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Le mystère des voitures de l'empereur
Jean Tulard    Collectif   La Berline de Napoléon - Le mystère du butin de Waterloo
Albin Michel 2012 /  40,60 € - 265.93 ffr. / 311 pages
ISBN : 978-2-226-20813-2
FORMAT : 21,0 cm × 28,0 cm

Jean-Louis Georgelin (Préfacier)
Alexandre Avdeïev (Préfacier)
Alexis Levykine (Préfacier)

L'auteur du compte rendu : Alexis Fourmont a étudié les sciences politiques des deux côtés du Rhin.

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L’historien Jean Tulard vient de diriger l’ouvrage La Berline de Napoléon. Le mystère du butin de Waterloo, lequel est le fruit d’une exposition tout à fait inédite, actuellement organisée par le Musée de la Légion d’honneur avec le concours du Musée historique d’Etat de Moscou. Publié aux éditions Albin Michel, ce beau livre comporte une kyrielle de gravures et de photographies du butin conquis par les Prussiens en 1815. Il réunit en outre des contributions d’auteurs prestigieux, tels que les universitaires Jean Tulard, Jacques-Olivier Boudon et Michel Kerautret ainsi que des membres éminents de la Fondation Napoléon comme Thierry Lentz et Pierre Branda.

L’histoire des voitures de l’Empereur est nimbée d’un épais mystère. Les recherches et travaux qui y ont été consacrés ne sont pas pléthore, ainsi que le relève Thierry Lentz dans sa contribution. Cependant, cette histoire dans l’Histoire s’apparenterait à une véritable «bouteille à encre». En effet, lorsque des historiens se sont penchés sur ce sujet, la plupart l’a fait de façon imprécise. La légende a parfois suppléé les lacunes de l’historiographie : d’aucuns ont par exemple écrit que Napoléon Ier avait échappé de justesse à la capture en s’extrayant en toute hâte de son véhicule, assailli par des uhlans prussiens. Ce qui parait inexact.

Souvent, les historiens ont par ailleurs confondu les différents types de véhicules personnels de Napoléon, prenant ses voitures pour des berlines et oubliant que d’autres attelages de la Maison impériale figuraient dans les convois interceptés. Les rumeurs les plus fantaisistes circulent concernant le trésor ainsi tombé aux mains de l’ennemi. L’un des objectifs de cet ouvrage est donc «de retrouver son chemin dans ce brouillard historiographique et de démêler le moins mal possible les fils de cette affaire» (p.55). A cette fin, il convient de remonter à la bataille de Waterloo.

Avec sa proclamation du 14 juin 1815, anniversaire des retentissantes victoires de Marengo et de Friedland, l’Empereur tenta de galvaniser ses troupes : « Soldats, prévenait-il, nous avons des marches forcées à faire, des batailles à livrer, des périls à courir ; mais, avec de la constance, la victoire sera à nous : les droits et le bonheur de la patrie seront reconquis » (p. 26). Si les troupes impériales partirent la fleur au fusil, le sort des armes se montra finalement nettement moins favorable à la France que lors de ces deux batailles qui décidèrent du destin de l’Europe en 1800, puis en 1807.

De retour aux affaires après son exil sur l’île d’Elbe, Bonaparte fut confronté à la mobilisation immédiate des puissances européennes. A Vienne, où le congrès dansait sans véritablement marcher pour reprendre l’expression du prince Charles-Joseph de Ligne (Der Kongreß tanzt viel, aber er geht nicht weiter), les alliés décidèrent de reprendre les armes contre Napoléon Bonaparte, cet implacable «ennemi et perturbateur de la paix du monde». La reprise des hostilités était inéluctable. Fort d’une armée d’un demi-million de soldats, celui-ci opta pour l’offensive en lançant une partie de ses troupes sur la Belgique pour rejeter les Anglais à la mer et les Prussiens sur le Rhin.

Si les Français défirent les Prussiens à Ligny sans toutefois pouvoir les anéantir, ceux-ci purent se replier en bon ordre et finalement faire la jonction avec les troupes du duc de Wellington. Après quelques erreurs tactiques, sous la pression de ses ennemis et face au recul de la Garde impériale, les lignes françaises fléchirent peu à peu. La défaite se transformant en déroute, la mort ne voulant décidément pas de lui, Napoléon laissa le commandement à Jérôme, puis il prit la direction de Paris.

Souvent présentée comme accélérée par la débandade de l’armée, cette défaite marque la chute définitive de l’Empereur, en même temps qu’elle ouvre la rocambolesque histoire de sa berline. Comme le rappelle le professeur Jacques-Olivier Boudon, c’est à cheval que Bonaparte rentra en France. L’encombrement des routes était tel qu’il était tout à fait impossible de se déplacer en voiture. Les voitures de l’Empereur furent donc laissées à l’entrée de Genappe. Ce qui facilita leur pillage par les Prussiens.

Le valet de chambre Marchand put tout de même s’emparer de 300000 francs en billets de banque qu’il dissimula sur sa poitrine en refermant son uniforme, mais il dut abandonner le reste. Afin d’éviter la capture, comme les occupants des autres voitures, il partit à pied. Les secrétaires et Archambault emportèrent le portefeuille du cabinet et détruisirent les autres documents. Les Prussiens récupérèrent notamment le collier que Pauline donna à son frère à l’île d’Elbe, un million de francs de diamants «en grains» donnés par Joseph Bonaparte et quelques 2000 napoléons en or. C’est le 21 juin, en arrivant à Paris, que l’Empereur apprit que ses effets étaient tombés entre les mains de l’ennemi.

Le soir de la bataille, exagérant ses faits d’arme, Blücher écrivit à ce sujet que «le manteau d’apparat richement brodé appartenant à Napoléon ainsi que sa voiture sont entre nos mains. C’est cette victoire que je vous envoie. Je regrette seulement qu’elle ait été endommagée. Ses accessoires et les objets de valeur qu’elle contenait ont été pillés par la troupe. Ses chevaux ont disparu. De nombreux soldats ont emporté un butin pouvant atteindre un montant de cinq à six mille thalers. Il était emmené dans cette voiture quand il a été découvert par nos soldats. Il en jaillit sans épée et, montant sur son cheval, perdit son chapeau» (p.61).

L’une des voitures prises par les Prussiens prit la direction de la propriété du major Keller à Düsseldorf, avant de franchir la Manche. En Angleterre, elle fut exposée dans un musée pendant de longues années. En 1925, le musée fut dévasté par un incendie. L’essieu calciné de cette voiture fut déposé à Malmaison en 1976. Blücher transporta l’autre voiture impériale en Biélorussie, dans sa propriété de Radun. En 1973, l’un des descendants du feld-maréchal, le comte Blücher von Wahlastatt, confia le véhicule au musée de Malmaison, où il se trouve encore.

Les objets que les voitures contenaient voyagèrent eux aussi au gré des évènements historiques : après leur prise à Waterloo, ils furent transportés en Allemagne, puis à Moscou après la défaite du IIIe Reich. Aujourd’hui, dans le cadre de cette exposition, ils sont de retour à Paris !


Alexis Fourmont
( Mis en ligne le 29/05/2012 )
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