Jean-Laurent Glemin
( Mis en ligne le 02/03/2011 )
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